Titouan Lamazou brosse le portrait de femmes réfugiées et déplacées en RDC

Report
from UN High Commissioner for Refugees
Published on 11 May 2011

KINSHASA, République démocratique du Congo , 11 mai (HCR) – Titouan Lamazou, marin et artiste français, a sillonné durant sept semaines la République démocratique du Congo (RDC), et notamment une dizaine de localités en Province orientale, au Nord et au Sud-Kivu. Le HCR a assisté Titouan Lamazou dans l'organisation et le déroulement de ses visites.

Pour Titouan Lamazou, chaque femme rencontrée est captivante. Quand il commence à réaliser le portrait d'une femme, elle est souvent gênée. « Mais, au fur et à mesure que mon travail avance, c'est moi qui suis ému », affirme-t-il.

Lors d'une récente présentation de son travail au HCR à Kinshasa, Titouan s'arrête d'abord sur le portrait d'une réfugiée burundaise réalisé dans le centre de transit du HCR à Uvira, avant qu'elle ne reparte chez elle après plus de 10 ans d'exil. D'autres portraits montrent une ancienne réfugiée congolaise revenue du Burundi et qui a créé une savonnerie grâce à l'appui du HCR ainsi qu'une pygmée vivant à Hewa Bora sur les hauteurs du camp de déplacés internes de Mugunga III près de Goma. La sacoche de Titouan Lamazou contient des dizaines d'autres portraits qu'il finalisera dans son atelier parisien.

Ses travaux seront complétés par des textes d'écrivains ou d'intellectuels congolais ou spécialistes du Congo et feront l'objet de la publication d'un ouvrage par les éditions Gallimard et la production d'un film à l'automne 2011. Ils seront ensuite utilisés pour des expositions itinérantes en Europe mais aussi en RDC, à Kinshasa et dans les différentes villes qu'il a visitées, afin de sensibiliser le public sur la prévention des violences sexuelles et à l'encontre des femmes.

Interrogé sur les raisons de sa venue et de son travail en RDC, Titouan répond : « Ce que j'essaie de faire ce sont des portraits positifs, parce que quand on parle des réfugiés ou des déplacés, il y a souvent une connotation douloureuse, et j'essaie de les faire rire quand elles posent, parce qu'elles rient aussi. »

Mohamed Boukry, délégué du HCR en RDC, déplore la lassitude du public et des médias pour ce conflit oublié avec son lot quotidien de souffrances, notamment celles des femmes victimes de violences sexuelles. « Le regard de Titouan Lamazou et son travail d'artiste nous permettent de sensibiliser la communauté internationale, mais aussi la population et les autorités congolaises et surtout le grand public à travers le monde et de mobiliser leur soutien, qui est essentiel dans la mise en œuvre de notre mandat », ajoute-t-il.

Après deux premiers voyages en RDC, Titouan Lamazou s'était rendu en 2010 à Butembo dans le Nord-Kivu, pour lancer les activités de son association Lysistrata, qui soutient une plateforme d'associations locales nommée « Solidarité des Associations Féminines pour les Droits des Femmes (SAFDF) » œuvrant pour l'aide médicale, psychosociale, juridique et économique et la prise en charge des victimes de violences sexuelles.

Selon les statistiques officielles, quelque 15 000 femmes ont été victimes de violences sexuelles en RDC en 2010. Cependant, ce chiffre ne représente que les cas qui ont été rapportés. Il est fort probable que les chiffres réels soient bien plus élevés, les femmes craignant de dénoncer les violences dont elles sont victimes de peur d'être rejetées par leurs familles et leurs communautés.

Par Céline Schmitt, à Kinshasa, République démocratique du Congo