DR Congo

Sensibilisation de Caritas contre la Covid19 en RDC: sceptiques ou non, des Kinois lient le respect des gestes-barrière à la satisfaction de leurs besoins quotidiens

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Kinshasa, le 28 mai 2020 (caritasdev.cd) : Les avis sont partagés au sein de la population congolaise quant à la réalité de la maladie de Coronavirus 2019 (Covid-19) en République Démocratique du Congo en général, et à Kinshasa en particulier. Difficile dans ce contexte d’espérer l’application des gestes-barrière, pourtant impérieuse pour éviter la propagation de cette pandémie. Pour y faire face, plusieurs acteurs étatiques et privés s’investissent dans la sensibilisation contre la Covid-19. Caritas Congo Asbl et sa Structure diocésaine Caritas Kinshasa se comptent parmi eux, avec l’appui de leurs partenaires. Grâce à un deuxième projet lancé depuis le 15 mai dernier, une quarantaine de Crieurs, encadrés par une vingtaine de Superviseurs et Points Focaux communaux sillonnent la capitale pour des messages de changement de comportement devant éviter la propagation de cette pandémie. Jeudi 28 mai 2020, deux équipes de ces crieurs de Caritas Kinshasa ont été suivies dans la périphérie chaude de la capitale, particulièrement dans la commune de Ndjili, par caritasdev.cd, avec à ses côtés l’Agence France Presse (AFP).

« En nous remettant les masques, Caritas a corrigé le Gouvernement, les Bourgmestres, …. »

« Nous avons appris que la Communauté internationale a remis beaucoup d’argent au Gouvernement pour lutter contre la Covid-19. Mais, sur le terrain, on ne voit rien (…). Notre bourgmestre, par exemple, pourquoi n’a-t-il pas réalisé pareille action. En nous remettant les masques, Caritas a corrigé le Gouvernement ; elle a corrigé les Bourgmestres, et même les Députés qui ont installé des lave-mains dans les quartiers. Car, lorsque ces autorités nous exigent de porter les masques, nous les obtiendrons où, avec quels moyens financiers. L’autorité provinciale a même décidé une amende de 5.000 Francs Congolais (environ 2,7 $ Us) à l’encontre de ceux qui ne portent pas ces masques », s’est insurgé Raphaël, un quadragénaire interviewé au Quartier 7 à Ndjili.

En fait, une crieuse, couturière de son état, confectionne chaque jour des dizaines de masques (réutilisables) en tissus noirs qu’elle remet à la population, en même temps que les flyers détaillant les mesures de prévention contre la Covid-19. Pendant ce temps, son mégaphone continue à diffuser le message préenregistré. Elle le fait à petite dose, dans des endroits moins bondés. L’on pouvait lire la satisfaction dans le chef des bénéficiaires. Ce qui a suscité l’admiration de Mr Raphaël susmentionné.

Pas de masques, ni des solutions hydro alcooliques, encore moins des provisions

Pendant qu’une dizaine des mains attendaient de recevoir les masques, une jeune dame s’est mise à crier en lingala : « Corona eza te », entendez, « il n’y a pas de Coronavirus ». Le stock du jour étant insuffisant, d’autres passants sont restés non servis. « Corona est bel et bien là. Nous devons nous protéger », a rétorqué un jeune garçon, portant son masque. « Le problème est que les gens n’ont pas de provisions dans leurs maisons pour survivre à cette crise économique et sanitaire. Par ailleurs, il faut remettre aux gens gratuitement des masques », a-t-il ajouté. « Vous avez fermé les classes (Ndlr : s’adressant aux Autorités publiques). Voudriez-vous que nous devenions des Kuluna (criminels à la machette). Cette maladie n’existe pas. Vous nous remettez ces papiers de sensibilisation pour quoi en faire ? Je risque même de les déchirer », s’est emporté un élève sans masque.

Deux cents mètres plus loin, le Superviseur de Caritas Kinshasa pour le District de Tshangu finissait la sensibilisation d’un groupe de pousse-pousseurs et taximen-moto en stationnement, en leur remettant gratuitement des masques.

« La Covid-19 sévit ici comme ailleurs dans le monde. Elle a provoqué la paralysie de nos petites activités génératrices des revenus. Difficile encore de satisfaire les besoins fondamentaux des familles. Et, au lieu même de nous remettre des masques et des solutions hydro-alcooliques, le Gouvernement ne fait rien », a déploré pour sa part Jules.

« Donnez-nous des masques et solutions hydro alcooliques. Il nous le faut pour notre protection. Mais, où avoir de l’argent pour les acheter ? Nous n’avons même pas à manger. Que le Gouvernement prenne ses responsabilités », a recommandé un jeune homme, sans masque au Quartier 6 de Ndjili.

« Il n’y a pas de Corona ici ; nous mourons plutôt de la faim »

Autour du petit marché de ce quartier, appelé « Wenze ya 6 », deux hommes jouaient au jeu de dame. Autour d’eux, trois autres assis, sans masque également étaient en train de causer. Deux ont sorti les masques de leurs poches, arguant qu’ils venaient de manger ou fumaient la cigarette. Pour le troisième, la Covid-19 ne sévit pas en RDC. « Où sont les morts de cette maladie », s’est-il exclamé.

« Je suis sorti depuis 4 heures du matin pour vendre ces noix de coco à la criée. Voyez comment j’ai maigri ; voyez mes clavicules à découvert. Les habits me portent au lieu que je les porte. Avec 5.000 FC, mes trois enfants, mon mari et moi ne savons plus avoir notre repas quotidien. Souffrance sans cesse ! Il n’y a pas de Coronavirus », a déclaré Mme Mireille. En échos, une jeune fille s’est écrié : « il n’y a pas Corona ici. Nous mourrons plutôt de la faim ». Mme Annie, la soixantaine révolue et vendeuse de maïs, n’est pas de cet avis. « Je n’ai pas encore vu de personnes mortes de Coronavirus. Mais, je crois en ce que disent les Autorités. Je porte ainsi mon masque. Mais, que l’on trouve vite des médicaments ou le vaccin contre cette maladie pour que nous soyons à l’aise », a-t-elle poursuivi.

Pour rappel, Caritas Congo Asbl et sa Structure diocésaine de Caritas-Développement Kinshasa ont lancé depuis vendredi 15 mai 2020 une campagne de sensibilisation et mobilisation communautaire de population de Kinshasa contre la maladie à Coronavirus 2019 (Covid-19). Ce projet d’un mois consiste à sensibiliser les communautés et l’opinion publique à se protéger contre le Covid-19 dans le but de les emmener à un véritable changement de comportement. Il bénéficie de l’appui financier de la Caritas Luxembourg, Caritas des Etats-Unis d’Amérique (CRS) et Caritas International Belgique.

Guy-Marin Kamandji