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Ressortissants congolais retournés de l’Angola : Rapport de situation No.1 (en date du 16 octobre 2018)

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Situation Report
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Ce rapport a été produit par OCHA RDC en collaboration avec les partenaires humanitaires. Il couvre la période du 1er au 16 octobre 2018. Un second rapport sera publié aux environs du 31 octobre pour présenter une mise à jour.

Faits saillants

• Plus de 257 872 ressortissants congolais sont retournés de l’Angola entre le 1er et le 15 octobre 2018, dont quelques 75% en Territoire de Kamonia, province de Tshikapa.

• L’assistance est en cours de mise en place à Kamako (Territoire de Kamonia), malgré les capacités limitées et le nombre réduit d’acteurs humanitaires présents dans la zone.

• Le décès d’un expulsé suite à des tensions avec la communauté hôte dans le territoire de Kamonia fait transparaitre les risques qui accompagnent ce phénomène de retour.

Aperçu de la situation

Depuis le 1er octobre 2018, au moins 257 872 ressortissant congolais ont fait l’objet de présumées expulsions massives depuis l’Angola vers la RDC, après un délai de sursis durant lequel les retours étaient volontaires. Parmi ces arrivants, plus de 188 872 personnes (soit 73 pour cent du total) ont été accueillies dans le Territoire de Kamonia (Province du Kasaï), avec comme principal point d’entrée le poste frontalier de Kamako (Zone de santé de Kamonia). Selon des sources concordantes, d’autres expulsés entrent en RDC par les provinces du Kasaï Central (ZS de Luambo en Territoire de Luiza – plus de 37 000 personnes), du Kwango (ZS de Tembo en Territoire de Kasongo-Lunda – plus de 25 000 personnes) et du Kongo Central (ZS de Kimpangu – plus de 7 000 personnes). Ces chiffres n’incluent pas les expulsés originaires de pays tiers, également concernés. Il faut noter que depuis le 16 octobre, le phénomène n’a pas tari et des nouvelles vagues continuent d’être rapportées (les chiffres sont en cours de validation).

Ces vagues d’expulsion font suite à la décision du Gouvernement angolais d’interdire l’exploitation minière artisanale, principalement dans les zones frontalières avec la RDC, et d’expulser de son sol toutes les personnes en situation irrégulière (quelle que soit la nationalité) endéans 15 jours. Ce délai a expiré le jeudi 4 octobre et depuis les expulsions se font par force. Il convient de signaler que l’Angola a, à plusieurs reprises, procédé à de telles opérations, à la différence que l’ampleur de cette dernière vague d’expulsion est la plus importante de ces récentes années, avec de multiples incidents de protection signalés (cas de violences basées sur le genre, tortures, dépouillement de biens, etc.) notamment de la part d’hommes en uniformes des deux côtés de la frontière au cours de cette opération. A leur arrivée en RDC, de nombreuses personnes passent la nuit dans les lieux publics (églises, écoles, maisons inachevées) et dans des abris de fortune. Certains, en fonction de l’âge et des intérêts, pourraient rester dans les environs de Kamako pour retourner en Angola. Ces personnes continueront de faire pression sur les ressources locales et accentueront la vulnérabilité de la communauté d’accueil.

Il convient de signaler que le Territoire de Kamonia, principale zone d’accueil constatée des expulsés, a connu depuis 2017 une vague de violences intercommunautaires opposant des membres de groupes ethniques locaux, et connait encore aujourd’hui des poches résiduelles de conflits opposant des milices à revendication ethnique. L’arrivée massive de jeunes travailleurs frustrés et sans emploi, combinée avec les exactions subies, risque d’exacerber les tensions ethniques latentes dans le Territoire de Kamonia. Les difficultés de cohabitation avec la population autochtone surviennent déjà avec les besoins de survie de ces expulsés. Selon les rapports de l’ONG nationale, le 13 octobre, un heurt entre expulsés en quête de nourriture et la communauté locale au poste d’entrée de Mayanda (zone de santé de Mutena, Territoire de Kamonia) s’est soldé par le décès d’une personne parmi les expulsés. La population de ce village a fui en brousse par crainte des représailles par les forces de l’ordre.

Entre le 1er et le 12 octobre, les acteurs humanitaires ont déjà mené deux missions d’évaluation rapide des besoins humanitaires à Kamako. Il en ressort les points suivants :

• Le besoin en transport vers les lieux d’origine des retournés et expulsés est identifié comme urgent. La majorité des ressortissants congolais expulsés de l’Angola souhaitent poursuivre leur voyage à l’intérieur de la RDC, vers les provinces du Kasaï, Kasaï Central ou encore vers la Lomami pour ceux se trouvant le long de la frontière du Kasaï et Kasaï Central ; vers le Kwilu et Kinshasa pour ceux se trouvant dans la province du Kwango. La facilité de transport désengorgerait les points de sortie et réduirait les risques d’incidents de protection ou d’épidémies en raison de la promiscuité. Le transport pour arriver dans les villages de provenance permettra aux retournés d’arriver dans leurs localités avec les quelques biens qu’ils ont pu faire traverser, en plus d’épargner la Cité de Kamako d’une charge plus grande qu’elle en a déjà.

• Les besoins en eau, en soins de santé d’urgence, en abris et vivres sont identifiés comme urgents. Les zones d’accueil ont une capacité insuffisante en fourniture d’eau et de soins de santé. L’afflux importants des expulsés sur une courte période, constitue une forte pression sur les faibles infrastructures locales et pourrait exacerber les tensions dans cette zone déjà marquée par les effets de violences récentes.

• La Cité de Kamako, comme les différentes localités d’accueil le long de la frontière, a urgemment besoin de structures communautaires transitoires telles que les abris pour accueillir les familles et individus qui passent la nuit dehors (surtout compte tenu de l’arrivée de la saison des pluies). Par manque d’infrastructures appropriées pour leur accueil, les expulsés occupent des lieux publics comme les marchés, écoles, églises ou autres espaces ouverts faisant augmenter les risques d’éclosion de maladies à potentiel épidémique (choléra, rougeole, fièvre typhoïde, autres maladies diarrhéiques, etc.) en raison de manque d’hygiène et d’assainissement de ces milieux.

Lors de sa conférence de presse régulière, tenue le 16 octobre à Genève, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR) a appelé les autorités angolaises et de la RDC à coopérer pour assurer la sécurité et l’ordre dans le cadre des mouvements de retour depuis l’Angola. Il a rappelé que les expulsions massives sont contraires aux obligations des Etats en vertu de la Charte africaine et demandé aux deux parties de respecter les droits humains des personnes concernées.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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