La province de l’Ituri demeure confrontée à une crise sécuritaire persistante qui affecte gravement le fonctionnement du système éducatif. Les affrontements armés, les déplacements massifs de populations et l’insécurité chronique ont entraîné des perturbations majeures de la continuité scolaire, en particulier dans les territoires de Djugu et d’Irumu. Cette situation a un impact direct sur l’accès à l’éducation, la protection des enfants et la qualité des apprentissages.
Selon un rapport circonstancié de la Direction Provinciale de l’EDU-NC Ituri 1 (décembre 2025), les affrontements survenus début décembre dans la zone de santé de Fataki ont conduit à la suspension des activités scolaires dans 44 écoles primaires, réparties dans les sous-divisions de Djugu 1 et Djugu 2. Cette interruption a privé 16 753 élèves, dont 8 152 filles, de leur droit à l’éducation, et a affecté 381 salles de classe ainsi que 474 enseignants, dont 231 femmes. A la date du rapport, 11 écoles déplacées de Djugu 2 et 33 écoles hôtes de Djugu 1 étaient directement touchées, dans un contexte où les affrontements ont débuté alors que les enfants étaient encore à l’école.
Parallèlement, la pression exercée par les déplacements internes aggrave la saturation des écoles dans les zones d’accueil. Les données validées lors de la Commission Mouvements de Population (CMP), Bunia, indiquent qu’au 01 septembre 2025, l’Ituri comptait 1 052 378 personnes déplacées internes (PDI) sur les 24 derniers mois, malgré une baisse relative observée après le dernier round DTM de juillet 2025. Ces mouvements ont également généré 779 184 personnes retournées sur les 18 derniers mois, traduisant une forte mobilité qui affecte directement la planification et la stabilité de l’offre éducative.
Dans ce contexte, les écoles des zones de santé de Tchomia, Fataki, Rimba, Kambala et Rethy accueillent des effectifs largement supérieurs à leurs capacités. Dans plusieurs établissements visités, les effectifs par classe atteignent 90 à 120 élèves, compromettant la qualité des apprentissages et la sécurité des enfants. De plus, environ 60 % des écoles ne disposeraient pas de latrines fonctionnelles en nombre suffisant, ce qui accroît les risques sanitaires et contribue à l’absentéisme, en particulier chez les filles.
Les ressources humaines demeurent également sous pression. On estime que près de 45 % des enseignants exercent sans formation continue récente adaptée au contexte d’urgence, tandis qu’environ 30 % ne bénéficient pas d’un accompagnement psychosocial structuré, malgré l’exposition répétée des élèves et des enseignants aux traumatismes liés aux conflits.
Face à cette situation, l’appui humanitaire et de développement en éducation reste déterminant. Les interventions soutenues par les Fonds Humanitaires, ECHO, UNICEF/GPE et les partenaires du Cluster Education dans la province ont permis d’atténuer partiellement les effets de la crise à travers la réhabilitation d’infrastructures, la mise en place d’espaces temporaires d’apprentissage, la distribution de kits scolaires, les cours de récupération et le renforcement des capacités des enseignants. Toutefois, les besoins restent considérables, avec un déficit estimé à plus de 3 500 salles de classe, 300 blocs de latrines hygiéniques séparés filles et garçons, chacun de 6 portes et plus de 200 000 kits scolaires à mobiliser pour répondre aux urgences éducatives en Ituri.