Messages clé
- Les pertes des moyens d’existence et des sources des revenus due à l’insécurité et aux déplacements entraînent des résultats de Crise (Phase 3 de l’IPC) dans les zones les plus impactées par l’intensification des conflits à l’est du pays, notamment dans les provinces du Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri et Tanganyika, avec des populations en Urgence (Phase 4 de l’IPC). Par ailleurs, en raison de la dégradation des infrastructures de transport, épidémies humaines, épizooties, attaques des cultures, faible accès aux intrants agricoles de qualité, ainsi que la dégénérescence de semences, qui perturbe fortement l’accès des ménages aux aliment, une grande partie du pays est en Stress (Phase 2 de l’IPC). Dans les zones du nord-est, du centre et du sud-ouest (Haut-Uélé, Bas-Uélé, Lomami et Kongo Central), où, en complément de l’agriculture, les populations dépendent essentiellement des produits forestiers pour leurs revenus et leur alimentation, la situation reste Minimale (Phase 1 de l’IPC).
- Depuis décembre 2025, les combats se sont intensifiés sur plusieurs fronts, notamment dans les territoires d’Uvira, Fizi et Mwenga (Sud-Kivu) et Walikale (Nord Kivu) en raison du conflit entre le gouvernement et le M23. Les populations dans ces zones rencontrent des difficultés d’accès aux terres et à la nourriture en raison de l’escalade de l’insécurité liée aux conflits armés. Cependant, le retrait des rebelles de la ville d’Uvira en janvier a facilité une désescalade, mais la situation reste tout de même tendue. En outre, dans le territoire de Djugu (Ituri), la milice de Convention pour la Révolution Populaire (CRP) a brièvement pris le contrôle du centre de négoce de Bule (situé à 110 km au nord-est de Bunia) et des villages voisines. Ces affrontements ont poussé de nombreux habitants à fuir leurs villages. Les attaques des terroristes de Forces démocratiques alliées (ADF) continuent, avec la multiplication de ses attaques contre les populations dans le territoire de Lubero.
- Selon OCHA, en date du 31 décembre 2025, environ 1,84 millions de personnes déplacées internes (PDI) étaient recensées dans le Nord-Kivu. Ce nombre devrait augmenter, en particulier à la suite des récentes attaques, s'ajoutant aux 2,68 millions de personnes déplacées depuis début 2025, dont 80 pour cent ont été déplacées en raison d'attaques armées. Ces ménages abandonnent leurs moyens d’existence et sont exposés aux déficits de consommation en raison de leur accès limité aux champs et forte dépendance à la main d’œuvre agricole. Dans les zones périurbaines, les PDI continueront à bénéficier des revenus tirés du travail agricole. Toutefois, avec l’augmentation du nombre de déplacés et par conséquent de l’offre de main d’œuvre, la concurrence entraînera probablement une baisse des rémunérations journalières en cette période de récoltes de la saison 2 (S2).
- Les récoltes de la S2 ont débuté mi-décembre 2025 dans le nord-est et le centre-est, mais la production est estimée inférieure à la moyenne en raison notamment de la réduction des surfaces cultivées liée aux déplacements des populations et de la contamination et de la dégradation des sols par endroit, selon les observations sur le terrain. En outre, dans les zones qui ont connu les inondations successives et les débordements des cours d’eau au cours des dernières saisons agricoles, notamment dans les provinces de l’Ituri (territoire de Mahagi), du Nord Kivu (Walikale), Tanganyika (Moba) et Equateur (Zongo), les pertes agricoles ont été importantes. Les régions du sud et du centre continuent d'être touchées par des inondations, comme au Haut-Katanga et le Maniema. Cette situation réduit les disponibilités à la nourriture et limite l’accès et face à une demande croissante. Par ailleurs, les violences persistantes continuent de provoquer des déplacements en pleine S2.
- Parallèlement aux réformes gouvernementales de 2025 visant à stabiliser la monnaie, les récoltes en cours dans les zones bimodales contribuent à la stabilité générale des prix sur les marchés alimentaires, à des niveaux similaires à ceux de décembre 2025. Comparés à janvier dernier, les prix des denrées locales ont baissé de 10 à 17 pour cent en janvier 2026 par endroit, tandis que les produits importés (riz, huile végétale) n’ont enregistré qu’une baisse inférieure à 10 pour cent. L'inflation annuelle a reculé de 11,76 pour cent à 2,33 pour cent sur la même période. Les données de prix de FEWS NET indiquent également une stabilité des prix dans l’est, malgré quelques hausses limitées sur certains produits (céréales, viandes, légumes, transport). Même avec cette récente stabilité, le pouvoir d’achat des ménages pauvres demeure limité après des années de forte inflation et de dépréciation de la monnaie, bien que des améliorations mineures sont enregistrées dans certaines villes du pays.