DR Congo

Remarques de RSSG Pramila Patten à l’Occasion de l’Atelier National de Validation du Plan d’Application du Communiqué Conjoint et son Addendum en Matière de la Lutte Contre les Violences Sexuelles Liées au Conflit en République démocratique du Congo

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Excellence, Madame la Première Dame, Madame la Ministre du Genre, Madame la Conseillère Spéciale du Chef de l’Etat en charge de la jeunesse et lutte contre les violences faites aux femmes, Madame la Représentante Spéciale du Secrétaire Général des Nations Unies en RDC, Mesdames et Messieurs les Représentants des agences du système des Nations Unies, Distingués invités, Mesdames et Messieurs,

Ma visite en République démocratique du Congo en Décembre 2019 avait pour objectif de réaffirmer au Gouvernement, l’engagement des Nations Unies et de mon Bureau à soutenir la lutte contre les violences sexuelles liées au conflit.

Lors de cette visite, nous avons signé un addendum au Communiqué conjoint sur la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits, adopté en 2013 entre le gouvernement de la République démocratique du Congo et les Nations Unies. Cet addendum a pour objectif d’apporter une réponse plus structurée et mieux adaptée au fléau que constitue les violences sexuelles liées au conflit, et de mettre l’accent sur les droits, les besoins et le choix des survivants de violences sexuelles liées au conflit, tel que reflété dans la dernière résolution du Conseil de sécurité sur ce sujet, la résolution 2467 (2019).

L’adoption du Communiqué conjoint en 2013, a permis à mon bureau à travers l’Equipe d’Experts sur l’état de droit et les violences sexuelles liées au conflit et à l’UN Action, réseau constitué de quinze entités du Système des Nations Unies, d’appuyer des actions concrètes entreprises par les autorités nationales, en étroite collaboration avec la MONUSCO, l’Equipe-pays des Nations Unies en République démocratique du Congo et la société civile.

Je pense notamment à l’accent mis sur les enquêtes et les poursuites judiciaires engagées, en particulier, par les juridictions militaires contre les auteurs de ces crimes, à la création de la Police Spéciale de Protection de l’Enfant et de Prevention des Violences Sexuelles, dont j’ai pu personnellement constater le travail remarquable lors de ma visite à Bukavu, ou encore à la création de centres intégrés « one-stop » pour les survivants, ainsi qu’à l’élaboration et la signature des plans d’action de lutte contre les violences sexuelles des Forces armées nationales et de la police nationale congolaise, qui ont conduit à la signature d’actes d’engagement contre les violences sexuelles liées au conflit par plus de 350 commandants.

Au cours des deux prochains jours, que vous consacrez à la rédaction du plan de mise en œuvre de l’addendum au communiqué conjoint, je tiens à souligner à quel point il est important de mettre l’accent sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes de ces violences, notamment la discrimination basée sur le genre, la marginalisation et la pauvreté. Cela nécessite une approche centrée sur les victimes dans la prévention aussi bien que dans la lutte contre ces violences, et de garantir l’apport de services multisectoriels comprenant l’assistance médicale, psychosociale, juridique, ainsi qu’un appui vers la réinsertion socioéconomique, tout en facilitant l’accès à la justice et aux réparations.

Les axes stratégiques de l’addendum: participation, prévention et protection contre les violences sexuelles liées au conflit ;lutte contre l’impunité des auteurs de ces violences ; et l’apport d’une assistance multisectorielle doivent impérativement être au centre de vos débats afin qu’ensemble, les experts du Gouvernement, de la société civile, des prestataires de services et des Nations Unies présents puissent échanger sur la meilleure approche pour mettre en œuvre les engagements liés à chacun de ces axes de l’addendum au cours des deux prochaines années.

En matière de la participation, prévention et mobilisation communautaire, il sera crucial d’avoir une participation accrue des dirigeants locaux et nationaux, des chefs religieux et coutumiers, les membres de la société civile, la Commission nationale des droits de l’Homme et du Genre de l’Assemblée nationale, les professionnels des médias, les jeunes entre autres.

En matière de Justice, il sera crucial de renforcer la législation à travers une loi spécifique sur la protection des victimes et témoins ; l’aide juridictionnelle, ainsi que les dispositions légales pour le paiement des réparations établies et prévues dans les décisions de justice.

Dans le domaine de l’assistance multisectorielle il sera crucial de reconnaître les besoins spécifiques des victimes notamment des femmes, des filles, des hommes et des garçons mais aussi la protection et l’assistance aux enfants nés aux suites de violences sexuelles liées aux conflits.

Nous savons qu’une réintégration réussie, des survivants et des enfants issus du viol, passe par leur autonomisation économique et financière afin de combattre le rejet et la stigmatisation et ainsi faciliter leur acceptation par les membres de la famille et de leur communauté.

Pour que ce plan de mise en œuvre se transforme en action concrète pour les survivants, nous devons travailler ensemble pour garantir une volonté politique forte de tous les acteurs ainsi qu’une dotation budgétaire adéquate.

Je m’engage à travailler en partenariat avec le gouvernement de la RDC afin de mobiliser la communauté internationale et les bailleurs de fonds pour qu’ils soutiennent la mise en œuvre effective des engagements du Communiqué conjoint et de son addendum.

En plus de mon engagement direct auprès des gouvernements donateurs pour recueillir des fonds pour la mise en œuvre du Communiqué conjoint, le nouveau Fonds d’affectation spéciale pour la violence sexuelle liée aux conflits (CRSV-MPTF), que je préside, lance également un appel à un financement urgent. Ce financement appuiera des projets visant à fournir une assistance multisectorielle ainsi qu’à s’attaquer aux causes profondes des violences sexuelles liées aux conflits. Je vous assure qu’une fois que des fonds suffisants auront été recueillis, la RDC sera l’un des pays prioritaires pour le soutien, tout comme elle l’a été.

Cependant, les résolutions sans solutions, les plans d’actions sans actions ne suffisent pas. Pour que le Gouvernement progresse dans sa lutte contre la violence sexuelle liée aux conflits, un effort national et une hiérarchisation des priorités de tous les ministères sont nécessaires. Cela signifie aussi que les survivantes et survivants, principalement, mais aussi la société civile, doivent nous tenir tous responsables des engagements qui seront prises lors de cet atelier.

Il est regrettable qu’en raison du COVID-19, je ne puisse pas être présente pour vous accompagner dans ce travail important au cours des prochains jours. Cependant, je peux vous assurer que mon Bureau et toute la famille des Nations Unies restent fermement déterminés à soutenir le gouvernement et les citoyens de la RDC pour mettre fin à la violence sexuelle une fois pour toute.

Merci.

Monday, 14 September 2020