RDC: Rapport d’analyse mensuelle - Région : Centre-Est (Sud-Kivu/Maniema) Octobre 2019

Report
from UN High Commissioner for Refugees, Protection Cluster
Published on 31 Oct 2019 View Original

Section 1 : Mise à jour du Contexte

Dans la Province du Sud-Kivu la situation sécuritaire et de protection est restée fortement marquée par le conflit intercommunautaire qui oppose les Banyamulenge à la coalition Babembe-Banyindu-Bafuliru. Ce conflit, né initialement dans les hauts plateaux d’Itombwe, dans le territoire de Mwenga, est au fur et à mesure en train d’embraser l’ensemble des hauts plateaux, s’étendant tout d’abord aux hauts plateaux de Minembwe, dans le territoire de Fizi, puis récemment aux hauts plateaux de Bijombo, dans le territoire d’Uvira. De nombreuses violations de droits humains ont été rapportées comme conséquences de ce conflit : meurtres, arrestations arbitraires, coups et blessures, incendies de maisons, cas de travaux forcés, pillages de bétails - pour ne citer que les plus récurrentes.

Le territoire de Fizi reste l’un des principaux hot spots de la Province, à cause du conflit qui sévit dans les hauts plateaux dans le secteur de Minembwe et ses environs. Sur la période du 12 au 23 octobre, des affrontements entre la coalition Maï-Maï Bafuliru-Banyindu-Babembe et les milices Gumino-Twigwaneho ont eu lieu, parce que les premiers ambitionnaient de conquérir Minembwe centre. Plusieurs villages ont été affectés par ces affrontements. Il s’agit entre autres de Kahira, Biziba, Irundu, Kisombe, Kalongi, Rugezi et Lunundu/CEPAC. Les répercussions sur les civils sont de divers ordres (meurtre de civils, incendies de maisons, pillage de vaches et destruction de grenier, déplacements de populations). D’autres faits préoccupants sont à signaler, dont le pillage de bétails dans le secteur de Ngandja, par les Maï-Maï Yakutumba et Mulumba. Par exemple, le 25 octobre à Lucimu proche de Lulimba et à Italie près de Misisi en groupement de Basikasilu, 320 vaches ont été volées et deux éleveurs grièvement blessés. Également sur le tronçon Misisi-Lubichako, les Maï-Maï Yakutumba faction Bavon procèdent à des braquages et autres incursions, pillant des biens de civils. La présence de ces groupes met en péril l’environnement protecteur dans la zone. Ce territoire a comptabilisé 237 incidents de protection (139 cas de violation du droit à la propriété, 56 cas de violation du droit à l’intégrité physique, 23 cas de violation du droit à la liberté, et 19 cas de violence sexuelle).

Au niveau du territoire d’Uvira, les affrontements entre les Maï-Maï et les Ngumino en lien avec la crise des hauts plateaux ont dominé le contexte sécuritaire. L’entrée à partir de fin septembre d’hommes armés présumés burundais à Bijombo, en provenance du secteur d’Itombwe, présage la reprise des violences considérant l’appui qu’ils auraient apporté à la coalition Babembe-Bafuliro-Banyindi. La menace s’est matérialisée avec l’attaque des villages de Lusuku et de Bijombo centre par la coalition Maï-Maï contre les Ngimino et Twigwaneho au le 28 octobre. Ces affrontements se sont poursuivis dans d’autres villages tels que Ishenge, Mutara, Mabuga, Samaria, Kagogo, Chanzovu 1, 2 et Murambi avec, entre autres conséquences, plusieurs maisons incendiées, du bétail pillé et plusieurs autres biens emportés par les parties en conflit. Au niveau de la plaine de la Ruzizi, le retrait des forces de sécurité a accru la vulnérabilité des civils. En effet, sur la RN5 des cas d’embuscades et de braquages de véhicules de transport en commun par des bandits armés ont été observés. Au total, Uvira a comptabilisé 81 incidents de protection pour le mois d’octobre, dont 27 cas de violation du droit à la propriété, 23 cas de violation du droit à la liberté, 23 cas de violation du droit à l’intégrité physique, 8 cas de violence sexuelle.

Dans le territoire de Mwenga, les affrontements entre la coalition Babembe-Bafulrero-Banyindu et les Ngumino de la communauté Banyamulenge ont repris le 4 octobre, avec l’entrée en jeu de la faction Nguvu Yamilima en appui à la coalition Babembe-Bayindu-Bafuliro. D’autres affrontements ont été signalés les 21 et 22 octobre entre les mêmes groupes à Marunde, Kivogero, Kilulwe, Kigazura et Bukundji en groupement Basimukindji 1er. Outre ces faits, le territoire de Mwenga a totalisé pour ce mois d’octobre 97 incidents de protection (37 cas de violation du droit à la propriété, 37 cas de violation du droit à la liberté, 19 cas de violation du droit à l’intégrité physique, 4 cas de violence sexuelle).

Dans le territoire de Shabunda, notamment en groupement de Bamuguba Sud, la faible couverture de la zone par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) favorise l’activisme des Raiya Mutomboki de diverses factions (Bozi, Donat, Mabale, Ndarumanga, Ngandu Nzose). Des attaques de plusieurs villages ont été enregistrées. En dehors de ces incursions, des cas d’embuscades tendues aux civils notamment sur le tronçon routier Kimbili-Nyalubemba et Kigulube et d’enlèvements moyennant paiement de rançons ont été rapportés. Shabunda compte le plus grand nombre d’incidents de protection, 762 cas, répartis comme suit : 302 cas de violation du droit à la liberté, 261 cas de violation du droit à la propriété, 180 cas de violation du droit à l’intégrité physique, 19 cas de violence sexuelle.

En territoire de Walungu, le vide sécuritaire laissé par les FARDC dans la majeure partie du groupement de Mulamba a favorisé l’activisme des groupes armés Raiya Mutomboki dans les localités de Cinda, Luntukulu et Lubimbe. En octobre, un total de 191 incidents de protection ont été documentés, soit 87 cas de violation du droit à la liberté, 56 cas de violation du droit à l’intégrité physique, 47 cas de violation du droit à la propriété, 1 cas de violence sexuelle.
Quant au territoire de Kalehe, il a été observé le retrait du chef de guerre Butachibera du processus de reddition, se retranchant à proximité du village de Bubamba dans le groupement de Mubugu. Outre cette situation, les bandits armés ont été actifs dans les groupements de Mbinga Nord et Mbinga Sud du fait de l’absence des forces de sécurité.
Cela a impacté la protection des civils. De fait Kalehe a enregistré 191 incidents de protection (95 cas de violation du droit à la propriété, 43 cas de violation du droit à la liberté, 35 cas de violation du droit à l’intégrité physique, 18 cas de violence sexuelle).
Dans la Province du Maniema, l’insécurité, l’activisme des groupes armés Maï-Maï des factions Brown, Mulumba, Malaika, Yakutumba et des membres de la communauté Twa ainsi que la grande criminalité ont marqués le contexte sécuritaire et de protection. L’accès humanitaire aux populations vulnérables demeure une préoccupation majeure.

De manière générale, les territoires de Kabambare et Kailo restent les plus affectés.
Kabambare a connu l’activisme des groupes armés Maï-Maï de plusieurs factions et des membres de la communauté Twa. Plusieurs violations ont été signalés au cours de leurs attaques, braquages le long des routes et incursions. Au total, 206 incidents de protection ont été enregistrés en octobre, contre 110 au mois de septembre (89 cas de violation du droit à la propriété, 82 cas de violation du droit à l’intégrité physique, 24 cas de violation du droit à la liberté, et 11 cas de violence sexuelles).

Kailo a été marqué par l’activisme des "revendiquant" (milices) qui s’opposent à la construction du parc de Lomami. Ils sont à la base de l’insécurité dans la zone et du non fonctionnement de l’administration locale, ayant provoqué le déplacement de quasiment tous les chefs de groupements vers Kindu, et le déplacement des populations vers les forêts et la localité de Pemberiba. De plus, les écoles ne sont toujours pas fonctionnelles. Pour remédier à cette insécurité et anéantir la capacité de nuisance des "revendiquant", le 12 octobre, les FARDC ont lancé une offensive militaire. Plusieurs miliciens ont été tués durant cette offensive ainsi que plusieurs armes AK-47 récupérées.