DR Congo

RDC : Peu d'engouement pour les antirétroviraux en Ituri

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BUNIA, 27 avril 2007 (PlusNews) - De nombreuses personnes vivant avec le VIH dans le district de l'Ituri ne cherchent pas à se procurer des antirétroviraux (ARV) en raison de la stigmatisation et de la pauvreté qui prévalent dans cette région du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).

Depuis que le gouvernement a commencé à fournir des antirétroviraux, il y a cinq mois, dans le cadre de son Programme national multisectoriel de lutte contre le VIH/SIDA, le nombre de personnes à bénéficier de ces médicaments gratuits n'est passé que de 10 à 38.

Ignace Bingi, coordinateur de la Ligue anti-sida en Ituri (LASI), une ONG locale, a estimé que la stigmatisation liée à l'épidémie était un facteur majeur du désintérêt apparent des patients séropositifs et qu'elle empêchait ces derniers, toujours montrés du doigt par leur famille et leur voisinage, de chercher à se procurer suffisamment tôt ces médicaments qui prolongent et améliorent la vie des personnes vivant avec le VIH.

« Au début, [les patients] accusent les voisins de les empoisonner et c'est seulement quand ils sont vraiment malades qu'ils viennent à l'hôpital », a-t-il dit à IRIN. « Dans ces conditions, beaucoup d'entre eux y meurent... Ceux qui sont abandonnés par leur famille préfèrent mourir à l'hôpital. »

Une région très touchée par le VIH

Dans le but d'encourager davantage de personnes à aller se faire dépister et à recevoir des traitements contre le VIH/SIDA, le gouvernement et les ONG se sont regroupés pour créer un Comité multisectoriel de lutte contre le VIH/SIDA (CMLS).

« Nous assurons des consultations gratuites pour les personnes séropositives à l'hôpital mais aussi l'hospitalisation pour les plus vulnérables », a expliqué M. Bingi, dont l'organisation est membre du CMLS.

L'Ituri, un district de la province Orientale de la RDC, a été ravagé par des années de conflits dans lesquels plus de six groupes armés ont combattu depuis 1999, faisant plus de 50 000 morts et obligeant 400 000 personnes à fuir.

La région a été privée de nombreux services de base, y compris la prévention et le traitement du VIH. Bien que les violences se soient quelque peu apaisées et que le pays ait récemment tenu des élections, les services sanitaires mettent du temps à se réinstaller dans la région.

Le Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA, estime le taux de prévalence du VIH en RDC à environ 3,2 pour cent, mais suspecte qu'il pourrait se situer aux alentours de 20 pour cent parmi les femmes qui ont été victimes de violences sexuelles dans les zones de conflits armés.

Le viol a été largement utilisé comme arme pendant la guerre en RDC, et l'Ituri n'a pas été épargné.

Bien que les moyens de surveillance épidémiologique soient quasi-inexistants, le Programme national multisectoriel de lutte contre le VIH/SIDA a révélé que le taux de prévalence du VIH dans les centres de dépistage à Bunia, principale ville de l'Ituri, était de 21 pour cent.

La pauvreté, un autre obstacle majeur

Le coût et la disponibilité des vivres dans la région constituent un autre problème auquel se trouvent confrontées les personnes vivant avec le VIH qui auraient besoin d'ARV.

Sans une alimentation régulière et équilibrée, l'état de santé d'une personne infectée par le virus se détériore rapidement et son organisme supporte très mal, voire pas du tout, les médicaments.

« La majorité des patients arrivent [à l'hôpital] lorsqu'ils ont déjà perdu 10 à 20 pour cent de leur poids et ont besoin d'un soutien nutritionnel intense », a expliqué M. Bingi.

Avec l'appui du Programme alimentaire mondial, la LASI fournit à quelques unes des personnes séropositives de la région des colis de nourriture, pour les aider à enrichir leur alimentation.

« Au total, nous avons assisté près de 525 familles affectées par le VIH », a dit M. Bingi. « Nous avons aussi aidé une cinquantaine de familles à mettre en place des projets d'autosuffisance alimentaire tels que des jardins [pour cultiver des aliments] ».

Auparavant, les personnes séropositives qui avaient besoin d'ARV devaient se les procurer dans des pharmacies privées. Selon le docteur John Kambale, qui prescrit des ARV à l'hôpital principal de Bunia, sur les 19 patients diagnostiqués jusqu'en novembre 2006 comme étant éligibles au traitement, seuls 10 ont pu se payer les médicaments.

« Les ARV étaient très chers, environ 150 dollars pour cinq mois de traitement... Il y a eu beaucoup de morts », a-t-il regretté.

Aller plus loin que les ARV

En dépit du soutien apporté par le gouvernement pour lutter contre le VIH/SIDA dans la région, les travailleurs sanitaires locaux ont dit qu'il fallait faire beaucoup plus si on voulait parvenir à contrôler l'épidémie.

M. Kambale a précisé que les médicaments pour traiter les infections opportunistes étaient toujours chers, hors de portée des moyens de la plupart de la plupart des personnes séropositives.

« Le gouvernement a bien fait en fournissant des ARV gratuitement, mais les maladies opportunistes ne sont pas prises en considération », a-t-il regretté. « Nous prescrivons du Bactrim [un antibiotique] comme prophylactique aux patients, mais souvent ils ne peuvent acheter que trois ou quatre comprimés avant de devoir s'arrêter par manque de moyens. »

En 2005, la Banque mondiale, à travers son Programme VIH/SIDA multi-pays pour l'Afrique, et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ont apporté leur soutien à une large initiative destinée à fournir des ARV à 25 000 personnes vivant avec le VIH en RDC d'ici 2009.

Mais la faiblesse des infrastructures et des systèmes de santé, le manque de coordination, l'insécurité, ainsi que l'inaccessibilité des financements -résultats d'années de conflits armés dans le pays- ont entravé la concrétisation de cette initiative.

D'après l'ONUSIDA, seuls quatre pour cent des personnes vivant avec le VIH en RDC ont accès aux ARV.

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