DR Congo

RDC : Le Ciat au Sud-Kivu

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Sylvie van den Wildenberg/Monuc

Samedi 23 juillet 2005 - Ihembe, Nindja - Après avoir survolé pendant un long moment les sites des opérations militaires conjointes de la Brigade du Sud-Kivu et des FARDC, les anciennes positions des FDLR récemment détruites par les Casques bleus dans le territoire de Kabare, le site du massacre de plus de 40 civils dans le petit hameau de Mamba, la dense forêt du Parc de Kahuzi Biega, un hélicoptère blanc des Nations Unies se pose, dans une clairière de la chefferie de Nindja, non loin du village d'Ihembe entouré de collines verdoyantes, à quelque 70 km de Bukavu.

La fertilité des terres de la chefferie, d'une superficie de quelque 900 km2, avec une population de près de 30 000 habitants, faisait, disait-on jadis, la fierté du Congo tout entier. Au sol, des centaines de soldats, coiffés de bérets bleus ou verts, attendent, solennels, au garde à vous. Encadrés par le Chef de Bureau de la MONUC Bukavu, Alpha Sow et par le Commandant de la Brigade du Sud Kivu, le Général Shujaat Ali Kahn, les membres du Comite international d'accompagnement de la transition en RDC (CIAT) avancent avec à leur tête, le chef de la MONUC, William Swing, en direction des troupes. Le CIAT est presque au complet. Seul l'Ambassadeur de Chine a été empêché, et n'a pas pu participer au voyage.

A son arrivée à Ihembe, la délégation est accueillie avec tous les honneurs par les troupes du contingent pakistanais et des FARDC, oeuvrant actuellement à la sécurisation de la région. Une chose frappe cependant tous ceux qui accompagnent les membres du CIAT et qui connaissent Nindja: ni le Mwami de la chefferie, ni les populations locales - qui avaient pourtant été avertis de la visite de cette délégation de haut niveau - ne sont au rendez-vous. Un émissaire est discrètement dépêché au village. Au bout d'un quart d'heure, ce dernier émerge d'un minuscule sentier caché sous une haie de bambous, suivi du Mwami Freddy Nanindja, et d' une longue file d'hommes, de femmes et d'enfants, qui avancent timidement, sans bruit, pressés les uns contre les autres. Les habitants d'Ihembe et des environs avaient t'ils voulu boycotter la visite des membres du CIAT? Non. S'ils n'étaient pas venus les accueillir, c'est tout simplement parce qu'au dernier moment, la collectivité toute entière, répondant a un réflexe devenu quasi pavlovien - justifié par des années de traumatisme - avait été prise d'un mouvement de panique incontrôlable. Peu avant l'arrivée de la délégation, les habitants avaient fait le choix de se barricader chez eux, par crainte d'être victimes de «représailles», et ce, pour avoir osé dire tout haut aux représentants de la communauté internationale leur soulagement d'avoir enfin été libérés, une semaine auparavant, de la présence massive des combattants hutus rwandais qui s'étaient, au fil des ans, érigés en maîtres absolus de la chefferie, imposant à tous leurs lois et leur diktat.

Tandis que les civils se rassemblent discrètement autour de la délégation, le Représentant spécial du Secrétaire général en RDC, William Swing, au nom des membres du CIAT, s'adresse aux Casques bleus et aux FARDC: «Nous sommes venus pour voir de nos propres yeux les opérations de sécurisation que vous menez actuellement dans la région. Les opérations conjointes des Casques bleus et de l'armée congolaise au Sud-Kivu sont, en soi, un véritable précédent. Nous vous remercions sincèrement de votre dévouement à la cause de la paix et nous tenons à vous assurer de notre plein soutien à vos efforts. Nous voulions aussi vous rassurer, vous soldats de l'armée congolaise: la communauté internationale est très consciente de vos besoins et en étroite collaboration avec votre Gouvernement, nous cherchons les moyens d'apporter des solutions rapides à vos problèmes urgents. Certes, notre mandat se limite au rapatriement volontaire des combattants hutus rwandais, mais nous avons deux autres mandats qui viennent compléter l'action que nous menons à cette fin: la protection de la vie civile et le soutien aux FARDC. Nous sommes déterminés à tout faire pour que ces combattants rentrent chez eux le plus rapidement possible et nous allons continuer nos opérations visant à identifier et sécuriser les zones qui doivent l'être». William Swing s'adresse ensuite aux habitants de Nindja: «Merci de votre présence. Nous tenions à vous adresser personnellement nos sincères condoléances pour la perte des membres de vos familles et de tous ceux qui ont laissé leur vie dans les massacres d'Ihembe, le 23 mai 2005; de Mamba, le 9 juillet 2005; de Kyoka, le 29 mars 2005; et dans d'autres tueries. Nous tenions à vous dire toute notre compassion, et toute notre admiration pour votre courage. Rester courageux! La communauté internationale vous soutient plus que jamais.»

Prenant à son tour la parole, le Mwami de la chefferie, explique les circonstances dans lesquelles, depuis sept ans, «le malheur a élu domicile à Nindja, jadis havre de paix et d'abondance.» «La terreur que nous avons connue en mai, et le massacre du 23 mai, ont été l'aboutissement de cette situation déplorable, dont la population continue de payer les frais, victime d'un appauvrissement excessif en raison des pillages des récoles, des rançonnements, des vols, et de la destruction de toutes les infrastructures de base», explique le Mwami, soulignant que le taux de malnutrition sévère dans la chefferie est estimé à quelque 54%, et lançant un appel urgent pour qu'une assistance tant humanitaire qu'à la reconstruction soit apportée aux populations de Nindja. «Malgré tout ce chapelet de malheurs, la paix demeure notre rêve de tous les jours. C'est pourquoi je voudrais au nom de tous, remercier la Communauté internationale, à travers la MONUC, pour la rapidité de sa réaction suite aux événements dramatiques du mois de mai ainsi que les Casques bleus de la Brigade du Sud-Kivu, qui ont traqué les groupes armés jusqu'au fin fond de notre forêt. La date du 20 juillet 2005, avec la destruction du camp de la Brigade des FDLR à Mirhanda, restera à jamais gravée dans notre mémoire comme un jour de libération. Nous saluons également avec grande satisfaction, l'arrivée depuis le 17 juillet 2005, des premiers éléments FADRC que nous n'avions plus vus à Ihembe depuis plusieurs années... Dieu merci, les camps des FDLR établis depuis longue date dans la région sont aujourd'hui par terre. Puisse tout cela appartenir désormais à l'Histoire pour les populations de Nindja et des environs, victimes à tous les égards de cette présence indésirable. Nous émettons le voeu de voir la sécurité encore renforcée, et de voir les groupes armés poursuivis jusque dans leurs derniers retranchements. Nous voulons participer à ce grand rendez vous que sont les prochaines échéances électorales. Aussi, voulons-nous voir les groupes armés encore actifs dans la région neutralisés, désarmés, et rapatriés dans leur pays, conformément à la Déclaration de Rome. Que les malfaiteurs soient recherchés et punis selon la loi.»

Nindja était la dernière étape du séjour de 48 heures des Ambassadeurs du CIAT au Sud Kivu. Elle en aura sans doute aussi été l'un des moments les plus forts, si pas le plus fort, avec la rencontre entre la délégation et les femmes du Sud-Kivu victimes de violences sexuelles, et la visite du centre de brassage de Luberizi, au cours de laquelle, chacun a pu constater tant les progrès importants accomplis en vue de l'aboutissement de ce processus essentiel et les besoins toujours criants de logistiques et autres des troupes congolaises. Au cours de sa visite a Bukavu, le CIAT a également eu de longues entrevues avec le personnel civil et militaire de la MONUC Bukavu, ainsi qu'avec les autorités civiles de la province, une importante délégation de la société civile et d'autres forces vives locales, qui, tous, ont parlé d'une seule voix: les Sud-Kivutiens, épuisés par de longues années de guerre, n'aspirent qu'à deux choses: au retour rapide des combattants hutus rwandais dans leur pays et au plein exercice de leurs droits de citoyens à l'occasion des prochaines élections libres et démocratiques organisées dans leur pays.