DR Congo

RDC: Evaluation de l'économie des ménages - Masisi et Bwito (Rutshuru)

Source
Posted
Originally published
Save the Children (UK) vient d'achever des évaluations de l'économie de ménages (HEA) dans le Masisi et à Bwito (Rutshuru). Les principaux résultats des évaluations ont été résumés ci-dessous.
Les évaluations ont été réalisées avec l' appui financier de l'Union européenne.

RESUME HEA MASISI

Masisi est un territoire situé à l'Est de la Province du Nord Kivu, près de la frontière avec le Rwanda et le territoire de Rutshuru. La zone sélectionnée pour cette évaluation est « les Plateaux », qui comprend l'axe du projet Save the Children/Goma (les parties de Nyakariba à Muheto). L' équipe de Sécurité Alimentaire a fait l'évaluation de l'économie de ménages (HEA) en novembre 2002 dans le but d'évaluer les changements économiques dans cette zone aussi bien que dans les stratégies de mécanismes de survie de la population et dans l'économie ménage de la catégorie à faible revenu, particulièrement étant donné que la dernière évaluation était faite en 1999.

Les résultats principaux de l'évaluation sont les suivantes :

  • Depuis 1999, la situation sécuritaire s'est considérablement améliorée, et le processus de retour et de réintégration est bien en cours.

  • Masisi a vécu trois vagues de retournés du Rwanda depuis leur départ de Masisi en 1994 et en 1996. Cependant, la majorité d'entre eux n'est pas encore retournée dans leurs villages d'origine et tend à se concentrer dans des camps de Masisi-Est.

  • Les déplacés trouvés dans la zone des Plateaux en 1999 sont soit retournés dans leur milieu d'origine, soient ils se sont intégrés dans la population d 'accueil. La restauration de leurs mécanismes de survie est en cours.

  • L'agriculture et le petit commerce demeurent les principales activités économiques dans les Plateaux. Toutefois, à voir la situation en 1999, il y a eu une intensification remarquable de certaines activités tel que le brassage de la bière locale, la vente du bois et la production de la braise.

  • Durant les deux dernières années, Masisi a observé un afflux d' interventions humanitaires. Les programmes sont principalement liés au processus de réinstallation et, en particulier, la réhabilitation de l' infrastructure (càd les routes, les centres de santé, les écoles, etc.) et l 'approvisionnement de ces structures en matériel de base (médicaments essentiels, matériel scolaire, etc.. Plusieurs agences ont récemment initié des activités d'élevage du bétail.

  • L'accès aux semences n'est pas problématique. Plutôt, les problèmes sont l 'accès réduit à la terre et l'absence des marchés d'avant la guerre ; deux problèmes qui réduisent l'accès de la population au revenu. Les Plateaux de Masisi sont donc pauvres d'argent et non pas pauvres de nourriture.

  • Des activités d'élevage du petit bétail ont sensiblement progressé depuis que la dernière étude de l'approche de l'économie de ménages( HEA) a été menée et à présent, la plupart des groupes riches ont acquis des chèvres et d'autres petits bétails. Cependant des épidémies ont réduit le nombre de porcs et de poules.

  • Avec l'arrivée des retournés du Rwanda et la réclamation des pâturages, la possibilité encore de plus de réduction de la taille des lopins de terre cultivés ne peut pas être ignorée.

  • Le profil de richesse de la population a été transformé. Aujourd'hui, il n 'existe seulement que trois groupes en termes de richesse : - « les pauvres », « les moyens », et « les aisés ». En plus, la catégorie des pauvres a été diminuée en nombre pendant que la catégorie des « moyens » a augmenté.

  • Les sources de nourriture n'ont pas changé depuis 1999. Cependant, l' importance de chaque source diffère des découvertes de l'évaluation de 1999. Aujourd'hui, la catégorie des « pauvres » dépend plus de la main d'oeuvre agricole que de leurs propres produits agricoles.

  • Les sources de revenu ont changé conformément aux sources de nourriture. Les ménages « pauvres » comptent plus sur la main d'oeuvre agricole que sur la vente de leur récolte contre l'argent.

  • Les domaines de dépenses demeurent similaires à celles de 1999. La seule différence est dans le nombre d'enfants inscrits à l'école. Les ménages « pauvres » ne sont plus en mesure d'envoyer deux enfants à l'école. Généralement, seul un enfant est inscrit à l'école et cet enfant abandonne souvent avant la fin de l'année scolaire suite à l'incapacité du ménage de lui payer les frais scolaires et autres dépenses y relatives.

  • Le scénario le plus probable pour les six mois qui suivent est la continuité de la stabilité politique. Ceci devrait permettre une conservation ou une amélioration de la situation économique actuelle et de l 'état de la sécurité alimentaire. Les programmes immédiats ou potentiels de SC-UK évolueront dans ce contexte.
SOMMAIRE HEA BWITO

Ce rapport examine les caractéristiques économiques de différents groupes de riches parmi la population de Bwito, du territoire de Rutshuru, de la province du Nord Kivu, affectée par la guerre à l'Est de la RDC. Cette étude était ménée en octobre 2002 par l'équipe de Sécurité Alimentaire de SC (UK) dans l'axe de son projet. L'objectif principal de cette évaluation était de décrire l'économie de ménage de différents groupes socio-économiques au sein de la population en vue d'identifier les interventions appropriées pour répondre aux besoins les plus importants.

Les résultats principaux du rapport sont les suivantes :

  • La sécurité est revenue à Bwito en 2001 et le processus de retour et de réintégration de la population a commencé l'année suivante. L'année 2002 était la première fois depuis le début des conflits en 1992-1993 et 1996 que la population a pu restaurer quelques activités économiques notamment l' agriculture et le petit commerce.

  • La population du Sud Ouest de Bwito est presque entièrement composée des ménages agricoles, dont la majorité est propriétaire ou locataire d'environ un demi-hectare à cinq hectares de terre la subsistance ou l'agriculture génératrice de revenu. Avant le conflit, la plupart des ménages étaient impliqués dans l'élevage du petit bétail, et durant cette période, le nombre de petit bétail possédé par un ménage était considéré comme le premier facteur déterminant de la richesse. Aujourd'hui, suite à la décimation totale des troupeaux durant le conflit, nombre de petit bétail ont pris une position secondaire dans la définition de la richesse. Très remarquablement, cependant, l'importance de l'élevage du petit et du gros bétail dans la région est en train de faire un retour timide.

  • Sur base des critères locaux de la richesse (l'importance de la terre, du bétail et de la boisson locale produite) l'évaluation de l'économie de ménages a identifié trois catégories socio-économiques ou groupes de richesse - les « pauvres », les « moyens » et les « aisés ». Ces groupes de richesse représentent respectivement 45-55 %, 30-40 % et 10-20 % de la population. Ce rapport porte premièrement l'attention sur l'économie domestique et le niveau de vulnérabilité de la catégorie des « pauvres » face à l'insécurité alimentaire.

  • Les ménages « pauvres » comptent sur deux sources principales de nourriture. La première et la plus importance c'est l'achat au marché suivi par l'échange contre la main d'oeuvre (travailler dans les champs des ménages « moyens » ou « nantis ». La production champêtre des ménages « pauvres » contribue le moins à leurs besoins alimentaires. Par contre, les ménages « moyens » vivent de leur propre production des champs jusqu'aux =BE de leurs besoins alimentaires.

  • Les sources de revenu pour les ménages « pauvres » sont plus diverses que pour les autres catégories de richesse, bien que moins stable. La source de revenu la plus importante provient du travail dans les champs des ménages les plus riches. Cette activité représente plus de la moitié du revenu monétaire annuel pour les ménages « pauvres ». Le revenu annuel estimé des ménages « pauvres » (environ 35.000 FC (140 USD) comparé à celui de 90.000 FC (360 USD) pour la catégorie des « moyens » qui comportent typiquement sept (7) membres, couvre approximativement 75 % d'un panier minimum de la ménagère (aliments essentiels et non-vivres) évalué à 4.080 FC/personne (16,30 $ USD/personne chaque mois.

  • La dépense pour les ménages « pauvres » se limite aux besoins de base. A peu près 85 % du revenu annuel va à l'achat de la nourriture. Ceci signifie que très peu reste pour les autres besoins importants tel que l'éducation et la santé. Les ménages « pauvres » peuvent rarement avoir les moyens d' envoyer plus d'un enfant à l'école et ils contractent souvent des dettes des soins médicaux aux centres de santé.

  • Le degré d'accès à la nourriture et au revenu dépend sensiblement des variantes saisonnières. Durant certains mois de l'année (c'est-à-dire octobre, novembre, septembre) la disponibilité de la nourriture, les occasions d'avoir de l'emploi, et certaines dépenses sont plus ou moins fréquentes. Par exemple, avant les périodes de récolte, les ménages « pauvres » épuisent leurs stocks de nourriture et les occasions de travailler dans les champs sont plus que réduites. C'est durant ces mois de crise que les ménages « pauvres » cherchent d'autres sources de revenu ou s'ils font du travail agricole, demandent d'être payé en nature.

  • Avant la guerre, et comme conséquence de celle-ci, la catégorie des « pauvres » a développé une série de stratégies de « débrouillardise » pour pouvoir répondre à leurs besoins. Ces stratégies font minimiser le risque au lieu de maximiser le profit dans la production des champs, de réduire la qualité et la quantité des repas, d'émigrer vers d'autres régions pour tenter de trouver du travail (main d'oeuvre agricole), d'obtenir un paiement en nourriture durant les mois de crise et par conséquent de réduire leur revenu pour d'autres besoins essentiels, etc.

  • Les contraintes principales (passées et actuelles) à la sécurité alimentaire à Bwito sont les suivantes : Les prix bas des aliments de base (dues à la perte d'accès aux marchés du centre et de l'Ouest de la RDC) ; enclavement de certaines zones ; ce qui créée un obstacle aux agriculteurs d'accéder aux marchés pour vendre leurs produits ; l'enclavement de certaines zones et comme conséquence les prix élevés des marchandises non-disponibles localement ; la perte du bétail durant le conflit, l'insécurité et les déplacements de la population, la perte des produits à cause des maladies et la sur-dépendance du secteur agricole.

  • Le scénario le plus probable pour les six mois prochains est la continuité de la stabilité politique actuelle et d'une production agricole normale à Bwito. Ceci devrait permettre de conserver et d'améliorer la situation économique et la sécurité alimentaire actuelle de la population. Les programmes immédiats et potentiels de SC-UK évolueront dans ce contexte.

  • La convenance de la distribution des semences pour couvrir les besoins de la population les plus urgentes et les plus importantes est douteuse. Des semences de qualité sont disponibles et en plus de quantités adéquates sur le marché local. Le problème ici, c'est plutôt le manque d'espace foncier par ménage aussi bien que le manque d'apport financier et d'opportunité pour intensifier la production.
Stephen BLIGHT
Directeur de programme
Save the Children (UK) en RDC
880 6282; Satellite 871 762 497 897