DR Congo

RDC : Des dons pour les prisonniers de Mbuji Mayi

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Sur l'initiative de la MONUC, plus de 30 tonnes de nourriture et autres vivres récoltés en faveur des prisonniers de la ville.

«Mbuji Mayi, 9 juin 2005». Près de trois cents participants au Club MIBA ce samedi 9 juin: Ce n'était pas pour une après-midi de gala ou pour un concert, mais pour une action de bienfaisance en faveur des prisonniers de Mbuji Mayi. Le gouverneur de province en tête, le tout Mbuji Mayi politico-administratif, économique, social et humanitaire s'était donné rendez-vous dans cette magnifique enceinte de la Minière de Bakwadianga (MIBA), pour participer à une collecte de fonds et de biens en faveur des prisonniers. A l'origine de cette initiative, la MONUC. Dans le cadre de son appui à l'amélioration des conditions de vie des populations, la MONUC a voulu attirer l'attention de tous sur les conditions carcérales au Kasaï Oriental. Conditions inhumaines, à peine imaginables; et qui ont pour conséquence des maladies et des décès. C'est donc pour sensibiliser les autorités sur leurs devoirs et responsabilités, et la société sur la nécessaire solidarité envers les prisonniers que la MONUC et ses partenaires - CICR, Fraternité Internationale avec les Prisons, Société Civile, gouvernorat de province, médias...- ont décrété le samedi 9 juin 2005 «Journée de solidarité avec les prisonniers».

«Conditions inhumaines». Les différentes allocutions prononcées pour la circonstance ont toutes mis en évidence deux choses: d'abord la démission de l'Etat face à ses responsabilités; puis la réalité quotidienne des prisonniers. «Une réalité triste», dira le président de la Société Civile du Kasaï Oriental, avant de brosser un tableau des plus sombres des conditions carcérales de ces prisonniers, conditions qualifiées d'inhumaines: absence de toilettes appropriées, promiscuité des prisonniers qui ne peuvent se coucher par manque d'espace; des mineurs et des femmes qui partagent les mêmes cachots que les hommes adultes; des prisonniers qui ne sont ni nourris ni soignés en cas de maladie; des malades qui partagent les mêmes pièces que les personnes en bonne santé; des familles qui se plaignent de la perception d'un droit de visite par les gardiens, avec peu de chance que la nourriture qui est destinée aux prisonniers leur parviendra... De faim, d'épuisement ou de maladie, les prisonniers meurent au Kasaï Oriental. Ce sont probablement ces difficiles conditions de vie qui ont poussé les 276 pensionnaires de la prison centrale de Mbuji Mayi à tenter de s'échapper dans la nuit du 29 au 30 juin dernier. Trois d'entre eux y ont perdu la vie; mais d'autres sources militaires (anonymes) font état d'au moins huit morts, avec des cadavres qui auraient été évacués pendant la nuit.

«Une belle moisson». De l'avis de tous, la journée fut une formidable réussite; l'élan de solidarité a permis de récolter plus de trente tonnes de biens, vivres et matériels divers. Au moment de la clôture de la collecte, et alors que d'autres généreux donateurs continuaient à téléphoner pour des promesses de dons, l'on avait déjà enregistré, entre autres, 103 sacs de farine, 96 sacs de riz, 20 cartons de poisson, 40 litres d'huile de palme, 100 litres de pétrole, trois sacs de haricot, 1 000 assiettes en plastique, trois cartons de sérums, 200 seaux en plastique, cinq cartons de sardines, 50 sacs de ciment, des pantalons, chemises.., et même un chèvre, ou encore cinq consultations gratuites offertes par un avocat de la place. Coté espèces sonnantes et trébuchantes, près de 3 000 dollars américains récoltés. Le personnel de la MONUC y est aussi allé de son geste, avec une promesse de don de 20 sacs de farine de maïs. Pour les organisateurs, les résultats sont allés au-delà des espérances. La collecte se poursuivra tout au long des jours à venir; d'ores et déjà, l'on se frotte les mains, «les prisonniers ont de quoi à manger pour au moins huit à 12 mois, même si la nourriture ne constitue pas leur seul souci...», a laissé entendre un des membres du comité de gestion et de suivi mis en place à l'occasion de cette journée de solidarité.

«Nécessaire transparence». La MONUC a souligné le caractère inédit d'une telle initiative, et a remercié les uns et les autres pour ce formidable élan de générosité. «Ce à quoi nous avons assisté cet après-midi montre que les Congolais peuvent se retrouver autour des grandes questions de société;» et de souhaiter que cette belle unanimité se fasse aussi autour d'autres épineux problèmes, notamment ceux de l'eau, de l'électricité et de la lutte contre le chômage à Mbuji Mayi et au Kasaï Oriental en général. La MONUC a aussi émis le vou que la gestion des dons et fonds collectés se fasse dans la plus grande transparence: «la population aura l'oil sur nous, elle attend des résultats concrets et des rapports clairs», a-t-il été rappelé aux membres du comité de gestion et de suivi. Enfin, la MONUC a lancé un appel aux autorités provinciales et nationales, afin qu'elles assument pleinement leurs responsabilités vis-à-vis des prisonniers. L'une d'entre elles serait par exemple d'étudier la possibilité de libérer les personnes détenues pour des délits mineurs; ce qui permettrait de désengorger les prisons. Esquisse de réponse à l'appel de la MONUC ? Le gouverneur de province s'est «engagé à allumer la torche, pour que dans nos prisons, la lumière de la vie ne s'éteigne jamais».