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RD Congo : un centre de réadaptation physique ouvre à Kinshasa

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A Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, le département de réadaptation fonctionnelle vient d'ouvrir ses portes dans l'enceinte de l'Hôpital général de la ville. Offrant des soins de kinésithérapie, prothèses, orthèses et aides techniques à la marche, l'établissement veut devenir la référence nationale dans son domaine d'expertise.

Après une nuit de pluie, l'odeur agréable que prend la terre humide enveloppe l'entrée du tout nouveau département de réadaptation fonctionnelle, situé dans l'enceinte de l'Hôpital général de Kinshasa. Des patients passent devant une sculpture immaculée représentant des mains tenant des jambes.

Ceux qui rentrent dans la salle d'attente ont pour la plupart de la boue collée aux chaussures, aux béquilles ou aux roues de leur fauteuil roulant.

Se sentir libre à nouveau

Dans une pièce attenante, Magloire, six ans, se fait prendre les mesures pour sa nouvelle orthèse. A la suite d'une malformation congénitale, le genou de sa jambe droite est directement rattaché à sa hanche. Elle est venue avec sa mère depuis un quartier périphérique de la ville. « C'est une chance pour nous de pouvoir obtenir ces services gratuitement. », dit la maman, le regard fixé sur les mains du technicien.

Magloire est en pleine croissance, changer d'orthèse est donc une étape obligée. Quand elle est venue au monde, sa mère ne lui prédisait pas un avenir radieux. Elle est désormais plus optimiste : « Ma fille est la plus douée de sa classe. Grâce à son orthèse, elle peut se rendre à l'école et elle joue avec ses amis sans que cela soit un problème. »

Dans une autre salle, un moule est appliqué sur la jambe droite de Pauline. A partir de cette empreinte, on lui fabriquera d'ici une semaine une orthèse. Elle en est à sa troisième. La première, reçue en 2014, avait été endommagée dans un accident. « Je tentais de monter à bord d'un taxi-bus quand le receveur m'a violemment poussée dehors. Il pensait que je n'allais pas payer ma course comme le font certaines personnes à mobilité réduite faute d'argent. » Son deuxième appareil, obtenu en 2018, s'est abîmé avec le temps. « Je me promène beaucoup », se justifie-t-elle en souriant.

Cette mère d'un petit garçon de dix ans a perdu sa mobilité après une injection dans un centre de santé, qui a provoqué une infection et endommagé son nerf sciatique. Elle avait neuf ans. Si elle a dû arrêter l'école pendant un temps, les soins reçus ont permis à Pauline de suivre une formation en art : « J'étais comme en prison mais mon orthèse a changé ma vie. Grâce à ma formation, j'ai monté une petite affaire. Je vends des sacs, des babouches et plein d'autres choses que je fabrique avec des perles en plastique. Je me sens libre. »

Comment répondre aux besoins ?

Le nouveau département de réadaptation fonctionnelle de l'Hôpital général de Kinshasa a été construit et équipé par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), en collaboration avec les autorités congolaises. Le CICR a également financé la formation à l'étranger de quatre techniciens congolais pour des études diplômantes spécialisées. « L'objectif final est que cet établissement devienne le centre national de référence en RD Congo. » affirme Michel Deffontaines, responsable du programme de réadaptation physique au CICR dans le pays.

Cette structure est parmi les rares de la région à posséder un atelier de fabrication d'appareils orthopédiques. Trois spécialistes du CICR, un kinésithérapeute et deux orthoprothésistes travaillent aux côtés du personnel national pour les soutenir et les accompagner dans leurs tâches quotidiennes. « Cette équipe pluridisciplinaire se concentre notamment sur les défauts de fabrication. Nous modifions et adaptons les appareils orthopédiques pour qu'il n'y ait aucun problème à leur livraison », explique Martin Babadi, orthoprothésiste au CICR.

A Kinshasa, s'offrir un service d'appareillage orthopédique peut couter entre 500 et 1000 euros. Le CICR paie les factures des services en faveur des personnes démunies.

« A travers tout le pays, il y a de nombreux blessés par arme, des accidentés de la route, des victimes de poliomyélite, et la réponse ne suit pas. La communauté internationale doit soutenir ce type d'initiatives pour arriver à combler les besoins en réadaptation physique », souligne Michel Deffontaines.

Le CICR a construit ce nouveau Département de réadaptation fonctionnelle dans le cadre du Programme d'investissement à impact humanitaire (PHII). Il s'agit d'un projet sur cinq ans, qui réunit de nombreux partenaires européens, des gouvernements comme des investisseurs privés, dans le but d'offrir des services de réadaptation physique de qualité à un nombre accru de personnes en situation de handicap dans trois pays africains : le Nigéria, le Mali et la RDC.

Depuis 1997 en RDC, le CICR a mis en place un programme de réadaptation physique. L'organisation travaille en collaboration avec différents centres de réadaptation physique : l'Hôpital général de Kinshasa, le centre Shirika la Umoja à Goma, le centre Heri Kwetu à Bukavu, le centre Béthanie à Uvira et le centre hospitalier de Rwankole à Bunia. Une collaboration étroite existe également avec d'autres partenaires, tel le Comité paralympique, certaines associations travaillant dans le domaine du handicap et le Programme national de réhabilitation à base communautaire (PNRBC). De janvier à septembre 2021, en RDC, le CICR a pris en charge les soins de réadaptation physique de 1 951 personnes, dont 713 dans le nouveau centre de l'Hôpital général de Kinshasa.