DR Congo

RD Congo : Sécurité alimentaire

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La FAO, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, a décrété le 16 octobre de chaque année « Journée mondiale de l'alimentation ». Cela fait près de 30 ans que, conformément à leur engagement, les pays membres commémorent cette journée.

Plus que les pays développés, qui souffrent paradoxalement d'excédents agricoles, les pays pauvres ne donnent pas l'impression de se sentir interpellés.

Et pourtant, ce sont eux qui font le lit de la sous-alimentation chronique, de la malnutrition, des carences et autres insuffisances alimentaires.

A la faveur de la récente « crise alimentaire », dont la menace a fait trembler le monde entier, tous les pays se sont penchés sur la question. Ceux du Nord ont interrogé leurs experts et, d'ores et déjà, se sont préparés sinon à éviter la prochaine crise du moins à l'atténuer. Cela ne semble être pas le cas dans bon nombre de pays du Sud, au-delà de la rhétorique politicienne.

La République démocratique du Congo est un cas à part. Voici pourquoi. Alors colonie belge, ce pays était compté parmi les premiers grands exportateurs des produits tels que l'huile de palme, le café, le maïs. L'accession à l'indépendance, en 1960, s'est révélée un mauvais pas dans la mauvaise direction.

Non seulement l'activité agricole, au niveau industriel, a été reléguée à l'arrière plan, mais aussi et surtout, les rares fermes du temps de la colonisation qui avaient survécu aux troubles post-indépendance ont été «zaïrianisées» avant d'être abandonnées par des acquéreurs nationaux inconscients.

Le mal étant fait, que devait faire le gouvernement pour remonter la pente de ses productions agricole, animale et piscicole ? Il n'y a pas mille chemins à emprunter. La solution était et est d'investir. De réserver une part conséquente du budget au secteur agricole.

Budget ? C'est ici que les violons ne s'accordent pas entre, d'une part, les besoins pour beaucoup et mieux produire et, de l'autre, les gestionnaires du trésor public. La tradition, en RDC, veut que les fonds aillent prioritairement alimenter les postes tels que « sécurité, institutions politiques », laissant moins de 0,5% au domaine de l'agriculture, l'éducation, la santé, etc.

L'agriculture ne se traduira jamais en « priorité des priorités », tant que, sur le terrain, une discrimination institutionnalisée laissera ce secteur au hasard des Missions de coopération bilatérale ou multilatérales. C'est le lieu de rappeler, ici, que l'essor de l'agriculture, élevage et pêche est tributaire de la prise en charge des préalables fondamentaux.

Au nombre de ces derniers, citons la relance de la recherche agricole appliquée pour permettre aux fermiers de disposer des semences de qualité ainsi que d'espèces animales de race : volaille, alevins, porcelets, génisses, etc.

Il faut ensuite remettre à niveau les agronomes, vétérinaires et agents de développement à travers des sessions de formation. Cette condition s'accompagne d'une autre, indispensable pour concrétiser les deux premières. Il s'agit de réfléchir sur les salaires et autres motivations professionnelles des agents impliqués dans la politique de l'autosuffisance alimentaire.

En dehors de ces fondamentaux, le droit à l'alimentation passe par le développement de l'agriculture et par la diminution des importations. Ce droit passe également par la réhabilitation des routes de desserte agricole. Il tient compte de la mise en œuvre d'une politique pragmatique de crédit à l'agriculture. Cela suppose bien entendu des garde-fous.

Comme on le voit, la Journée mondiale de l'alimentation ne peut s'imposer à la RDC que si le gouvernement prend conscience qu'il lui appartient de décider du sort de l'agriculture nationale. Tant qu'il négligera de financer ces préalables, il ne lui restera que des discours, ainsi que le temps de contempler la famine, la malnutrition et leurs conséquences sur la productivité de ses citoyens.