DR Congo

RD Congo : Réforme de l'Armée - attention au saupoudrage

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Le succès des FARDC à Dongo, l'appui de l'AFRICOM (Commandement militaire en Afrique des Etats-Unis), le départ prochain de la MONUC relancent les conversations sur la réforme de l'Armée. Dans cet élan de relever les grands défis du 21ème siècle pour faire partie des puissances émergentes en Afrique, il faut une politique cohérente de la part de l'Etat congolais pour mieux coordonner la contribution des partenaires extérieurs. Comme disent bien les économistes, il faut éviter tout saupoudrage qui retarde les objectifs à atteindre. Or, pour ce qui est de la préservation des attributs de la souveraineté nationale, cette approche est porteuse de germes de destruction.

La situation de Dongo et de ses environs commençait à prendre des allures inquiétantes avec cette nouvelle menace armée qui s'est précisée au fil des semaines. Heureusement, les dernières nouvelles de ce nouveau front sont rassurantes. Les FARDC viennent de reconquérir tous les villages et l'autorité de l'Etat est en train d'être restaurée.

Fait intéressant dans ce rétablissement de l'autorité de l'Etat, c'est le haut fait d'armes accompli par le 321ème bataillon spécial d'intervention rapide. Un nouveau bataillon qui a été mis en place par la Belgique dans le cadre de la coopération militaire bilatérale entre la RDC et le Royaume de Belgique. Bataillon stationné à Kindu, au Maniema.

Presqu'au même moment, le Commandement militaire des Etats d'Amérique pour l'Afrique, AFRICOM, affirmait sa détermination à apporter son appui à la réforme du secteur de la sécurité en République démocratique du Congo.

Affaire Dongo, appui de l'AFRICOM, relancent une fois de plus les conversations sur la réforme de l'Armée. Cette réforme, force est de le rappeler, est une volonté politique exprimée lors du Dialogue intercongolais à Sun City, en Afrique du Sud. Il s'agit même d'une nécessité, d'une priorité des priorités pour rassurer la stabilité des institutions politiques, renforcer le processus de la démocratie et consolider l'élan de la reconstruction nationale. Au moment où la MONUC voit sa mission arriver à terme, et qu'à l'horizon pointent les défis du 21ème siècle, la nécessité de bien coordonner toutes les actions vers la mise en place d'une véritable armée nationale, républicaine s'impose.

NON AU SAUPOUDRAGE

S'il est vrai que l'on apprécie la contribution des partenaires extérieurs compte tenu de leur expertise et des exigences de l'environnement international, la RDC doit se doter d'une vraie politique de défense et de sécurité.

Certes, réformer une armée désarticulée pour des raisons politiques n'est pas du tout une tâche aisée. Mais seule la volonté politique de restaurer un Etat de droit dans toutes ses dimensions est susceptible de soulever des montagnes. En d'autres termes, la réforme de l'Armée est avant tout une affaire nationale avant de solliciter la contribution des partenaires extérieurs disposant d'une expertise dans le domaine militaire.

Lorsque l'on analyse les critères qui ont aidé à désigner les futures puissantes émergentes continentales, voisins de la RDC, on constate qu'ils accusent plusieurs longueurs d'avance sur la RDC sur le plan de la défense et de la sécurité. L'Angola, pour ne prendre que cet exemple, est reconnu comme une puissance militaire sous-régionale.

Pour prétendre progresser dans cette même direction, la RDC devra se doter d'une politique nationale de sécurité nationale de manière à reconstituer l'armée selon les objectifs nationaux au regard des défis sous-régionaux et régionaux. En d'autres termes, les partenaires extérieurs doivent intégrer cette politique en mettant leur expertise militaire à la disposition de notre pays.

En effet, si l'AFRICOM a accepté d'apporter son appui au système de sécurité de la RDC, ce commandement militaire américain met avant tout en priorité la « sécurité des Etats-Unis ». Pour ce faire, dans un élan de partenariat, il revient à la RDC de présenter un programme qui prend à la fois en compte les besoins sécuritaires de la RDC et ceux de ses partenaires, notamment les Etats-Unis.

Peut-on croire que ce travail de formation qui s'effectue à Kisangani par l'AFRICOM a pris en compte cette réalité politico-militaire ?

Les Belges viennent de mettre sur pied une brigade d'intervention rapide qui a fait ses premières preuves dans la province de l'Equateur. Seraient là les étapes du processus de la réforme de l'Armée ? Qu'en est-il de l'Afrique du Sud, de la Hollande, de la France, de la Grande-Bretagne qui ont promis le même appui au secteur de la défense et de la sécurité de la RDC ?

Le secteur de la Défense étant un domaine sensible, personne n'oblige le gouvernement à dévoiler les secrets d'Etat. Mais au vu de ce qui se passe sur le terrain et au regard d'un passé récent, il faut éviter des actions ponctuelles, le saupoudrage comme diraient les économistes pour tromper l'opinion publique.

Le saupoudrage dans l'armée, on en a connu à l'époque de Mobutu avec la France, la Chine, la Corée du Nord. Mais lorsqu'il y a eu les deux guerres du Shaba, les Forces armées zaïroises, FAZ, ont eu du mal à donner l'image d'une armée homogène et efficace. Mêmes observations avec le processus de brassage et de mixage. On ne construit nullement une nouvelle armée avec des rebelles et des miliciens.

EXPERTISES ETRANGERES

Le moment est venu de se montrer pragmatique. S'il est question de confier la responsabilité de la réforme de l'armée à un partenaire bien déterminé, la Belgique, les Etats-Unis, ou la France, que sait-on encore, il y a lieu de se décider sans détours. Il faut du courage politique pour se prononcer clairement. Quitte à imaginer comment faire appel à d'autres partenaires étrangers dans des secteurs où ils accusent une bonne expertise militaire.

La Force publique avait cette renommée de disposer d'une bonne infanterie, formée par la Belgique et qui a réussi à s'imposer pendant les deux premières guerres mondiales et durant les premières années de notre indépendance. Est-il mauvais de retenter cette expérience militaire, en optant pour un autre partenaire ?

En jetant un coup d'œil sur les pays voisins de la RDC, ils disposent des rapports militaires renforcés avec la France, la Russie, la Grande-Bretagne, pays qui ont formé les noyaux de leur armée.

Il est temps que l'on sorte des vieux sentiers battus de la méfiance, de la crainte d'une main invisible d'une puissance étrangère pour des coups fourrés. L'AFRICOM demeure l'une de ces belles illustrations que le système de sécurité et de défense dépasse les frontières nationales.

Et ce compte tenu des enjeux économiques, géostratégiques, géopolitiques tant sur le plan régional qu'international.