DR Congo

RD Congo : La Monuc renforcée, Kinshasa interpellé

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Les images d'horreur du Nord-Kivu ont eu raison des réserves diplomatiques de l'Onu. Le Conseil de sécurité envoie 3085 Casques bleus supplémentaires au front avec, cette fois, des règles d'engagement robustes pour protéger les civils. En clair, l'armée nationale et les rebelles s'astreignent au cessez-le-feu. Ils camperont dans les positions conquises actuellement. Kinshasa ne pourra exercer son autorité sur le territoire du CNDP qu'à la suite de la solution politique et diplomatique du problème. Le gouvernement a-t-il compris ce message ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies n'a pas surpris les Congolais. Par sa résolution n° 1843 du 20 novembre 2008, il a autorisé «l'augmentation temporaire des effectifs du personnel militaire et des unités de police» devant renforcer la Monuc (Mission des Nations unies en RDC). Ce contingent supplémentaire s'élève à 3085 éléments, soit 2785 militaires et 300 policiers. Ce qui porte l'effectif total à quelque 20 000 unités.

Innovation : le Conseil de sécurité «souligne combien il importe que la Monuc s'acquitte intégralement de son mandat, y compris au moyen de règles d'engagement robustes». Cette dernière incise ne figurait pas expressément dans le mandat originel, source par ailleurs de mauvaise interprétation jusqu'ici de la part du pouvoir congolais.

Très important à signaler : le Conseil de sécurité a circonscrit le nouveau mandat de la force de la paix en RDC. L'augmentation des effectifs, indique sa résolution, «vise à permettre à la Monuc de renforcer sa capacité de protéger les civils, de se restructurer, de reconfigurer ses forces et de les déployer au mieux».

PRECAUTION DIPLOMATIQUE

Ces missions de la Monuc sont aussi claires qu'elles ne l'ont jamais été depuis que la force onusienne a atterri en République démocratique du Congo. Et c'est à dessein que le Conseil de sécurité a mis en relief ces dispositions conformes, disons-le, à sa doctrine. Donc, la Monuc ne va pas se substituer à l'armée nationale. Elle se mettra au service des agences humanitaires et de «la protection des civils».

Une telle précaution diplomatique pourrait-elle résister à la manipulation du gouvernement ou des rebelles en cas d'éventuels déboires, si jamais l'un ou les autres violaient le cessez-le-feu imposé par la résolution ? Rien n'est moins sûr.

Toujours est-il qu'à l'analyse sommaire de la résolution n°1843, le gouvernement de la République démocratique du Congo, plus que les rebelles et les autres groupes armés, devrait se sentir visé par les restrictions. Car, au lieu d'étendre son imperium sur tout le territoire national, il est limité à administrer toute la RDC sauf la portion géographique occupée par les hommes de Laurent Nkunda.

Attention ! La soustraction du territoire rebelle à la souveraineté nationale durera tout le temps que le gouvernement n'aura pas montré sa disposition à s'engager sur la voie du dialogue politique avec ses contradicteurs nationaux, et du dialogue diplomatique avec les pays voisins de l'Est, en particulier le Rwanda.

Autrement dit, faute de vouloir et de savoir dialoguer sur ce double terrain, Kinshasa portera la grande part de responsabilité dans l'éventuelle balkanisation du pays, une balkanisation qu'il agite à tous vents comme un épouvantail.

LA GRANDE QUESTION

A ce sujet, il sied de rappeler que le Conseil de sécurité a prié «toutes les parties au conflit de coopérer avec lui pour trouver une solution politique urgente à la crise». Et ce, avant d'exiger de ces parties «qu'elles respectent immédiatement un cessez-le-feu».

Face à une résolution quelque peu déséquilibrée pour le gouvernement, que devrait-il faire pour ne pas se mettre en marge du courant dominant, avec le risque d'être emporté comme fétu de paille pour non coopération ? Voilà la grande question qui devrait préoccuper les stratèges du pouvoir.

Le Parlement congolais a déjà indiqué la voie de la raison. «La voie militaire s'est révélée inopérante», faisait remarquer mercredi à Paris sur France 24 le président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe, se disant «favorable à des négociations avec toutes les parties impliquées dans le conflit au Nord-Kivu».

Même constat. Même son de cloche de la part des représentants de la communauté internationale. De passage à Kinshasa et à Kigali, le secrétaire d'Etat britannique aux Affaires africaines, asiatiques et des Nations unies, Mark Malloch-Brown, a déclaré que «la paix n'est pas seulement un problème des Britanniques, des Américains, des Européens ou de la communauté internationale. C'est aussi un problème du Nord-Kivu et du gouvernement de la RDC et, peut-être, du Rwanda».

Mieux renseigné sur le dossier, Mark Malloch-Brown a dit, s'agissant de l'influence qu'exerce Kagamé sur Nkunda, que «je ne vais pas non plus tomber dans le piège de croire que ce groupe rebelle est juste une marionnette manipulée par Kigali. J'en appelle tout le monde à considérer les racines profondes du conflit et à ne pas croire que la solution repose seulement à Kigali».

La vérité est là, implacable. Noyer le fond du problème, par irresponsabilité ou démission, n'avance nullement la cause de la paix. C'est ici le lieu d'inviter le gouvernement à ne pas ramer à contre-courant s'il tient à sauver le pays des convoitises extérieures.

C'est aussi l'occasion d'inviter les Congolais à une saine réflexion sur le sujet, afin d'étouffer dans l'œuf ce qui hante actuellement plus d'un authentique patriote : le risque de balkanisation avec le concours actif des puissances politiques et économiques du monde.