DR Congo

RD Congo : Commandant de la Brigade MONUC/Sud Kivu - Les événements de 2004 ne se reproduiront pas à Bukavu

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News and Press Release
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Serge Maheshe & Carmine Camerini / MONUC

Pour rendre hommage à Serge Maheshe, le journaliste de la Radio Okapi / Bukavu assassiné le 13 Juin 2007, nous publions la dernière interview qu'il a réalisé deux jours avant sa mort en compagnie de Carmine Camerini. C'était avec le Commandant de la brigade du Sud Kivu, le Général Bajwa qui a expliqué les dernières opérations conjointes avec les FARDC contre les rebelles de FDLR / Rasta à Bukavu.

ENTRETIEN

Général Bajwa, pouvez-vous nous donner des précisions sur l'opération menée dans le Parc de Kahuzi?

L'opération actuelle qui se poursuit dans Parc de Kahuzi-Biega a été lancée après le massacre de Kanyola, où 18 civils innocents ont trouvé la mort. Le même jour, la MONUC et les FARDC ont établi immédiatement des positions de blocage dans la forêt de Nindja ce qui a obligé les rebelles à fuir vers le Parc de Kahuzi-Biega.

Depuis ce jour, la MONUC et les FARDC les poursuivent. Nous avons retrouvé les rebelles par deux fois, mais en raison de la densité de la forêt et de la végétation, nous n'avons pas pu les attraper. Nous sommes parvenus à détruire leurs camps, libérer quelques femmes enlevées, mais ils sont toujours en fuite.

Néanmoins, l'opération se poursuit jusqu'à ce que nous les attrapions. Nous espérons le meilleur.

Quelle est la relation entre les troupes de la MONUC et les FARDC?

Les FARDC sont passées par un changement substantiel. Leur comportement et les réponses à apporter se sont améliorés, mais ils doivent toujours faire plus pour arriver à un niveau satisfaisant. Actuellement, notre coopération est très bonne. Nous coordonnons les choses avant de lancer n'importe quelle opération dont la plupart sont des opérations conjointes.

En plus des opérations sur le terrain, nous soutenons les FARDC par des conseils professionnels, la nourriture, le carburant, les médicaments et naturellement, par la formation. Je suis tout à fait optimiste qu'avec la formation requise et le soutien logistique, l'efficacité des FARDC va s'améliorer.

Quelles garanties pouvez-vous donner à la population locale qui a peur des revanches des FDLR après votre opération en cours?

Personne ne peut donner une garantie à 100% parce que la région est très vaste. La région de Walangu, par exemple, est d'environ 110 x 90 km2 avec une population de 700.000 personnes. La plupart d'elles vivent près des forêts dans des baraquements isolés. Pour s'occuper de la région entière, nous avons un bataillon de la MONUC et deux des FARDC, ce qui signifie un soldat de la MONUC pour environ 60 kilomètres carrés!

D'autre part, les rebelles peuvent aussi se cacher parmi la population locale, ainsi il est très difficile de distinguer un rebelle FDLR ou Rasta d'une personne normale.

Nous faisons tout ce qui est possible pour augmenter nos patrouilles. Nous avons quatre Bases Mobiles Opérationnelles (MOB) pour contenir l'entrée des rebelles de la forêt de Nindja à la région de Walungu.

Mais pour mieux le faire, nous avons besoin de la collaboration des civils. Nous avons besoin d'être averti à l'avance et des renseignements à propos. S'ils voient quelques nouveaux visages dans la région, une certaine activité peu commune, ils doivent immédiatement informer les forces des FARDC ou de la MONUC.

La situation idéale serait que les jeunes créent des comités de scout dans leurs villages pour assurer leur sécurité, et en cas d'urgence, ils devraient utiliser les sifflets, sonner les cloches des églises ou utiliser les téléphones portables s'ils en ont, pour avertir les forces des FARDC et de la MONUC, de sorte qu'ils puissent répondre à temps et sauver plus de vies.

Par exemple, grâce à l'effort d'un seul individu, qui a couru et informé la patrouille du Bataillon Pakistanais dans la région de Kanyola, davantage de massacres a été arrêtés. Les forces de la MONUC dépendent largement de la coopération des civils, qui agissent en tant que leurs yeux et oreilles, de sorte qu'ils puissent agir d'une façon plus efficace.

Quels sont les résultats de votre dernière opération contre les rebelles?

Pendant cette dernière opération en avril dernier dans la forêt de Nindja, 14 Rasta ont été tués. Cependant, nous n'étions pas capable de les éliminer totalement. Nous avons la bonne raison de croire qu'ils ont reçu de l'appui matériel des FDLR, bien que la hiérarchie des FDLR ne le permet pas. Mais nous avons des évidences qu'ils sont impliqués.

Il est possible que l'échelon supérieur ne puisse pas être impliqué, mais nous n'avons pas de doute quant à leur implication au niveau inférieur. Nous croyons que les Rastas agissent en tant qu'organisation commerciale des FDLR. Les Rastas partagent leurs profits avec les FDLR y compris la nourriture, les femmes, et l'argent pillé. En échange, les FDLR leur fournissent des refuges, des armes et des munitions.

Ils obtiennent la nourriture, les esclaves de sexe, et l'argent, mais les Rastas ne peuvent jamais être très efficaces dans la région sans connivence avec certains criminels locaux. Par rapport au nombre d'incidents qui se sont produits, nous étions informés que les Rastas ont eu des informations très précises au sujet des cibles. Sans la collaboration avec les personnes locales, cela ne pouvait se produire. Nous essayons également d'identifier tous ces collaborateurs. C'est pourquoi les citoyens doivent nous donner les informations nécessaires.

Pouvez-vous nous expliquer le mandat actuel de la MONUC?

Le mandat de la MONUC est de protéger les civils contre n'importe quelle attaque de masse. Par exemple contre les attaques des Rastas et des FDLR. Il y a une différence entre le travail de la police et celui du maintien de la paix. La MONUC ne peut pas assurer la protection de chaque individu de la province.

Ce n'est pas le devoir de la MONUC. C'est le devoir de la police nationale congolaise (PNC). Cependant, nous observons l'efficacité de la PNC et des FARDC. En conséquence, les derniers mois, le taux de criminalité à Bukavu a diminué bien qu'il faut encore plus pour avoir la situation de sécurité à un niveau acceptable.

À cet égard, nous les aidons avec le transport, le carburant, les ressources humaines. Nous surveillons également leurs activités et déploiement dans la ville quotidiennement.

Les autorités locales dans le Walungu ont indiqué que vous avez promis de traquer les FDLR? Quelle est la situation actuelle?

Nous sommes au milieu d'une opération contre les rebelles. Je ne peux pas fournir plus de détails à l'heure actuelle. Il suffit de dire que nous avons établi une certaine MOBs pour arrêter l'accès des rebelles dans la région de Walungu. En même temps, nous poursuivons les Rastas dans les Parc de Kahuzi-Biega. Le peuple sera au courant sur d'autres détails au moment opportun.

En conclusion, quel message aimeriez-vous envoyer à la population de Bukavu?

Il y a beaucoup de craintes de la part de la population que les événements de 2004 se répètent. Je voudrais rassurer la population que ceci ne se reproduira pas. Nous sommes entièrement disposés à défendre Bukavu, et nous montrerons notre résolution quand le moment viendra.

Quiconque essayera de perturber la loi et l'ordre ou essayera d'attaquer la province, nous lui enseignerons la leçon de sa vie. Je veux que les habitants de Bukavu vaquent à leurs occupations quotidiennes, et ne pas croire aux rumeurs sans fondement, et qu'ils nous laissent traiter les questions militaires.

Je veux rassure les gens du Sud Kivu que cette fois la MONUC ne les décevra pas. Néanmoins, nous voudrions que les habitants de Bukavu nous soutiennent dans nos efforts de maintien de la paix dans la province, au lieu de croire aux rumeurs. Je saisis également cette occasion pour réfuter une allégation qui circule dans la ville selon laquelle la MONUC aurait empêché les FARDC de poursuivre les FDLR et les Rastas en avril et mai.

En fait, après cette première phase de l'opération, nous avons voulu maintenir les FARDC dans les forêts. Mais en raison d'une pauvre situation logistique, ils ont dû sortir et n'ont pas pu effectuer d'autres opérations bien qu'ils aient été fortement soutenus par la MONUC en termes de troupes, rations, carburant, et médicaments.

Ce fait peut être vérifié au niveau de la hiérarchie des FARDC. En conclusion, j'encourage les civils à nous aider parce que la MONUC n'a pas de moyens d'informations secrètes. C'est la plus grande limitation que nous avons. Nous n'avons pas de ressources humaines pour disponibiliser l'information pour nous. Nous dépendons largement de l'information fournie par les gens du pays. C'est un devoir de chaque Congolais à coopérer avec nous pour donner des informations opportune, de sorte que nous puissions améliorer les résultats de notre travail.