Par Le Potentiel
Le sort de la République démocratique du Congo est en train de se jouer en ces moments. Preuve ? Cet élan de partenariat sans précédent, poussant la RDC à accélérer ses réformes, surtout dans le domaine sécuritaire. Après la Belgique et les Etats-Unis prêts à mettre sur pied la « Brigade de réaction rapide », la Grande-Bretagne vient à son tour d'emboîter le pas. Elle débloquera 82 millions de livres sterling, soit plus ou moins près de 100 millions de dollars américains pour le secteur sécuritaire au Congo-Kinshasa. Un gros lot.
La Grande-Bretagne a décidé d'apporter un appui à la réforme sécuritaire. Les raisons qui motivent cette intervention partent du constat négatif qui a été établi selon lequel « l'inefficacité des forces de sécurité empêche le gouvernement de protéger le peuple congolais comme il faudrait. De plus, certains éléments de ces forces commettent des violations des droits de l'homme, des violences sexuelles et sont au service des chefs de file ou de factions politiques plutôt que l'Etat ».
Cette intervention de la Grande-Bretagne qui est planifiée jusqu'en 2012 vise à renforcer la capacité des institutions nationales et des organisations de surveillance de la Société civile, à améliorer les mécanismes internes des services de sécurité, à rendre la justice redevable et accessible pour oeuvrer au bénéfice de la population, à réorganiser la Police et à apporter un appui à la réforme de la Défense, donc de l'armée.
Ce « Plan stratégique » élaboré par le département britannique pour la coopération internationale et le développement, DFID, a réparti les ressources de la manière suivante : 30 millions de livres sterling pour la « gouvernance redevable », 40 millions de livres sterling pour la réforme de la Police, 10 millions de livres sterling pour la réforme de la Défense et 2 millions pour l'accès à la Justice, surtout à l'Est de la RDC. Au total 82 millions de livres sterling, soit à peu près 100 millions de dollars américains.
Cette intervention britannique dans le secteur sécuritaire vient appuyer celles de la Belgique et des Etats-Unis. Ces deux partenaires qui sont déjà pied d'oeuvre s'emploient à mettre en place la « Brigade de réaction rapide ». 12 bataillons seront formés pour constituer cette brigade.
Un gros lot
Lorsque l'on essaie d'évaluer la contribution de plusieurs partenaires en faveur de la République démocratique du Congo, la Grande Bretagne émerge du lot avec un montant important au bénéfice d'un secteur aussi sensible : sécurité. La volonté, exprime-t-on dans les milieux britanniques, est de permettre à la République démocratique Congo d'être un « Etat capable » et « redevable ».
Capable pour remplir ses obligations régaliennes. Redevable pour rendre toujours compte de ses actions et résultats envers le peuple congolais de qui le gouvernement tire toute sa légitimité.
La Grande-Bretagne ne s'arrête pas en si bon chemin. Son intervention touche également les secteurs de la « Démocratie et la bonne gouvernance (71,8 millions de livres sterling), les ressources minières 15. 700 millions de livres sterling, les ressources forestières, la Grande-Bretagne apportera sa contribution dans le cadre du « Fonds communs multi-bailleurs ». A ce niveau, l'intervention britannique va au-delà de 200 millions de dollars américains.
Selon les estimations, la Grande-Bretagne passe pour le premier bailleur de fonds de la RDC, disons le premier partenaire européen devant la Belgique, la France et les Etats-Unis. Or, la Grande-Bretagne a choisi les secteurs sensibles, tel celui de la sécurité. Si jamais cette coopération bilatérale se renforçait et s'avérait réciproquement bénéfique pour la République démocratique du Congo et la Grande-Bretagne, le Congo est donc en train de basculer dans le clan « anglophone », très actif dans la région de l'Afrique des Grands Lacs.
Au fait, dans la gestion encore tumultueuse des richesses naturelles de la République démocratique du Congo, les entreprises anglo-saxonnes se sont révélées entreprenantes. Si demain, comme la Grande-Bretagne l'envisage pour que soient bien gérées les « ressources naturelles au bénéfice de la population et encourager une activité responsable des entreprises minières », certaines d'entre elles ne manqueront pas de régulariser leur situation. Elles auront ainsi le monopole dans le domaine minier et forestier, avec certainement un ascendant sur le plan politique.
Risques à craindre
Ceci étant, il appartient au gouvernement d'apprécier les faits et de décider en connaissance de cause. Mais comme relevé dans ce « Plan stratégique britannique », les risques ne sont pas exclus. « Le principal risque encouru est qu'une réforme mal gérée ne débouche sur la création des forces de sécurité plus puissantes et plus répressives plutôt que sur les services de sécurité prêts à protéger le public. D'autre part, il se pourrait que les institutions de surveillance renforcées par le programme ne soient toujours pas autorisées ou prêtes à surveiller les forces de sécurité jouissant d'un soutien politique illégitime. Une telle situation pourrait conduire à une résurgence des conflits ».
Ces craintes sont réelles. Elles le sont davantage si la formation de la Police, par exemple, est confiée à un seul partenaire. Si par aventure politique, les relations entre la RDC et ce pays se détérioraient, la réforme est vouée à l'échec, la coopération ayant été gelée ou suspendue. Le cas de la Belgique et la RDC, avec le gel de plusieurs projets de développement à la première incartade entre les deux pays est la parfaite illustration.
Pour éviter ce genre de désagrément, il faut instituer un cadre général de coopération en vue de mieux gérer tous les appuis extérieurs. Dans ce cas, il appartient aux responsables congolais de proposer justement ce «cadre de coopération » de manière à contourner toute politique de saupoudrage, toujours inefficiente et inefficace. Pour paraphraser le ministre des Affaires étrangères, Alexis Thambwe Mwamba, nous dirions « Sans armée, il n'y a pas d'Etat, sans services de renseignements, il n y a pas d'Etat ».