Rapport public sur les conflits en territoire de Djugu, province de l’Ituri Décembre 2017 à septembre 2019

Résumé

Depuis décembre 2017, la province de l’Ituri, et plus spécifiquement le territoire de Djugu, est affectée par des violences de grande ampleur ainsi que des violations et atteintes aux droits de l’homme commises dans un contexte de tensions interethniques entre les communautés Lendu et Hema notamment, et qui ont occasionné plusieurs centaines de victimes ainsi que des déplacements massifs de population.

Plusieurs enquêtes menées par le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) ont permis d’établir que, de décembre 2017 à septembre 2019, au moins 701 personnes ont été tuées, 168 autres blessées et 142 personnes ont été victimes de violences sexuelles dans ce contexte. De plus, le BCNUDH a documenté au moins 218 cas d’extorsion, de pillage et/ou de destruction de maisons, écoles et centres de santé dans différents villages du territoire de Djugu qui ont également affecté le territoire voisin de Mahagi.

Parmi les victimes, un grand nombre a été tué ou blessé lors d’attaques menées par des groupes de personnes armées présumées appartenir à la communauté Lendu contre diverses localités habitées par les Hema dans le territoire de Djugu. Les corps de nombreuses victimes ont été mutilés et certains démembrés et emportés par les assaillants. Ces attaques semblent avoir été planifiées et organisées dans le but d’infliger des pertes graves et un traumatisme à long terme aux membres de la communauté Hema vivant dans le territoire de Djugu afin de les empêcher de retourner dans leurs villages et de pouvoir ainsi prendre le contrôle de leurs terres. L’un des enjeux majeurs du conflit est en effet le contrôle des terres par les Lendu.
Si ces attaques ont été initialement perpétrées par des membres de la communauté Lendu dans le cadre d’affrontements communautaires, à partir de septembre 2018 l’évolution de la nature du conflit et des caractéristiques associées aux auteurs des attaques permettent de qualifier ces violences d’atteintes aux droits de l’homme attribuables à un groupe armé.
Le BCNUDH a également documenté des actes de représailles par des membres de la communauté Hema contre des membres de la communauté Lendu entre décembre 2017 et mai 2018. Ces représailles ont causé, notamment des incendies de villages et des attaques isolées contre des membres de la communauté Lendu.

Les violences ont causé le déplacement massif des habitants du territoire de Djugu. Selon le HautCommissariat des Nations Unies aux Réfugiés (HCR), près de 57.000 personnes se seraient réfugiées en Ouganda et plus de 556.356 autres se seraient déplacées vers les territoires voisins et à proximité de la ville de Bunia depuis février 2018. Vu l’ampleur des destructions matérielles et l’insécurité qui prévaut dans les zones affectées, un retour à court terme n’est pas envisagé par les déplacés qui ont perdu tous leurs biens et autres moyens de subsistance.

Malgré le déploiement des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de la Police nationale congolaise (PNC) en février 2018 et juin 2019, les violences se poursuivent et des mesures supplémentaires urgentes sont nécessaires afin de restaurer l’autorité de l’Etat dans le territoire de Djugu et favoriser le retour volontaire et sécurisé des personnes déplacées et réfugiées.

Les forces de défense et de sécurité congolaises déployées dans la zone à partir de février 2018 pour rétablir la sécurité ont aussi commis de nombreuses violations des droits de l’homme que le BCNUDH a documentées et soumises à l’attention des autorités congolaises, notamment des exécutions extrajudiciaires, des mauvais traitements, des violences sexuelles et des arrestations et détentions illégales ainsi que des violations du droit à la propriété Il est crucial de s’assurer que les auteurs des violations et atteintes graves documentées soient poursuivis et sanctionnés, tout en engageant un processus de réconciliation entre les communautés Hema et Lendu.