DR Congo

Rapport à mi-parcours du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo (S/2020/1283)

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Résumé

Au cours de la période considérée, la situation en matière de sécurité dans l’est de la République démocratique du Congo a été marquée par des épisodes localisés de grande violence. C’est dans ce contexte que le Président Félix Tshisekedi a effectué, début octobre 2020, une visite de trois jours à Goma, où il a tenu une série de consultations et présidé un mini-sommet consacré notamment aux questions de sécurité, avec les chefs d’État de l’Angola, de l’Ouganda et du Rwanda.

Dans le Nord-Kivu, les opérations des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont conduit à la dispersion des Forces démocratiques alliées (ADF) en plusieurs groupes mobiles et à l’extension de leur zone d’opérations. Alors que les chaînes d’approvisionnement étaient perturbées, les ADF ont continué d’attaquer les FARDC et les populations civiles, en faisant preuve d’une meilleure connaissance des techniques de fabrication des engins explosifs improvisés. Bien que l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL) ait revendiqué de nombreuses attaques commises dans le territoire de Beni, le Groupe d’experts n’a pu établir aucun lien direct entre l’EIIL et les ADF.

Dans le territoire de Beni, la culture, la récolte et la vente de cacao étaient pour partie liées à l’activité des ADF, de groupes Maï-Maï, d’agresseurs armés non identifiés et de membres des FARDC. De nombreux cultivateurs de cacao ont eu du mal à accéder aux champs à cause de l’insécurité, et les attaques contre ces derniers ont augmenté pendant les périodes de récolte. Du cacao provenant notamment de zones sous contrôle armé a été introduit clandestinement en Ouganda en 2020, et de nombreuses filières d’approvisionnement étaient opaques.

Le groupe Nduma défense du Congo-Rénové (NDC-R) s’est scindé en deux factions : l’une dirigée par l’ancien chef du NDC-R, Guidon Shimiray Mwisa (CDi.033), qui fait l’objet de sanctions, l’autre par son adjoint, Gilbert Bwira Chuo.
Le NDC-R a continué de bénéficier du détournement de stocks gouvernementaux, plusieurs officiers des FARDC lui fournissant des armes et des munitions. Les FARDC ont contribué à la scission du NDC-R, à sa restructuration et au renforcement de la faction Bwira, afin de mieux traquer la faction Guidon et combattre d’autres groupes armés.

Des réseaux criminels ont été associés au trafic de minerais d’étain, de tantale et de tungstène provenant de sites miniers occupés par des groupes armés. De ces trois minéraux, le tantale est celui qui a fait l’objet des plus importantes saisies à la frontière entre la République démocratique du Congo et le Rwanda entre janvier et septembre 2020.

En Ituri, la signature d’accords de cessez-le-feu, à partir de la mi-juillet 2020, par des groupes armés lendu communément désignés sous le nom de Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), a entraîné une relative accalmie dans les territoires de Djugu et de Mahagi. Au moment de la rédaction du présent rapport, l’ouest du territoire de Djugu et le nord du territoire d’Irumu ont été les régions les plus touchées par les violences, principalement en raison de la réticence de certaines factions lendu à adhérer au processus de cessez-le-feu et aux activités du groupe armé Force patriotique et intégrationniste du Congo et du groupe d’autodéfense Zaïre, récemment créés.

Pour avoir utilisé des enfants, l’Union des révolutionnaires pour la défense du peuple congolais (URDPC/CODECO) et l’Armée de libération du Congo (ALC/CODECO) pourraient faire l’objet de sanctions. Des membres des FARDC déployés en Ituri ont commis des exactions contre des civils lendu.

Des combattants de factions lendu ont mené un nombre croissant d’attaques contre des centres de commerce de l’or et des zones minières des territoires de Djugu et d’Irumu, riches en or. Des éléments du groupe Zaïre étaient également présents dans les zones d’extraction de l’or mais ont rarement ciblé celui-ci ou les mineurs chargés de l’extraire. La contrebande d’or transfrontière s’est poursuivie entre l’Ituri et l’Ouganda.

Dans le sud du territoire d’Irumu, le nombre d’attaques perpétrées contre des civils par des groupes armés du Nord-Kivu, notamment l’ADF, a augmenté avec les opérations des FARDC, entraînant d’importants déplacements de population et exacerbant les tensions entre les communautés. Les Hutus, également désignés sous le nom de Banyabwishas, ont été particulièrement visés par une attaque perpétrée en septembre à Payi.

Le processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration de la Force de résistance patriotique de l’Ituri a repris le 19 octobre 2020, après un coup d’arrêt à la suite d’un affrontement avec les FARDC le 30 septembre 2020.

Au Sud-Kivu, le groupe armé Maï-Maï Yakutumba a vu sa structure modifiée après la défection de son chef adjoint, Alonda Bita, en août 2020. Il a continué de financer ses activités par l’exploitation illégale de l’or dans la région de Misisi et l’abattage illicite, notamment du séquoia, une espèce protégée par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Des factions Raïa Mutomboki des groupes Butachibera et Hamakombo ont imposé aux communautés locales des taxes illégales pour l’accès aux forêts, en particulier dans le territoire de Kalehe.

Le Groupe d’experts s’inquiète de l’escalade de la violence dans les hauts plateaux des territoires de Fizi, d’Uvira et de Mwenga en raison des activités qui y sont menées par des groupes armés, et du fait que des communautés entières se retrouvent accusées d’être collectivement responsables des attaques et des discours incendiaires qui sont le fait de ces groupes, et continue d’enquêter sur ce sujet.

De fin 2019 à début octobre 2020, des membres des Forces de défense rwandaises étaient présents dans le Nord-Kivu, où ils ont mené des opérations en violation du régime de sanctions. Les Forces de défense nationale burundaises et le groupe de jeunes Imbonerakure ont lancé des incursions dans le Sud-Kivu entre novembre 2019 et juillet 2020, également en violation du régime de sanctions.

Deux saisies d’armes, l’une réalisée à Kinshasa en octobre 2019, l’autre à Gbadolite en avril 2020, ont montré que des réseaux de trafic nationaux poursuivaient leurs activités, parfois même au niveau transfrontalier.