DR Congo

Rapport mensuel de monitoring de protection Nord Kivu | Mars 2021

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Situation Report
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RÉSUMÉ

En mars 2021, 2.245 incidents de protection ont été documentés par des équipes de protection sur l’ensemble de la province du Nord-Kivu. Comparativement au mois de février, il eut une forte augmentation d’environ 1.002 incidents. Cette hausse est la conséquence de deux principaux faits. D’abord le mois de mars a connu plusieurs incursions des présumés éléments de l’Allied Democratic Forces (ADF) dans le territoire de Beni ainsi qu’un activisme des groupes armés soudainement devenu accru dans les territoires de Masisi et de Walikale. Ensuite, dans le cadre de la localisation de la protection, INTERSOS et le HCR ont formalisé la collaboration avec trois organisations locales (AHCOPDI, CADIDHO et APDH) pour améliorer le suivi de la protection dans certaines zones jusqu’ici faiblement couvertes par les équipes protection (en territoire de Beni, de Walikale et de Lubero).

Les tendances mensuelles montrent que les acteurs armés non-étatiques commentent la majeure partie d’incidents de protection. 55% des incidents documentés sont allégués aux groupes armés locaux, 29% aux FARDC, 10% aux bandits armés et 3% aux supposés ADF. Ces acteurs armés non-étatiques commettent majoritairement les atteintes relatives aux droits à la vie et à l’intégrité physique (100% des tortures, 85% d’enlèvements, 57% des coups et blessures, 49% des viols et 13% d’homicides). Il faut mentionner que, malgré un activisme élevé des présumes éléments ADF, la documentation d'incidents de protection reste très limitée à cause d’un difficile accès difficile aux zones où ils opèrent (dans le nord du territoire de Beni).

Par ailleurs, les statistiques mensuelles indiquent que 39% de meurtres seraient allégués aux éléments des Forces Armés de la RDC (FARDC). Ces meurtres ont été manifestes dans plusieurs villages où des opérations militaires sont menées Kyahembe, Mushoro (Rutshuru) et Kaniro, Muhanga, Ngululu (Masisi). Il sied de noter que dans ces zones, il semble difficile de distinguer les civils des combattants, ces derniers se dissimilant généralement parmi la population civile. À cet effet, il est important que les acteurs impliqués dans la promotion du droit international humanitaire travaillent avec les FARDC pour définir les mesures permettant à respecter le principe de distinction dans le contexte propre du Nord-Kivu.

Sur l’ensemble des incidents de protection collectés dans la province, la majorité des homicides (71%), d’incendies (74%), des taxes illégales (96%) et des travaux forcés (40%) ont été commis dans le territoire de Beni, avec une concentration dans les zones de santé de Mutwanga d’Oicha. Cela est la conséquence des incursions des présumés ADF à Matombo, Kisiki, Muziranduru. On compte environ 85 civils ont été tués et enlevés et une vingtaine de maisons ont été pillées ; le poste de santé et la paroisse anglicane de Muziranduru ont été incendiés.

Dans le territoire de Rutshuru, un climat de méfiance s’observe entre les communautés et les militaires dans les groupements Kisigari et Bweza à la suite d’une dégradation de la situation sécuritaire ayant accru le risque de meurtres, extorsions des biens, etc. Etant donné que les militaires ont été accusés dans deux cas meurtres dans la zone et craignant pour leur sécurité, plusieurs ménages (statistiques non disponibles) issus de ces deux groupements avaient effectué un déplacement préventif vers le groupement Jomba et ses environs. Cette crise de collaboration entre FARDC et les populations civiles pourrait compromettre la cohabitation entre les militaires et les civils dans ces entités.

Dans le territoire de Masisi, les mouvements militaires et le changement de contrôle de plusieurs villages continuent d’entraîner de graves actes de représailles contre les civils. Depuis le 9 mars 2021, les éléments FARDC avaient renforcé leur présence à Nyabiondo et ses environs. Des violents affrontements se sont multipliés dans la région. Toutes les activités économiques (des boutiques, des marchés et des écoles) ont quasiment ralenti leur fonctionnement. Le passage sur le tronçon routier Masisi-Nyabiondo et Kashebere n’est plus rassurant à cause de ces affrontements ainsi que des activités des groupes armés.