DR Congo

Rapport mensuel de monitoring de protection Ituri | Février 2021

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RÉSUMÉ

1626 incidents de protection (1405 violations de droits humains et 221 cas de violences basées sur le genre) ont été documentés durant le mois de février contre 526 en janvier 2021. Il se dégage une hausse de 1100 incidents. Cette hausse est due à une persistance des attaques perpétrées par les éléments des différents groupes armés actifs dans la province de l’Ituri dont les Allied Democratic Forces (ADF), la Force Patriotique et Intégrationniste du Congo (FPIC/Chini ya kilima), la Force de Résistance et Patriotique du Congo (FRPI), le ZAIRE, et la Coopérative pour le Développement du Congo (CODECO) dans les territoires de Djugu, Irumu, Mahagi et Mambasa.

Pendant le mois de février, le territoire de Djugu a été le territoire le plus affecté par les attaques et violations car il a enregistré 663 violations soit 41% du total des incidents documentés contre 82 pour le mois de janvier soit une hausse de 581 incidents. Il est suivi du territoire d’Irumu où 661 cas ont été documentés soit 38% des incidents rapportés. Ceux de Mahagi et Mambasa viennent en troisième et quatrième position avec respectivement 268 et 84 cas de violations enregistrées soit 16% et 5% des cas documentés.

La zone de santé la plus affectée par ces incidents a été celle de Bambu dans le territoire de Djugu où 18% des incidents ont été documentés. Elle est suivie de celles de Gety et de Komanda situées dans le territoire d’Irumu dans lesquelles respectivement 11% et 9% du total des incidents ont été enregistrés.

Ces incidents ont particulièrement touché les Personnes Déplacées Internes Retournées qui ont été victimes à hauteur de 70% des cas, les Personnes Déplacées Internes ont été affectées dans 21% des cas et les Résidents dans 9% des situations.

Les victimes au cours du mois de février étaient constituées de 68% de personnes de sexe masculin et de 32% de personnes de sexe féminin. Selon les tranches d’âges, la plupart de ces victimes soit 83% dont 59% d’hommes et 24% de femmes étaient âgées entre 18 et 59 ans. 10% des victimes étaient des enfants. (7% de filles et 3% de garçons). Enfin, 7% des victimes composées de 6% d’hommes et de 1% de femmes étaient dans la fourchette de 60 ans et plus. Concernant les enfants, la vulnérabilité des filles aux VSBG explique cet écart avec les garçons. En effet, 84 cas de VSBG : 58 cas de viols, 05 cas d’agressions sexuelles, 16 cas de mariages forcés, 04 cas de dénis des ressources, 01 cas de violence psychologique ont été commis sur des filles de 5 à 17 ans.

Concernant les types d’incidents, on note une prédominance des violations du droit à propriété qui ce mois représentent 53% des cas rapportés suivies des atteintes à l’intégrité physique qui sont de 18%, des violations du droit à la liberté (15%) et des VSBG (14%). Cette disproportion entre les violations aux droits à la propriété et à l’intégrité physique par rapport aux autres typologies de violations s’explique par les modes opératoires des différents groupes armés. En effet les incendies de maisons, les pillages, les extorsions de biens, les coups et blessures ainsi que les homicides sont de plus en plus perpétrés par les éléments des groupes armés lors de leurs incursions dans les localités ciblées, lors des embuscades qu’ils tendent ou au niveau des barrières illégales qu’ils érigent.

Les violations les plus récurrentes au cours du mois ont été les pillages (476 cas soit 29% des incidents), les incendies d’habitations et autres structures communautaires (223 cas soit 14% des incidents), les coups et blessures (207 cas soit 13% des incidents), les extorsions de biens (156 cas soit 10%) et on a dénombré aussi 83 cas d’homicides soit 5% des incidents rapportés. S’agissant des auteurs, d’une manière générale, 47% des incidents de ce mois ont été commis par des éléments des groupes armés (CODECO, ZAIRE, FPIC/Chini ya Kilima) lors de différentes attaques qu’ils ont perpétrées et des embuscades qu’ils ont tendues aux populations dans les territoires de Djugu, Mahagi, Irumu et Mambasa à la recherche de vivres et des produits de première nécessité. Ces éléments des groupes armés ont été impliquées dans 95% des incendies, 56% des enlèvements, 52% des pillages, 46% des homicides, 44% des travaux forcés entre autres.

Les éléments des Forces de Résistance Patriotique de l’Ituri (FRPI) bien qu’en plein processus de démobilisation, désarmement et réinsertion ont été quant à eux présumés auteurs de 11% du total des incidents dont 20% des coups et blessures, 20% des tortures et traitements inhumains, 18% des pillages et 11% des travaux forcés principalement. Concernant le processus DDR, au mois d’octobre 2020, 1160 miliciens étaient dans le site à Azita. Mais 31 seulement auraient adhéré au processus. Parmi ces 31 éléments, 28 avaient choisi la vie civile et ont été soutenus mais auraient trouvé le soutien pas très important et aurait regagné le groupe armé. Deux avaient choisi d’être intégrés dans les rangs de la police et un dans les FARDC mais tous seraient encore dans la communauté. Présentement environ 80 miliciens seraient encore dans le site sans encadrement et ils exploitent les terres fertiles qui sont autour du site. Ainsi environ 1 000 éléments des FRPI auraient quitté le site pour se retrouver dans la communauté avec leurs armes.

Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) pour leur part ont été désignées comme responsables de 10% du total des incidents documentés pendant le mois de février. Ces violations ont été documentées surtout lors de leurs offensives contre les groupes armés durant lesquelles les civils ont été assimilés aux éléments armés de ces groupes ou accusés de complicité avec ces derniers. Ainsi, 43% des extorsions de biens, 26% des arrestations arbitraires, 21% des coups et blessures et 20% des tortures et traitements inhumains ont été attribués à certains de leurs éléments.

Les ADF quant à eux ont été actifs dans le territoire d’Irumu en zones de santé de Boga et Komanda. Ils ont été auteurs de 08% des incidents avec surtout 31% des homicides, 29% des enlèvements et 18% des travaux forcés. Fuyant les attaques des FARDC dans le Nord Kivu, ces ADF se replient dans la province de l’Ituri où leur présence et exactions contre les civils perturbent la protection des civils. Par ailleurs ils se livrent à de nombreuses attaques en vue de se ravitailler en vivres et souvent en médicaments.

Dans le territoire de Djugu, la hausse des incidents de protection est à mettre à l’actif des éléments du groupe armé de la CODECO qui poursuit depuis le mois de décembre leurs exactions contre les civils. Des incursions ont été perpétrées et des embuscades tendues par ces derniers sur différents axes routiers notamment sur celui de Bambu-Mungwalu où les populations ont été victimes de plusieurs violations de leurs droits dont des enlèvements, des pillages, des incendies, des homicides et des coups et blessures notamment. Le non-respect de la signature des Accords de paix signés par les différentes factions de la CODECO et la délégation des anciens seigneurs de guerre venus de Kinshasa, a conduit certaine faction à ne plus respecter leur engagement et à reprendre les attaques. En effet, des offensives militaires des Forces Armées de la République Démocratique du Congo ont été lancées depuis le 16 février 2021 dans le groupement Penyi sur le mont bleu dans la zone de santé de Lita, à Mungwalu en zone de santé portant le même nom dans le groupement Wazabo. Ces offensives militaires ont toutefois occasionné le déplacement des populations des localités attaquées vers des localités jugées plus sécurisées.