DR Congo

Rapport de mission interagences d’évaluation des besoins humanitaires en Territoire de Fizi, du 29 novembre au 2 décembre 2017

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Résumé Exécutif :

Le Territoire de Fizi est depuis fin juin 2017 affecté par des affrontements récurrents entre les Mayi Mayi de la CNPSC (Coalition Nationale du Peuple pour la Souveraineté du Congo) dirigée par Yakutumba et les FARDC. Ces violences qui se cristallisent dans la région frontalière entre le Sud-Kivu, Tanganyika et le Maniema, sont également liées aux conflits entre les Batwa d’un côté, les bergers Banyamulenge et les Bafuliru de l’autre, dans la Province du Tanganyika. L’insécurité née des combats entre les belligérants pousse de façon effrénée, des milliers de populations dans l’errance. Dans le territoire de Fizi où s’est déroulé la mission du 29 novembre au 02 Décembre, les axes ci-dessous ont été évalués :  Axe Fizi-Lumanya (Fizi centre, Kananda, Mukera et Kitshula),  Axe Malinde-Simbi (localités de Simbi, et Malinde)  Axe Baraka-Sebele (localités Sebele, Mulongwe, Malinde, Katanga et Baraka)

Le contexte sécuritaire est toujours volatil à l’intérieur de ces trois axes. Près de 7 631 ménages, soit 38 157 personnes déplacées au total, y ont été accueillies dans plusieurs localités, au cours des nouvelles violences qui ont opposé les FARDC aux Mayi Mayi entre octobre et novembre 2017 à Kikonde, Kananda, Simbi, Mukera, Kichula et Lumanya (à l’intérieur du Territoire de Fizi). Ces nouveaux déplacements traduisent déjà la diversité de besoins auxquels non seulement ces derniers sont confrontés mais aussi les familles hôtes. L’analyse des besoins a été développée par secteur et a dégagé les tendances qui justifient la nécessité de l’aide humanitaire pour les déplacés et les familles qui les ont accueillis. La récolte et l’analyse des besoins ont été effectuées par les clusters à travers les méthodes d’observation directe, organisation des « Focus groups » et entretiens semis structurés.

Au regard des résultats sectoriels obtenus, pour la sécurité alimentaire, les travaux journaliers agricoles sont les moyens pratiqués par la majorité de déplacés comme source de revenu et de nourriture. Dans plusieurs localités d’accueil, la tâche par individu pour le travail de champs par exemple un champ de 25 m2 contribue en moyenne à 80% aux sources de revenue pour les ménages déplacés qui sont soit payés en argent et ou en nature (manioc). Ce mécanisme de survie n’arrive malheureusement pas à combler tous les besoins auxquels font face les déplacés. Il s’agit d’un moyen juste pour se procurer n’est fut ce qu’un repas journalier. Les déplacés vivent aussi de la générosité des familles d’accueil (dons, partage des repas).

L’agriculture est la principale activité et source de revenu et de nourriture pour plus ou moins 90% de la population de la zone évaluée. Le vol, les maladies des cultures (manioc, bananier), et l’insécurité dans certaines zones de production sont parmi les facteurs majeurs de l’insécurité alimentaire. Pour certains déplacés, le système de métayage est aussi pratiqué pour avoir accès à la terre. Cependant, ces derniers ayant tout perdu n’arrivent pas à se procurer les intrants agricoles et de l’argent pour louer les terres arables. En raison de cette pauvreté des parents, 76% parmi les enfants déplacés en âges scolaires sont déscolarisés ou non scolarisés. Par contre, les enfants autochtones le sont à 27%. Sur le plan nutritionnel, une enquête nutritionnelle smart ou un screening rapide est requise afin d’évaluer précisément l’état nutritionnel des tous les ménages déplacés et autochtones. Toutefois, les quelques données brutes présentées à la mission par les structures sanitaires visitées, concernant les admissions aux CNS et UNTA laissent présager une prévalence élevée de malnutrition dans la zone.

Dans plusieurs localités d’accueil, les déplacés ont accès difficile aux soins de santé, à l’exception de l’aire de santé de Kananda appuyée par AAP (Projet de la Banque de Mondiale). Celle de Simbi, n’offre pas aux déplacés la gratuité de soins alors qu’elle est également appuyée par la même organisation. A Sebele par contre, la gratuité des soins de santé est assurée aux enfants de moins de 15 ans et aux femmes enceintes grâce à l’appui de partenaires humanitaires. Dans les trois axes d’accueil des déplacés, les pathologies ci-dessous, classées par ordre d’importance prédominent (I) le paludisme, (II) les maladies diarrhéiques et (III) les infections respiratoire aigues (IRA). Les maladies diarrhéiques, résultent généralement des problèmes d’accès à l’eau potable et d’insuffisances des mesures d’hygiène et d’assainissement observées en grande partie à Simbi, Kananda, Sebele. Les problèmes de protection des civils (arrestations arbitraires, extorsions, viols …) de la part des FARDC sur fond de présomption d’appartenance au groupe Mayi Mayi ont été relevés.

Pour près de la dizaine des cas de viol rapportée à l’intervalle de 3 derniers mois dans l’aire de santé de Simbi, nombreuses d’entre elles préfèrent garder silence en raison notamment des menaces de la part de leurs bourreaux et des pesanteurs culturelles.

En éducation, l’accès reste très limité pour les enfants déplacés en particulier. Les disparités entre le nombre des filles qui vont à l’école par rapport aux garçons est très considérables. Nombreuses n’ont pas la chance de terminer leurs études primaires. Elles courent le risque énorme de viols et mariage précoce.

Décidément, au regard des difficultés et/ou des problèmes humanitaires révélés lors de l’évaluation, les membres de la mission ont, selon leurs secteurs respectifs, suggéré quelques pistes de solutions sous forme des recommandations, suivant les tendances dégagées après analyse de résultats. Il faut cependant noter que le contexte étant très volatile, certains déplacés font des mouvements pendulaires.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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