République Démocratique du Congo : Perspectives sur la sécurité alimentaire - octobre 2018 à mai 2019

Report
from Famine Early Warning System Network
Published on 02 Nov 2018 View Original

Les conflits continuent à perturber les moyens d’existence des ménages dans les zones affectées

Messages clés

  • La saison agricole A de 2018-2019 a démarré dans les parties nord-est et centre-est du pays dans un contexte de crise sécuritaire persistante, avec le semis des principaux vivriers notamment le maïs, l’arachide et le haricot. Bien que les précipitations soient annoncées normales, l’accès aux intrants agricoles et l’insécurité constituent une contrainte à la reprise d’une saison normale notamment pour les milliers de ménages retournés.

  • Jusqu’en août 2018, environ 514,251 personnes sont nouvellement déplacées dans les provinces de Maniema, l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, selon OCHA. Ces nouveaux déplacements se sont produits en début de la campagne pourront priver l’accès à la terre à près de 100 000 ménages agricoles et impacterait sur le niveau de la production agricole dans ces zones excédentaires et partant sur la consommation alimentaire des ménages.

  • Dans la région des Kasaï, on assiste depuis début octobre 2018, à un afflux important des congolais expulsés de l’Angola. On compte près de 329 000 déjà enregistrés jusqu’au au 26 octobre 2018, qui sont disséminées dans les territoires frontaliers de Kamonia et Luiza, et exerçant ainsi une forte pression sur les faibles ressources locales. Cette situation requiert de l’assistance humanitaire d’urgence pour sauver des vies et relancer le processus de leur réinsertion sociale.

  • La situation épidémiologique de la maladie a virus Ebola dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri signale à 29 octobre, 276 victimes dont 175 cas de décès. Cette épidémie peut commencer à avoir des répercussions sur les moyens d’existence des populations des zones affectées déjà fragilisées par les conflits armés prolongés.

CONTEXTE NATIONAL

Situation actuelle

L’insécurité et déplacement : La République Démocratique du Congo (RDC), dans sa particularité de crise complexe et prolongée, continue à faire face à une situation humanitaire préoccupante et sans précédent. La reprise des hostilités des groupes armés sur plusieurs fronts et des violences intercommunautaires observés dans la partie est du pays, présagent d’un lendemain incertain pour ces zones en proie aux perpétuels déplacements des populations. C’est le cas de l’Ituri, du Maniema et de la région du Kasaï principalement. Cette situation a causé une limitation d’accès des ménages aux ressources et une accessibilité limite des humanitaires.

La RDC a connu le plus grand volume de nouveaux déplacements à l'échelle mondiale au cours de l'année écoulée, avec 1,4 million de personnes fuyant leurs maisons dans les seuls Kassaï. On estime actuellement à 4,49 millions le nombre total de PDI en RDC, ce qui représente la plus grande population de personnes déplacées en Afrique. Selon le HCR, près d'un million des Congolais (811 000) ont trouvé refuge dans les pays voisins. Par ailleurs, l’instabilité politique dans les pays voisins continue également de produire des nouveaux réfugiés en RDC en provenance du Sud Soudan, du Burundi et de la République Centrafricaine. Le HCR estime à plus de 541,702 réfugiés sur le sol Congolais qui partagent par moments, les mêmes ressources et moyens d’existence avec les populations autochtones.

L’expulsion des congolais d’Angola : Depuis le début du mois d’octobre 2018, la RDC assiste à l’expulsion des congolais accusés d’immigration illégale en Angola. Selon l’évaluation multisectorielle conduite dans la région des Kasaï, 329 000 personnes sont expulsées à partir du Nord de l’Angola et entrent en RDC à partir des points frontaliers de Kamako dans le Kasaï et Kalamamuji dans le Kasaï central. Avec la porosité des frontières, d’autres congolais volontaires au retour ont été reçus dans ces zones, ce peut augmenter le nombre de personnes expulsées de l’Angola. A leur arrivée, ces expulsés sont disséminés dans les villages environnants les points d’entrée.

L’épidémie de la Maladie à Virus Ebola : Dans les provinces du Nord Kivu et de l’Ituri depuis le début aout 2018 et qui peut commencer à perturber les moyens d’existence des populations en cette période difficile de soudure.

Marches et prix : Dans l’ex province du Katanga, on assiste depuis septembre dernier, à une hausse importante de prix de la farine de maïs. Pour rappel, cette région dépend à près de 70 pourcent du maïs en provenance de la Zambie. Cette situation s’explique par les mesures de restriction des importations de ce produit prises par le gouvernement Zambien en préservation de ses réserves nationales. A Lubumbashi par exemple, un sac de 25Kg de mais vendu à 14,500Fc le mois précédant est passé à 30 000 franc soit une variation de 107 pourcent en 1 mois.

Situation agricole : Sur le plan des contraintes liées à l’agriculture, la chenille légionnaire signalée dans plus de 22 provinces du pays est toujours active sans moyens de lutte efficace à ce jour. Il est de même de la situation des criquets puants dans l’extrême nord-est de la RDC, (territoire de Aru et Buta), qui continuent à décimer les cultures.

Selon les estimations de la dernière évaluation des récoltes de Juin 2018, la RDC accuse un déficit céréalier de l’ordre de 11 millions de tonnes pour une production qui ne représente que le tiers de ce déficit. Cette situation préoccupante est essentiellement causée par des multiples conflits et tensions communautaires occasionnant les déplacements des populations et auxquels s’ajoutent les différentes pestes que connait le monde végétal. La persistance d’une telle situation pourrait maintenir les populations affectées dans un cercle vicieux d’insécurité alimentaire.