République démocratique du Congo : miser sur les réformes pour enrayer la corruption dans le contexte post-électoral

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from Enough Project
Published on 02 May 2019 View Original

Par Sasha Lezhnev et Sarah Gardiner

Au lendemain des élections entachées d’irrégularités qui se sont tenues en République démocratique du Congo (RDC) en décembre 2018, il est important que la communauté internationale concentre ses efforts sur les domaines clés susceptibles d’avoir une incidence durable dans le pays, en particulier la lutte contre la corruption à haut niveau. La corruption revêt en RDC un caractère systémique. Elle s’y apparente à une forme de mainmise de l’État qui permet à certaines élites (à la fois au sein du pays et à l’étranger) de réaliser des profits personnels au moyen d’activités financières illégales, tout en mettant à mal les institutions publiques et l’État de droit dans un pays en proie à une grande pauvreté1 .Les violations des droits de l’homme sont également endémiques de ce système.

Les préoccupations ne concernent pas uniquement la fraude électorale et le manque de transparence durant le comptage des voix : des fuites de la commission électorale et le résultat du comptage des voix réalisé par la mission d’observation électorale de l’Église catholique montrent que l’élection aurait été largement remportée par Martin Fayulu, le candidat de la coalition de l’opposition, et non par Félix Tshisekedi, le candidat proclamé vainqueur. Ce trucage des résultats de l’élection avait pour objectif final de perpétuer la situation actuelle de corruption et de violence systémiques. La réalisation d’avancées significatives dans d’autres domaines clés dépend de la mise en place de mesures décisives contre la corruption à grande échelle qui sévit en RDC sont prises, faute de quoi toute tentative de réforme se verra bloquée par les élites qui ont un intérêt personnel à perpétuer la mainmise systémique de l’État. Si rien n’est fait pour contrer efficacement cette corruption à grande échelle, le conflit armé endémique, entretenu en grande partie par les individus corrompus au sein de l’armée congolaise, se poursuivra sans diminuer d’intensité, tout comme les autres violations des droits de l’homme et la pauvreté. Les efforts visant à améliorer le climat d’investissement en RDC et à mettre en place les réformes de la sécurité, de la justice et de la gouvernance dont le pays a cruellement besoin se verraient eux aussi mis à mal.

Nonobstant la manière dont le nouveau gouvernement est arrivé au pouvoir et son soutien par une nouvelle majorité parlementaire dirigée par la coalition politique de l’ancien président Joseph Kabila, la transition politique actuelle en RDC offre des possibilités inédites d’engager la mise en place de réformes cruciales en matière de transparence et de redevabilité. Le fait que l’élection se soit globalement déroulée dans un climat pacifique et qu’elle se soit soldée par une transmission du pouvoir à un candidat certes bien plus proche de Joseph Kabila que ne l’est Martin Fayulu, mais tout de même issu de l’opposition, montre que des réformes sont possibles.