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ONU: 1200 personnes tuées et 1400 enlevées en 10 mois d'actes de violence par la LRA

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Kinshasa / Genève, 21 décembre 2009 - Un nouveau rapport publié lundi par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme et la MONUC (la Mission des Nations Unies en RD Congo) dresse un bilan d'une série d'attaques menées par le groupe rebelle armé connu comme l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) sur une période de dix mois, au cours de laquelle ils ont tué au moins 1.200 personnes, enlevé 1.400 - dont environ 600 enfants et 400 femmes - et provoqué le déplacement d'un total d'environ 230.000 personnes. Communiqué de presse.

« Ces attaques et violations systématiques et généralisées des droits de l'homme menées par la LRA ...pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité », indique le rapport, faisant écho à un second rapport, qui est également publié lundi par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, selon un modèle similaire d'attaques par la LRA dans le Sud-Soudan voisin - voir le communiqué de presse séparé http://www.ohchr.org.

Les dizaines d'attaques sur les villes et les villages décrites dans le rapport, qui couvre la période de septembre 2008 à juin 2009, ont eu lieu dans diverses parties du nord de la province Orientale de la RDC. Parfois elles ont été soigneusement synchronisées et ont conduit aussi à des mutilations, des actes de torture et des viols multiples. Des femmes et des filles ont été souvent violées avant d'être tuées, beaucoup de celles qui ont été enlevées « ont été mariées de force à des éléments de la LRA et/ou soumises à un esclavage sexuel ».

Les bandes errantes de membres de la LRA ont également largement détruit et pillé des biens. Selon le rapport, « des milliers d'habitations, des dizaines de boutiques et commerces, ainsi que des bâtiments publics, notamment au moins une trentaine d'écoles, des centres de santé, des hôpitaux, des églises et des marchés...ont été pillés et/ou incendiés, ou les deux ».

Chassés de l'Ouganda en 2002 et du Sud-Soudan en 2005, la LRA a pris refuge dans le parc national de la Garamba en République démocratique du Congo, dans la partie nord-est de la province Orientale, où elle a commis des violations des droits de l'homme ponctuelles cohérentes avec leur pratique depuis leur première apparition dans le nord de l'Ouganda en 1986. La LRA a tué au cours des mois de septembre et octobre 2008 au moins 76 personnes.

L'armée congolaise (FARDC), a lancé en septembre 2008, avec l'appui de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC), « Rudia », une opération militaire avec le but de limiter les incursions de la LRA. A la fin du mois d'octobre 2008, 3.000 soldats des FARDC avaient été déployés, mais en raison des zones éloignées et difficiles, et le soutien logistique inadéquat, ils ont fait peu de différence, et la LRA a continué à mener des attaques sporadiques.

Le 14 décembre 2008, une autre opération anti-LRA a été lancée. Cette fois-ci il s'agissait d'une opération conjointe connue sous le nom « Lightning Thunder », composée de troupes ougandaises et soudanaises, ainsi que des FARDC. En réaction, la LRA a lancé une série d'attaques militaires systématiques et organisées contre la population civile.

La vague la plus dévastatrice des attaques synchronisées a été déclenchée le 25 décembre 2008, dix jours après le début de l'opération Lightning Thunder, apparemment pour profiter du rassemblement des personnes dans les villes et villages pour célébrer Noël. Les attaques ont été lancées en sept endroits dans et autour de la ville de Faradje, tuant au moins 147 personnes. Vers le même moment, 13 autres endroits situés près de la ville de Doruma ont également été attaqués, causant la mort de 330 autres personnes. Dans un de ces endroits seulement - Batande - indique le rapport, « les éléments de la LRA ont tué 80 personnes, femmes, enfants et hommes enfermés dans une église ». Les personnes, qui ont aidé à enterrer les morts à Batande ont indiqué au personnel des droits de l'homme des Nations Unies qu'une douzaine de femmes avaient été trouvées « les poings liés, les habits déchirés et les jambes écartées ». En l'espace de 24 heures en deux endroits à une distance de quelque 400 km, deux groupes entre 100 et 150 combattants de la LRA ont tué au total au moins 477 civils et enlevé des centaines d'autres.

D'autres attaques ont continué dans les deux zones plus tard au mois de décembre et en janvier, en dépit de l'opération militaire majeure qui était en cours pour lutter contre la LRA. Dans les mois suivants, les attaques ont été plus sporadiques et moins coordonnées, mais non moins brutales en nature, avec un modèle similaire d'assassinats, de viols et un grand nombre d'enlèvements, surtout d'enfants. À la fin du mois de juin, un total de 228.000 personnes avaient été déplacées à l'intérieur de la RDC et 16.400 réfugiés avaient fui vers la République centrafricaine et le Soudan voisins, malgré le fait que les groupes dissidents de la LRA avaient aussi franchi les deux frontières et avaient mené là-bas des attaques similaires, même si à plus petite échelle (voir le communiqué de presse distinct et le rapport sur le Sud-Soudan).

Dans certains cas, indique le rapport, la terreur infligée par la LRA dans diverses régions de la province Orientale a été aggravée par les troupes appartenant à l'armée congolaise (FARDC): « Les déplacés ont également été soumis à des tracasseries, extorsions, viols et exécutions sommaires commis par les forces de sécurité congolaises ». Des camps abritant des personnes déplacées ont également été attaqués par la LRA, provoquant d'autres déplacements.

Le rapport exhorte le gouvernement congolais et ses alliés militaires étrangers de « procéder à l'évaluation réaliste de leurs capacités de défense et de protection des populations civiles » et, avec l'aide de la communauté internationale, de mettre en œuvre « une opération militaire qui prenne en compte le besoin de protection des populations civiles ».

Parmi les autres recommandations, elle invite également la communauté internationale à « mettre en place un mécanisme de « vetting » améliorant la qualité des forces de sécurité de la RDC et leur capacité à protéger les civils » et de « coopérer avec la CPI pour rechercher, arrêter, transférer pour être traduits en justice les leaders de la LRA auteurs présumés de crimes internationaux régis par le Statut de Rome ».

Des mandats d'arrêt, pour 33 chefs d'accusation de crimes contre l'humanité et crimes de guerre, ont été émis contre le dirigeant de la LRA, Joseph Kony, et d'autres officiers supérieurs de la LRA par la Cour pénale internationale en 2005. Deux étudiants, qui ont été enlevés le 17 septembre 2008 et qui se sont par la suite enfuis, a déclaré à des enquêteurs des droits de l'homme des Nations Unies comment ils s'étaient retrouvés au sein d'un groupe de personnes enlevées et présentées à Kony dans son camp au parc national de Garamba.