SITUATION DANS LE TANGANYIKA
La province du Tanganyika demeure dans une situation humanitaire précaire. En effet, les territoires de Kalemie, Kongolo, Manono et Moba sont toujours affectés par les attaques des Mayi Mayi aussi bien du Tanganyika que des provinces voisines du Sud-Kivu et du Maniema, causant des déplacements massifs des populations. La partie Nord du territoire de Kalemie (ZS Nyemba) est marquée par l’afflux de personnes déplacées internes (PDIs) fuyant les affrontements entre groupes armés au Sud du Sud-Kivu et du Maniema. Dans les zones limitrophes entre ces deux provinces et le Tanganyika, les affrontements opposent respectivement les Mayi Mayi Biloze Biashambuke aux Mayi Mayi Apa na Pale d’un côté (Maniema) et aux Mayi Mayi Yakutumba de l’autre côté (Sud du Sud Kivu). Les Mayi Mayi Yakutumba en coalition avec ceux de Apa na Pale s’opposent à une alliance entre les Biloze-Bishambuke et les RED-Tabara (Burundais) qui ont envahi depuis le début 2024 les Hauts-Plateaux de Mitumba surplombant la route nationale n°5 (RN5) à la hauteur de Bendera et Kisonja. A cela s’ajoute les conflits de leadership entre groupes armés et milices pour le contrôle des carrières minières dans ces HautsPlateaux de Mitumba, qui poussent souvent la population à fuir cette zone. Plusieurs violations des droits humains sont signalées lors de différents affrontements, notamment les violences basées sur le genre. Le territoire de Kongolo, de son côté, continue à accueillir des populations déplacées fuyant les exactions des Mayi Mayi Malaika dans le territoire voisin de Kabambare au Maniema. Entre le 2ème et le 4ème trimestres de l’année 2023, des violents affrontements entre plusieurs factions rivales des Mayi Mayi Malaïka, ont détérioré le contexte sécuritaire et humanitaire dans le Territoire de Kabambare au Sud du Maniema. A cause de cette insécurité dont le pic a été observé au mois d’octobre 2023, une trentaine des villages répartis dans les zones de santé (ZS) de Kabambare et de Lusangi ont été affectés. De nombreux incidents de protection y ont été rapportés dont des viols, des meurtres, le recrutement d’enfants, des incendies des maisons, etc. Des villages entiers se sont déplacés dont une partie de la population s’est dirigée vers le Territoire de Kongolo et une autre partie a pris la direction vers d’autres zones à l’intérieur du Territoire de Kabambare, dans le Maniema. De plus, entre juin et juillet 2024, les tensions se sont accrues entre plusieurs factions des Mayi Mayi Malaïka au Sud du Maniema (Kasongo / Kabambare), provoquant un nouvel afflux de plusieurs milliers de familles vers le Nord de Kongolo. Plus de 25 000 personnes se sont déplacées du Maniema vers le Tanganyika (territoire de Kongolo) suite à ce nouvel épisode. Ces personnes s’ajoutent à plus de 135 000 anciens PDIs accueillies dans le territoire de Kongolo entre 2021 – 2023. Les hostilités se poursuivent à Kasongo depuis le mois de juillet 2024, d’où la possibilité que les arrivées des personnes déplacées internes continuent vers Kongolo.
Dans le Manono, la ZS de Kiambi reste l’épicentre de l’activisme des Mayi Mayi Bakatanga, l’un des groupes armés le plus actif et plus ancien, dont les incursions s’étendent jusqu’au territoire de Moba, dans la ZS de Kansimba. En octobre 2023, les affrontements entre ces Mayi Mayi et les FARDC ont contraint environ 6 000 personnes de fuir leurs villages dans l’aire de santé de Mambwe. 7 personnes auraient été tuées pendant ce temps et plusieurs autres blessées. Tout récemment, en avril 2024, des affrontements similaires dans la même zone ont forcé près de 4 000 personnes à se déplacer vers les villages relativement sécurisés sur les axes Kiambi - Kaimba et Kiambi – Kayumba. D’après une source humanitaire, plusieurs centaines des maisons ont été pillées puis incendiées. Des alertes ont fait état de plusieurs femmes et filles violées en même temps. Dans le territoire de Moba, c’est depuis le mois d’octobre 2023 que les Mayi Mayi Bakata Katanga ont accru leur activisme dans le SudOuest, à sa limite avec les Territoires de Manono et de Pweto, spécialement dans la Chefferie Kasenga-Nganye. Cette insécurité continue à contraindre des milliers des familles dans cette zone à fuir leurs habitations pour trouver refuge ailleurs. Une mission d’évaluation rapide inter organisations conduite par OCHA au mois de juin 2024 a souligné que nombreuses personnes déplacées reconcentrées sont à leur troisième ou quatrième épisode de déplacement depuis le mois d’octobre 2023. Le dernier épisode du déplacement a eu lieu en mars 2024 alors que les autorités tant coutumières que militaires ont demandé aux PDIs qui étaient regroupés à Lusenga et Mapanda de quitter d’aller s’installer sur les sites de Terre-Noire et de Sindano. Le territoire de Nyunzu, quant à lui, est marqué par le retour des populations dans la partie Nord, une zone qui était abandonnée depuis plus de cinq années à cause des conflits. Mais s’il est signalé un début de réorganisation des Mayi Mayi Apa na Pale dans cette zone. Ce contexte d’instabilité a été aggravé par les inondations qui ont affecté l’ensemble de la province du Tanganyika au cours du premier semestre de l’année 2024 et touché directement environ 289 142 personnes, soit plus de 9% de la population totale du Tanganyika (3,2 millions d’habitant). Les populations victimes de ces inondations sont confrontées à la promiscuité dans les sites et ménages d’accueil, ce qui accroît considérablement l’exposition des femmes, des filles et des enfants à la violence basée sur le genre (VBG). Comme on le voit, la situation dans le Tanganyika reste caractérisée par des mouvements de populations qui exacerbent les risques de violences basées sur le genre (VBG) dans une province où la présence des acteurs pour la réponse a sensiblement diminué. Déjà en septembre 2023, le GBV AoR avait exprimé sa préoccupation concernant l’accroissement des gaps dans la réponse aux VBG dans la province. Les données disponibles pour le premier semestre 2024 indiquent que 953 survivants ont été pris en charge, en dépit de la faible présence opérationnelle. Comparativement au 1er semestre 2023 (1 066 cas), on observe une diminution de 10,6%. Comme on peut le constater, l’incidence des VBG dans le Tanganyika demeure élevée, malgré une réduction sensible de la présence opérationnelle des acteurs VBG qui impacte directement la collecte et le partage des données.