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Note de Plaidoyer : Protection de l’enfant dans le cadre du conflit intercommunautaire dans la Province du Tanganyika, 10 avril 2017

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1. LE GTPE Le GTPE

Tanganyika est le forum chargé de la coordination des actions concernant la protection de l’enfant dans les situations d’urgence, sous la direction de l’UNICEF et la co-direction du Gouvernement et de l’ONG nationale Réponse aux Catastrophes et aux Initiatives de Développement (RCID) dans la province du Tanganyika. Constituant un « domaine de responsabilité» du Cluster Protection, il réunit le Ministère des Affaires Sociales, Action Humanitaire et Solidarité Nationale et des organisations nongouvernementales impliquées dans des projets de protection de l'enfance en situation d'urgence avec l’objectif de garantir des interventions plus prévisibles, responsables et efficaces. Pour ce faire, le GTPE suit et promeut les « Standards Minimums pour la protection de l’enfance dans l’intervention humanitaire », lancés en 2010 comme outil global guidant les activités de protection de l’enfance. Avec l’appui du GTPE national basé à Kinshasa depuis 2009, il coordonne les stratégies de prévention et de réponse visant à réduire les situations d’abus, de négligence, d’exploitation et de violence, dont sont victimes les enfants dans des contextes d'urgence et de transition, y compris les enfants associés aux groupes armés.

2. CONTEXTE ET JUSTIFICATION

La Province du Tanganyika est restée depuis novembre 2011 le théâtre d’affrontements entre les groupes armés et les forces loyalistes.

D’une part, des poches d’activisme des groupes armés Mai Mai Yakutumba et Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) subsistent dans les Hauts Plateaux de Fizi/sud Kivu, zone voisine du Tanganyika où il est sporadiquement jusqu’à ce jour signalé des attaques et actes de violence sur la population civile attribués aux éléments susmentionnés. Cette situation est à la base des mouvements des populations du Sud Kivu vers le territoire de Kalemie, précisément sur les axes Kalemie-Bendera et Kalemie-Kabimba.

D’autre part, depuis 2014, les conflits intercommunautaires latents entre les Luba et les Twa ont refait surface d’abord dans le territoire de Manono, puis se sont étendus dans le territoire de Nyunzu, puis récemment en 2016 aux territoires de Kabalo ; Kalemie et une partie du territoire de Moba. Ces conflits ont entrainé des mouvements massifs et continus de populations accompagnés de pertes importantes en vies humaines, de graves violations des droits des personnes ainsi que la destruction de nombreuses infrastructures de base.

Depuis le 12 juillet 2016, le territoire de Nyunzu, ainsi que la plupart des territoires du Tanganyika excepté celui de Kongolo, connaissent une résurgence des affrontements opposant les deux ethnies antagonistes. On assiste à la montée en puissance des conflits accompagnés de violations graves à l’encontre des enfants, notamment l’utilisation des enfants par les milices et les violences sexuelles.
Ces conflits sont accompagnés de scènes de pillage, d’incendies de maisons et d’écoles et de destructions des réserves agricoles, entraînant des mouvements massifs de populations vers des centres et cités quelque peu sécurisés.

3. IMPACT DU CONFLIT SUR LA PROTECTION DE L’ENFANT

Les enfants du Tanganyika se trouvent ainsi exposés à des risques accrus de violence dans un contexte où la prévalence de la pauvreté se traduit déjà par de nombreux défis de protection tels que, par exemple, la déscolarisation d’un grand nombre d’enfants (64,800 enfants en rupture scolaire pour un total de 367,598 enfants soit 17,6%) ou leur exploitation économique dans les sites miniers. Les analyses découlant des évaluations, monitorings et visites effectuées sur le terrain par des acteurs humanitaires dans les zones affectées par les conflits confirment que la vie, la sécurité et la dignité des enfants dans la province du Tanganyika sont fortement menacées.

Plusieurs cas de graves violations ont été rapportés et signalés par les partenaires locaux résidant dans les différentes zones affectées par ces conflits. Au 28 février 2017, les acteurs de protection de l’enfant du GTPE ont notamment identifié quelques 2,000 cas d’utilisation d’enfants dans les milices, 397 cas d’enfants non accompagnés ou séparés en besoin de protection, 167 cas d’enfants blessés et plus de 150 cas de violences sexuelles (voir tableau en Annexe 1).

Ces estimations sont vraisemblablement sous-évaluées notamment en raison de deux défis majeurs, à savoir :

  • Le manque de moyens techniques et financiers des acteurs de protection de l’enfant pour conduire des évaluations approfondies et une surveillance (monitoring) régulière permettant une collecte et documentation fiables des données relatives aux cas de protection de l’enfant liés au conflit intercommunautaire;

  • Le difficile accès humanitaire aux populations twa, qui résident principalement dans la forêt, entrave l’assistance aux enfants twa affectés par le conflit. Les données rapportées concernent donc majoritairement les enfants bantous, alimentant la perception d’une fourniture partiale de l’aide humanitaire.