DR Congo

Note d’Orientation pour la protection de l’enfance pendant la pandémie de Coronavirus (COVID-19) en RDC – Sous Cluster Protection de l’Enfance (GTPE) RDC – janvier 2021 (version 2)

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Le 11 mars 2020, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a déclaré l’épidémie de maladie à Coronavirus (COVID-19) comme pandémie. Le virus touche de nombreux pays et territoires inclus la République Démocratique du Congo (RDC), où depuis le premier cas enregistré en mars 2020, plus de 20.000 cas ont été confirmés. En fin d’année 2020, la RDC a connu une deuxième vague de COVID-19, suite à laquelle le gouvernement a décidé de fermer les écoles plus tôt pour les vacances de Noël et de retarder la réouverture prévue initialement pour le 5 janvier 2021. La non-scolarisation, en plus d’avoir un impact négatif sur le développement et l'éducation des enfants, les expose davantage aux risques de protection. Dans ce sens le 14 janvier 2021 une note d’information a été diffusée par l’UNICEF pour plaider à la réouverture des écoles. D’autres mesures ont été mises en place y compris un couvre-feu de 21h00 à 5h00, ce qui peut aussi accroitre les risques de protection pour les enfants, notamment les enfants vivants dans la rue mais aussi ceux qui sont exposés à la violence domestique.

Les maladies infectieuses comme le COVID-19 et les mesures de quarantaine telles que les fermetures d’écoles et les restrictions sur les déplacements perturbent le cadre de vie et de développement des enfants. Elles constituent également des facteurs de stress supplémentaires pour les parents et les personnes qui s’occupent d’enfants, qui devront peut-être chercher de nouvelles solutions de garde ou renoncer à aller travailler. La stigmatisation et la discrimination liées au COVID-19 peuvent exposer davantage les enfants à la violence et à la détresse psychologique, et notamment les enfants à risque et particulièrement vulnérables, comme les enfants hors cadre familial, les enfants vivant dans la rue, les enfants handicapés, etc. De plus, certaines mesures de contrôle de la maladie qui ne tiennent pas compte des besoins spécifiques des genres et des vulnérabilités des femmes et des filles peuvent également accroître les risques pour leur protection et entraîner des stratégies d’adaptation négatives. Les enfants et les familles qui sont déjà vulnérables en raison des conditions socioéconomiques précaires ou vivant dans des zones des conflits ou en situation de crise humanitaire sont particulièrement exposés.

Les analyses de l’impact indirect du COVID-19 sur la situation des enfants conduites au cours du 2020, au niveau mondial et en RDC, montrent en effet comment la vie des enfants a été perturbé par la pandémie avec une aggravation de la situation de protection de nombreux enfants et adolescents. Une augmentation des cas de recrutement des enfants par les groupes armés, des violences sexuelles, des grossesses précoces, du nombre d’enfants exploités économiquement et impliqués dans le travail et d’enfants victimes de violence physique dans le cadre domestique, a été signalé dans différentes provinces de la RDC.

La diminution de revenue des ménages due à la pandémie a été aussi associée à une augmentation de la violence domestique, de la séparation familiale, du travail des enfants et à une majeure présence de sentiments négatifs chez les enfants, mais aussi de leurs parents ou tuteurs (soit une diminution de leur bien-être psychosocial). En particulier avec une exacerbation des Violences Basées sur le Genre (VBG) envers les filles et les femmes, inclus de violence sexuelle, mariage d’enfant et exploitation sexuelle, notamment dans les contextes où des dynamiques de genre inégales étaient déjà présentes avant la pandémie.

De plus, selon les analyses de la Cellule d’Analyse en Sciences Sociales (CASS) : « la réduction des revenus des ménages, combinée avec la fermeture des écoles eu un impact supplémentaire sur la protection et la santé des enfants et des adolescentes. Les femmes interrogées dans le cadre des recherches de la CASS ont fait état de difficultés à fournir une alimentation suffisante à leurs enfants. D'autres rapports de la CASS suggèrent qu'un nombre croissant de filles s'engagent dans des relations sexuelles transactionnelles, car les familles ont une capacité réduite à les soutenir financièrement, et elles n'ont pas la structure et la sécurité fournies par les écoles, ainsi qu'une augmentation du nombre d'enfants, y compris des filles, vivant dans les rues. ». Parallèlement les analyses montrent une diminution de fréquentation des structures de santé, mais également une augmentation de la demande de la part des adolescentes de services de planning familiale, contraceptifs d'urgence et des services de soins post-avortement.

Entre mars et aout 2020, le Sous Cluster Protection de l’Enfance (GTPE) a aussi documenté une diminution importante du nombre d’enfants atteints par les activités de protection de l’enfance, et surtout par les services de soutien psychosocial à travers les Espaces Amis des Enfants, tandis que les études globales confirment que les enfants et leurs parents et tuteurs ont été massivement affectés par des sentiments négatifs (plus inquiet, plus désespéré, plus déprimé, moins heureux) suite à la pandémie du COVID-19, avec une incidence majeure due à la fermeture prolongée des écoles. De plus, selon les analyses, les enfants handicapés qui n’ont pas un soutien adéquat sont encore plus vulnérables à la situation, et présentent notamment des niveaux plus élevés de signes de détresse. En fin il est évident que la fermeture prolongée des écoles a des conséquences sur la protection des enfants tant sur le court que sur le long terme. D’une part, avec la fermeture des écoles une augmentation générale des actes de violence à la maison a été signalé par les enfants. Les enquêtes ont révélé des différences significatives dans l’attribution des rôles de genre, affectant l’utilisation du temps et la capacité des filles à étudier. Près des deux tiers des filles ont signalé une augmentation des tâches ménagères, contre moins de la moitié des garçons, et 1 fille sur 5 a déclaré avoir trop de tâches à accomplir pour pouvoir apprendre à la maison, contre 1 garçon sur 10.

D’autre part, un nombre important d'enfants, et surtout des filles, risque de ne pas retourner à l'école, notamment à cause de l’impact socio-économique de la pandémie sur les ménages. Une étude de REACH menée au Sud Kivu et Tanganyika sur la fréquentation scolaire, montre une baisse des effectifs, notamment des filles, dans les écoles lors de leur réouverture au début de l’année scolaire 2020-2021 (confirmé par la CASS : 60% d’écoles privées 31% d’écoles publiques et ont rapporté une baisse des effectifs chez les filles lors de la rentrée (sept 2019 vs. oct. 2020)). La principale raison invoquée par es filles âgées de 12 à 17 ans pour quitter l'école est qu'elles ont été mariées pendant la période de fermeture de l'école.

Dans ce cadre le GTPE invite les acteurs de la protection de l’enfance, inclus les acteurs étatiques, à continuer à veiller à l’application de mesures de prévention et lutte contre le COVID-19, conformément aux normes internationales, aux recommandations de l’OMS et aux directives nationales, tout en continuant à garantir les services essentiels de protection des enfants sans discrimination, afin de contenir les impacts négatifs à long terme du COVID-19 sur la protection et le bien-être des enfants, et en particulière des filles, des enfants handicapés et de tous les enfants les plus à risque.