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Maladie à virus Ebola – République démocratique du Congo : Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, 26 juin 2020

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Le 25 juin 2020, le Ministre de la santé de la République démocratique du Congo a déclaré la fin de la flambée de maladie à virus Ebola (MVE) dans les provinces du Nord Kivu, de l’Ituri et du Sud Kivu. . Conformément aux recommandations de l’OMS, cette déclaration est intervenue plus de 42 jours après que la dernière personne à avoir contracté la MVE au cours de cette flambée a donné par deux fois un test négatif et était sortie du centre de soins.

La flambée avait été déclarée le 1er août 2018 à l’issue d’enquêtes et d’une confirmation en laboratoire d’un groupe de cas de MVE dans la province du Nord Kivu. Des enquêtes supplémentaires ont permis d’identifier des cas dans les provinces de l’Ituri et du Nord Kivu pour lesquels les symptômes étaient apparus entre mai et août 2018. En 2019, la flambée s’est ensuite propagée à la province du Sud Kivu et, le 17 juillet 2019, le Directeur général de l’OMS a déclaré qu’elle constituait une urgence de santé publique de portée internationale. . La République démocratique du Congo a connu 11 flambées depuis que la première a été reconnue en 1976. La 10e flambée de MVE dans les provinces du Nord Kivu, de l’Ituri et du Sud Kivu a été la plus longue du pays et la deuxième par ordre d’importance dans le monde après celle qui a touché l’Afrique de l’Ouest en 2014-2016.

La riposte à cette flambée a été dirigée par le Ministère de la santé avec l’appui de l’OMS et des partenaires dans les domaines de la surveillance, de la recherche des contacts, des services de laboratoire, de la prévention et de la lutte contre les infections, de la participation communautaire, des inhumations en toute sécurité et dans la dignité, de la coordination de la riposte et des activités de préparation dans les provinces limitrophes. La participation des dirigeants locaux, des communautés et des survivants de la MVE aux programmes de prise en charge de ces derniers et à la communication auprès des communautés a joué un rôle central pour endiguer la flambée. Les difficultés pour gagner la confiance des communautés touchées, la réticence à se faire soigner dans un établissement de traitement d’Ebola, une forte insécurité due à la présence de groupes armés dans les zones concernées, de même qu’une série d’attaques menées contre des agents de santé sont autant de facteurs qui ont rendu plus difficile la lutte contre cette flambée.

Malgré tous ces problèmes, aucun nouveau cas confirmé n’a été notifié depuis avril 2020 et les provinces du Nord Kivu, de l’Ituri et du Sud Kivu ont été déclarées exemptes du virus Ebola. En juin 2020, les activités de riposte à la flambée et de surveillance sont passées des autorités centrales et des partenaires internationaux aux départements provinciaux de santé.

Du 17 au 23 juin 2020, 2790 alertes en moyenne ont été signalées chaque jour et ont fait l’objet d’une enquête, dont plus 99 % dans les 24 heures. Parmi celles-ci, 428 ont été validées en moyenne quotidiennement et correspondaient à des cas suspects nécessitant des soins spécialisés et un dépistage en laboratoire pour exclure la MVE. Le renforcement de la capacité de détection des nouveaux cas et l’appui constant des départements provinciaux de santé et du Ministère de la santé expliquent le nombre soutenu d’alertes signalées quotidiennement depuis avril 2020. La réalisation en temps voulu de tests pour les cas suspects a été menée à bien par un réseau de huit laboratoires. Ainsi, du 15 au 21 juin 2020, 3219 échantillons ont été analysés, dont 2665 prélèvements sanguins sur des sujets vivants présumés atteints, 328 écouvillonnages réalisés sur des sujets décédés dans les communautés et 344 échantillons prélevés sur des patients ayant subi un nouveau test. Globalement, le nombre d’échantillons analysés par les laboratoires a augmenté de 4 % pour rapport à la semaine précédente.

Du 1er août 2018 au 25 juin 2020, 3470 cas de MVE avaient été notifiés au total par 29 zones de santé, soit 3317 cas confirmés et 153 cas probables. Sur le nombre total de cas confirmés ou probables, 57% (n\=1974) étaient des femmes, 29% (n\=1006) des enfants âgés de moins de 18 ans, et 5% (n\=171) des agents de santé. Il y a eu 2287 décès enregistrés (taux global de létalité de 66 %) ; 33 % des malades (1152/3470) sont morts en dehors d’un centre de traitement d’Ebola, et 1171 personnes ont guéri. Sur la durée de la flambée, plus de 250 000 contacts de cas ont été enregistrés dans les provinces du Nord Kivu, de l’Ituri et du Sud Kivu.

Le 25 juin 2020, la République démocratique du Congo a entamé une période de 90 jours de surveillance renforcée. Bien que la transmission interhumaine du virus Ebola ait pris fin dans les provinces du Nord Kivu, de l’Ituri et du Sud Kivu et que la flambée ait officiellement été déclarée terminée, il subsiste toujours un risque de résurgence. En conséquence, il est essentiel de maintenir les opérations de ripostes pour pouvoir rapidement détecter d’éventuels nouveaux cas et y répondre et pour accorder la priorité au soutien et à la prise en charge continus des personnes guéries de la MVE.

Le virus Ebola peut subsister dans certains liquides biologiques de survivants pendant plusieurs mois et, dans de rares cas, cela peut conduire à une transmission secondaire ou à une rechute, comme cela s’est vu au cours de cette flambée. Par ailleurs, le virus Ebola est présent dans des réservoirs animaux de la région, de sorte qu’il y a toujours un risque de transmission zoonotique. Étant donné que des cas peuvent continuer à apparaître sporadiquement en République démocratique du Congo, il est essentiel de maintenir un système de surveillance solide et des opérations de riposte pour détecter, isoler, tester et traiter rapidement les nouveaux cas suspects.

Action de santé publique

Pour contrer cette flambée de MVE, entre le 1er août 2018 et le 25 juin 2020 :

  • 11 laboratoires de terrain ont été installés pour tester jusqu’à 4200 échantillons par semaine par amplification génique à l’aide des machines GeneExpert. Globalement, plus de 220 000 échantillons ont été testés ;
  • 11 centres de traitement Ebola ont été installés pour prendre en charge les personnes infectées par le virus et fournir des soins de soutien et des traitements essentiels à 2198 cas confirmés ;
  • 25 centres de transit centralisés et décentralisés ont été installés pour prendre en charge les cas suspects ;
  • Un vaccin anti-Ebola a été homologué et deux traitements, le régénéron (REGN-EB3) et le mAb114, ont donné les preuves d’une grande efficacité. 305 841 personnes ont été identifiées comme répondant aux conditions pour être vaccinées et 99 % (n=303 905) d’entre elles l’ont été ;
  • Depuis novembre 2018, un programme national de prise en charge des survivants de la MVE a été mis en place pour leur apporter des soins cliniques et psychologiques spécifiques et assurer un suivi biologique des liquides corporels. Chaque mois, plus de 90 % des personnes qui ont guéri de la MVE se présentent pour un suivi mensuel, ce qui dénote une bonne acceptation du programme et montre son utilité ;
  • Plus de 29 000 décès ont fait l’objet d’une alerte, ce qui a conduit à la tenue de plus de 26 000 inhumations en toute sécurité et dans la dignité (taux de réussite de 88 % sur la longueur de la flambée) ;
  • Plus de 3000 établissements de santé ont bénéficié d’un appui et d’un mentorat en matière de prévention et de lutte contre les infections ;
  • Plus de 2100 agents de santé ont été formés à la prévention et à la lutte contre les infections ;
  • Plus de 1000 tonnes de fournitures ont été livrées en 750 cargaisons internationales ; et
  • Plus de 180 millions de dépistages ont été réalisés pour des symptômes liés à Ebola aux frontières et aux autres points de contrôle.

Pour des informations détaillées sur les actions de santé publique menées par le Ministère de la santé, l’OMS et les partenaires, veuillez consulter les derniers rapports de situation publiés par le Bureau régional OMS de l’Afrique :

Évaluation du risque par l’OMS - provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et du Sud-Kivu

Dans son évaluation la plus récente, l’OMS concluait que l’actuelle flambée de MVE était circonscrite, dans la mesure où plus de 42 jours (deux fois la période d’incubation) s’étaient écoulés depuis la date du deuxième test négatif consécutif réalisé sur le dernier cas confirmé le 13 mai 2020. Le 26 juin 2020, l’OMS a maintenu l’évaluation du risque pour cet événement à un niveau modéré aux échelons national et régional, et faible à l’échelle mondiale.

Dans le cadre du Plan stratégique de consolidation et de stabilisation adopté par le Ministère de la santé, une surveillance renforcée, un programme à long terme pour les survivants d’Ebola et d’autres mécanismes de ripostes restent en place après que la flambée a été déclarée finie de manière à maintenir une vigilance accrue et à contribuer au renforcement et à la résilience des systèmes de santé locaux.

Dans la mesure où il est probable que la MVE persiste dans un réservoir animal en République démocratique du Congo, il n’est pas exclu qu’un nouvel événement de transmission zoonotique se produise. De plus, un groupe de cas de MVE peut également apparaître après une exposition aux liquides biologiques de survivants, même si la probabilité que cela se produise diminue avec le temps.

Les difficultés actuelles en matière d’accès et de sécurité, de confiance des communautés dans les autorités, de fragilité des systèmes de santé, auxquelles viennent s’ajouter l’apparition du coronavirus 2019 (COVID-19), le choléra, la rougeole et la flambée de MVE qui vient d’être signalée dans la province de l’Équateur, représentent pour l’OMS autant de facteurs susceptibles de mettre en péril la capacité du pays à détecter rapidement la réapparition de cas de MVE dans les provinces du Nord Kivu, de l’Ituri et du Sud Kivu et à y riposter.

Suivant les conseils du Comité d’urgence du Règlement sanitaire international (2005) qui a été convoqué le 26 juin 2020, le Directeur général de l’OMS a déclaré que la flambée de MVE dans les provinces du Nord Kivu, de l’Ituri et du Sud Kivu ne constituait plus une urgence de santé publique de portée internationale. Pour plus de renseignements, veuillez consulter la Déclaration sur la réunion du Comité d’urgence du Règlement sanitaire international (2005) concernant la maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo du 26 juin 2020 (en anglais)

Conseils de l’OMS

L’OMS recommande les mesures d’atténuation des risques ci-après comme moyens efficaces de réduire la transmission de la maladie à virus Ebola chez l’homme :

  • Réduire le risque de transmission de la MVE d’un animal sauvage à un être humain par contact avec des chauves-souris frugivores ou des primates non humains infectés ou par consommation de la viande crue de ces espèces. Ces animaux devront être manipulés avec des gants et d’autres vêtements de protection appropriés. Leurs produits (sang et viande) devront subir une cuisson complète avant consommation.
  • Réduire le risque de transmission interhumaine par contact direct ou rapproché avec des personnes présentant des symptômes de la MVE, en particulier avec leurs liquides biologiques. Il convient de porter des gants et des équipements de protection individuelle adaptés lorsque l’on prodigue des soins à des malades. Le lavage des mains doit être systématique après une visite à des malades à l’hôpital et après la délivrance de soins à des malades à domicile.
  • Renforcer les pratiques de prévention et de lutte contre les infections dans les établissements de santé : il convient d’appliquer les précautions d’usage à tous les malades pris en charge dans un établissement de santé, quel que soit leur statut sérologique. Une attention toute particulière est requise pour les tradipraticiens.
  • Réduire le risque de transmission par voie sexuelle : sur la base d’un examen et d’une analyse plus approfondie des recherches en cours par le Groupe consultatif de l’OMS sur la riposte à la maladie à virus Ebola, l’OMS recommande que les survivants de sexe masculin à la MVE aient des rapports sexuels protégés et des pratiques d’hygiène sans risque pendant 12 mois après l’apparition des symptômes ou après l’obtention de deux résultats négatifs au dépistage du virus Ebola dans leur sperme. Il convient d’éviter tout contact avec les liquides corporels et il est conseillé de se laver au savon et à l’eau. L’OMS ne préconise pas l’isolement des patients masculins ou féminins convalescents dont les tests sanguins sont négatifs pour ce virus.
  • Continuer la formation et le recyclage des agents de santé à propos des mesures de prévention et de lutte contre les infections, de détection précoce, d’isolement et de traitement des cas suspects de MVE.

Sur la base des informations actuellement disponibles, l’OMS continue de déconseiller l’instauration de restrictions aux voyages ou aux échanges commerciaux avec la République démocratique du Congo en lien avec cet événement. De plus amples informations sont disponibles dans les recommandations de l’OMS concernant le trafic international dans le cadre de la flambée de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo (en anglais).

Pour obtenir davantage d’informations, veuillez consulter les éléments suivants :