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Maladie à virus Ebola – République démocratique du Congo - Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, 25 juillet 2018

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Comme 42 jours (deux fois la période d’incubation) se sont écoulés depuis la dernière exposition possible à un cas confirmé de maladie à virus Ebola, le 24 juillet 2018, le Ministre de la santé, le Dr Oly Ilunga, a annoncé la fin de la flambée en République démocratique du Congo. Le Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, et le Directeur régional pour la Région africaine, le Dr. Matshidiso Moeti, félicitent le pays et les partenaires dans la riposte à cette flambée et les invitent à étendre ce succès à la lutte contre d’autres maladies en République démocratique du Congo.

À la différence des précédentes flambées de maladie à virus Ebola survenues dans le pays, cette dernière a impliqué trois zones sanitaires, y compris un centre urbain relié par des voies fluviales à la capitale et aux pays voisins, ainsi que des villages isolés dans la forêt tropicale. Dans les heures ayant suivi la déclaration de flambée le 8 mai 2018, l’OMS a avancé plus de 2 millions de dollars US$ à partir de son Fonds de réserve pour les situations d’urgence, déployé une équipe pour accroître les capacités sur le terrain et activé un système de gestion des situations d’urgence. Plus des deux tiers des 360 personnes déployées dans le cadre de la riposte provenaient de la Région africaine de l’OMS, comme les équipes de vaccination envoyées par la Guinée.

Du 20 au 21 juillet 2018, l’OMS a appuyé l’organisation d’un atelier chargé d’harmoniser, de réconcilier et de valider le large faisceau de données générées par la riposte à la flambée. Cet atelier a réuni les équipes responsables de la coordination, de la surveillance, de la prise en charge des cas, des investigations en laboratoire et des vaccinations à Mbandaka, Bikoro, Itipo, Iboko et Kinshasa, afin qu’elles partagent leurs résultats et harmonisent les données enregistrées. À la suite de cet exercice, il a été convenu de modifier les nombres de cas confirmés et probables, et notamment le nombre de décès parmi ces cas. Ces modifications n’ont concerné que la reclassification des dossiers de cas antérieurs, qui, par ailleurs, étaient connus des enquêteurs de terrain et avaient bénéficié d’un suivi complet dans le cadre de la riposte.

Le 24 juillet 2018, 54 cas de maladie à virus Ebola au total (38 confirmés et 16 probables) avaient été signalés, la maladie étant apparue entre le 5 avril et le 2 juin 2018 (Figure 1). Parmi ces cas, 33 sont décédés (taux global de létalité: 61%), dont 17 cas confirmés. Les cas ont été notifiés dans trois zones sanitaires (Figure 2) : Bikoro (n=21; 10 confirmés, 11 probables), Iboko (n = 29 ; 24 confirmés, 5 probables) et Wangata (n = 4; tous confirmés). Sept des cas étaient des agents de santé, parmi lesquels deux sont décédés.

Riposte de santé publique

Du 3 au 5 juillet 2018, le ministère de la santé, avec l’appui de l’OMS et des partenaires, a réalisé un bilan stratégique des opérations pour évaluer la situation épidémiologique actuelle et les progrès accomplis par le Plan de riposte stratégique contre la maladie à virus Ebola, tirer les premiers enseignements de l’expérience et définir les principales activités et les ressources prioritaires pour assurer une vigilance continue dans les zones touchées. Ce bilan des opérations a débouché principalement sur la mise au point d’un plan de consolidation et de stabilisation sous la direction du gouvernement (août - octobre 2018) pour réaffecter transitoirement les ressources déployées et pour renforcer les capacités de réponse et de préparation aux situations d’urgence ainsi que la résilience globale des systèmes de santé. Ce plan comprend :

  • le maintien et le renforcement des capacités de surveillance pour détecter rapidement les nouveaux cas potentiels de maladie à virus Ebola et y répondre, notamment au point d’entrée et dans les zones où les voyageurs se rassemblent et interagissent avec la population locale, et dans les provinces et les pays voisins;

  • le renforcement de la lutte contre les infections et des activités et dispositifs WASH (Eau, Assainissement et Hygiène) dans les établissements de soins visés;

  • Le maintien de normes définies sur la base d’éléments factuels pour la prise en charge des cas (soins cliniques aux malades et accès à l’utilisation contrôlée de moyens thérapeutiques expérimentaux);

  • Le maintien de capacités de laboratoire locales pour la confirmation des nouveaux cas potentiels et la gestion des soins prodigués aux survivants;

  • la délivrance de services de santé et de soins psychosociaux aux survivants et à leurs familles;

  • le renforcement de l’engagement des communautés pour améliorer les connaissances et la riposte à la MVE et aux maladies à potentiel épidémique dans les zones sanitaires ciblées;

  • l’amélioration de la sécurité alimentaire dans les zones sanitaires touchées par la maladie à virus Ebola;

  • l’exploitation des ressources et des connaissances tirées des deux premières phases de la riposte pour faciliter l’élaboration d’un plan national de sécurité et de résilience sanitaires, sur la base des évaluations antérieures et du bilan après action prévu du 10 au 14 septembre 2018.

Dans le cadre de la phase suivante de la riposte de santé pubIique, l’OMS apportera son soutien au Ministère de la santé dans le pilotage du bilan après action avec les partenaires et les donateurs pour commencer à tirer les enseignements de l’expérience et déterminer comment exploiter au mieux les ressources et les connaissances associées aux deux premières phases de la riposte, dans la perspective de renforcer les systèmes de santé et la résilience nationale dans le cadre du Plan d’action national pour la sécurité sanitaire.

Évaluation des risques par l’OMS

La dernière évaluation de l’OMS a abouti à la conclusion que la flambée actuelle de maladie à virus Ebola avait été contenue, sachant que 42 jours (deux fois la période d’incubation maximale) se sont écoulés depuis la date du deuxième résultat de test négatif pour le dernier cas confirmé, le 12 juin 2018. Dans le cadre du plan de consolidation et de stabilisation adopté par le Ministère de la santé, une surveillance renforcée, un programme à long terme de soins aux survivants et d’autres mécanismes de riposte restent en place suite à l’intention déclarée à la fin de la flambée de maintenir une vigilance accrue et de contribuer à la résilience du système de santé. L’OMS considère que les risques sanitaires associés à la récente flambée de MVE sont faibles tant aux régional et mondial que national. Cette maladie est néanmoins endémique en République démocratique du Congo et pourrait réémerger à tout moment.

Conseils de l’OMS

L’OMS conseille les mesures de réduction des risques suivantes en tant que moyen efficace de réduire la transmission de maladie à virus Ebola.

  • Réduire le risque de transmission de la MVE d’un animal sauvage à un être humain par contact avec des chauves-souris frugivores ou des singes ou par consommation de viande non complètement cuite de ces espèces. Ces animaux devront être manipulés avec des gants et d’autres vêtements de protection appropriés. Leurs produits (sang et viande) devront subir une cuisson complète avant consommation.

  • Réduire le risque de transmission interhumaine par contact direct ou rapproché avec des personnes présentant des symptômes de la MVE, en particulier avec leurs liquides corporels. Il convient de porter des gants et des équipements de protection individuelle adaptés lorsque l’on prodigue des soins à des malades à domicile. Le lavage des mains doit être systématique après une visite à des malades à l’hôpital et après la délivrance de soins à des malades à domicile.

  • Réduire le risque de transmission par voie sexuelle : sur la base d’un examen et d’une analyse plus approfondie des recherches en cours par le Groupe consultatif de l’OMS sur la riposte à la maladie à virus Ebola, l’OMS recommande que les survivants de sexe masculin à la MVE aient des rapports sexuels protégés et des pratiques d’hygiène sans risque pendant 12 mois après l’apparition des symptômes ou après l’obtention de deux résultats négatifs au dépistage du virus Ebola dans leur sperme. L’OMS ne préconise pas l’isolement des patients masculins ou féminins convalescents dont les tests sanguins sont négatifs pour ce virus.

Sur la base des éléments disponibles, l'OMS continue de déconseiller l’application de restrictions aux voyages et au commerce avec la République démocratique du Congo. L’Organisation a réalisé un suivi des restrictions imposées aux déplacements et au commerce au cours de cette flambée et a enregistré la mise en place par 26 Etats de mesures de dépistage à l’entrée, sans qu’aucun pays n’ait instauré de restrictions aux voyages et au commerce, comme l’avait recommandé le Comité d’urgence.