Maladie à virus Ebola – République démocratique du Congo - Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, 6 juillet 2018

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from World Health Organization
Published on 06 Jul 2018 View Original

Le Ministère de la santé et l’OMS continuent de suivre de près la flambée épidémique de maladie à virus Ebola (MVE) en République démocratique du Congo.

Les activités de recherche et de suivi des contacts se sont achevées le 27 juin, après que les derniers sujets potentiellement exposés au virus sont parvenus au terme de leur période de suivi de 21 jours sans avoir présenté de symptômes. Tout au long de la flambée, l’équipe de terrain a réalisé plus de 20 000 visites chez des contacts.

Le 12 juin, le dernier cas confirmé de MVE dans la province de l’Équateur est sorti d’un centre de traitement d’Ebola, après deux résultats négatifs consécutifs sur une série de prélèvements.

Pour pouvoir déclarer que la flambée épidémique est terminée, une période de 42 jours (soit deux périodes d’incubation) suivant la dernière exposition possible à un cas confirmé doit s’écouler sans avoir détecté aucun nouveau cas confirmé. Dans l’intervalle, il est essentiel de maintenir tous les piliers de la riposte, y compris la surveillance intensive afin de détecter rapidement toute résurgence et d’y répondre sans tarder.

À la lumière des progrès accomplis dans le cadre de la riposte, l’OMS a révisé l’évaluation du risque pour cette flambée épidémique comme suit..

Du 1er avril au 3 juillet 2018, un nombre total de 53 cas de MVE1 , dont 29 décès (taux de létalité: 55%), ont été signalés dans la province de l’Équateur. Ce total comprend 38 cas confirmés en laboratoire et 15 cas probables (cas suspects qui sont décédés sans que l’on ait pu recueillir des prélèvements aux fins des analyses en laboratoire). Ces cas ont été signalés dans les 3 zones de santé: Bikoro (n = 21; 10 cas confirmés, 11 cas probables), Iboko (n = 28; 24 cas confirmés, 4 cas probables) et Wangata (n = 4; cas tous confirmés) (Figure 2). On a signalé 5 cas chez des agents de santé, dont 2 décès.

Du 3 au 5 juillet 2018, le Ministère de la santé, avec le soutien de l’OMS et de ses partenaires, a mené un examen stratégique des opérations en vue d’évaluer la situation épidémiologique actuelle, d’apprécier les progrès accomplis dans le cadre du plan de riposte stratégique, de tirer les premiers enseignements de l’expérience et de définir les activités et les ressources prioritaires pour assurer une vigilance continue dans les zones touchées, jusqu’à la fin de la flambée épidémique.

Cet examen a notamment été l’occasion de mettre au point un plan de surveillance et de riposte amélioré, d’une durée de 90 jours, en vue de poursuivre les principales activités après la fin de la flambée épidémique et de planifier le maintien de capacités locales et nationales de riposte aux situations d’urgence sanitaire dans toute la République démocratique du Congo. Les centres de traitement d’Ebola resteront opérationnels et continueront de prodiguer des soins cliniques aux cas suspects.

Action de santé publique

Le Ministère de la santé continue de diriger la riposte dans les zones de santé touchées, avec le soutien de l’OMS et de partenaires. Les priorités sont notamment le renforcement de la surveillance et la recherche des contacts, les capacités de laboratoire, la lutte anti-infectieuse, la prise en charge des cas, la participation des communautés, l’inhumation des défunts en toute sécurité et dans la dignité, la coordination de la riposte et la vaccination.

En outre, pour éviter que la maladie se propage des provinces touchées aux provinces non touchées et à d’autres pays, la République démocratique du Congo a mis en place une surveillance transfrontalière aux points d’entrée (zones à risque voisines, provinces, pays et principaux points de rassemblement des voyageurs). L’OMS continue d’agir en étroite collaboration avec les ministères de la santé de neuf pays limitrophes pour renforcer la préparation et atténuer ainsi le risque de propagation internationale.

  • Entre le 21 mai, date de lancement de la campagne de vaccination, et le 30 juin, 3330 personnes au total ont été vaccinées à Iboko (1530), Wangata (893), Bikoro (779), Ingende (107) et Kinshasa (21). Les populations pouvant bénéficier de la vaccination en anneau sont les agents de santé intervenant en première ligne, les personnes qui ont été exposées à des cas confirmés de maladie à virus Ebola (les contacts) et les contacts de ces contacts. Au total, 2020 doses de vaccin sont disponibles dans les stocks centraux, et 870 doses à Mbandaka.

  • Des activités de surveillance intensive sont en cours, notamment des recherches actives de cas dans les communautés et les établissements de santé, des investigations en temps réel sur les alertes et des analyses en laboratoire pour tous les cas suspects afin de confirmer ou d’exclure la MVE. Du 13 mai au 3 juillet, des investigations ont été menées pour 728 alertes et 387 sujets correspondant à la définition du cas suspect ont subi un dépistage.

  • L’OMS fournit un soutien au Ministère de la santé dans la mise en place d’un programme de soins aux survivants d’une durée d’un an. Ce programme comportera trois axes : suivi clinique, services de conseil et analyses de sperme, et soutien psychosocial. Un atelier de lancement du projet se tiendra à Mbandaka les 6 et 7 juillet.

  • Les activités de communication sur les risques, de mobilisation sociale et de mobilisation communautaire se poursuivent dans la zone. Un soutien est notamment apporté pour combattre les maladies à potentiel épidémique, couper court aux rumeurs sur la MVE et réduire la stigmatisation des survivants.

  • Au 6 juillet, l’OMS a affecté 332 experts techniques au total (217 internationaux et 115 nationaux) à différentes fonctions critiques du système de gestion des incidents, en vue de soutenir la riposte à la flambée de MVE, dont 20 experts des institutions partenaires du Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie (GOARN).

  • L’OMS continue de surveiller les mesures relatives aux voyages et au commerce prises en rapport avec cet événement. Au 6 juillet, aucune restriction au trafic international n’a été mise en place. D’après des sources informelles publiquement disponibles, pendant cette flambée, 25 pays ont mis en place un dépistage à l’entrée pour les voyageurs internationaux en provenance de la République démocratique du Congo.

  • À ce jour, aucun cas exporté n’a été signalé. Le risque que des cas passés inaperçus puissent voyager à l’extérieur de la province de l’Équateur ou à l’étranger pendant la période d’incubation (comprise entre deux et 21 jours) a été jugé très faible. Cependant, il a été décidé de maintenir les dépistages à la sortie aux points d’entrée et dans les lieux de rassemblement, par mesure de précaution, et de préparer un plan de désactivation pour la période postflambée épidémique.

Évaluation du risque par l’OMS

Le 3 juillet 2018, l’OMS a réexaminé le niveau de risque pour la santé publique associé à la flambée épidémique en cours. D’après l’évaluation la plus récente, la flambée actuelle de maladie à virus Ebola est globalement endiguée, étant donné que plus de 21 jours (durée correspondant à une période d’incubation maximale) se sont écoulés depuis la sortie d’établissement du dernier cas confirmé au laboratoire, et les activités de suivi des contacts se sont achevées le 27 juin 2018. Cependant, il demeure un risque de résurgence à partir de chaînes de transmission potentiellement non détectées, et il est possible que les survivants de sexe masculin transmettent le virus lors de rapports sexuels.

Il est donc indispensable de maintenir tous les grands piliers de la riposte jusqu’à ce que la fin de la flambée soit déclarée. Des mécanismes de surveillance renforcés et un programme de suivi des survivants sont en place pour atténuer et détecter rapidement de tels événements et y répondre. Sur la base de ces facteurs, l’OMS estime que le risque pour la santé publique est modéré au niveau national.

En l’absence de transmission continue, la probabilité d’observer des cas exportés est faible et en diminution. Les activités de préparation et la mise en place de plans d’action d’urgence dans les pays limitrophes la réduisent encore. D’après les estimations de l’OMS, le risque pour la santé publique est faible aux niveaux régional et mondial.

Recommandations de l’OMS

Le Comité d’urgence du Règlement sanitaire international a été convoqué par le Directeur général de l’OMS le 18 mai 2018 et a déconseillé l’application de restrictions aux voyages ou au commerce avec la République démocratique du Congo en rapport avec la flambée actuelle de maladie à virus Ebola. En effet, des annulations de vols ou d’autres restrictions aux voyages pourraient entraver l’action internationale de santé publique et entraîner des pertes économiques importantes pour le pays touché.

Le Comité d’urgence a également été d’avis que le dépistage à la sortie, y compris aux aéroports et aux ports sur le fleuve Congo, est considéré comme une mesure particulièrement importante. En revanche, le dépistage à l’entrée, en particulier dans des aéroports éloignés, ne présenterait aucun intérêt en matière de santé publique et le ratio coût/avantage serait négatif. Le Comité d’urgence, tout en notant que les conditions d’une urgence de santé publique de portée internationale n’étaient pas réunies à l’heure actuelle, a formulé un ensemble complet de recommandations de santé publique.2 .

L’OMS a publié le 29 mai 2018 des recommandations aux voyageurs3 , leur indiquant comment réduire le risque d’exposition et où obtenir une assistance médicale adaptée en cas d’apparition de symptômes apparentés à la MVE après une possible exposition, étant entendu que le risque qu’un voyageur soit infecté par le virus Ebola lors d’une visite dans les zones touchées et développe la maladie après son retour est faible, même si cette visite a comporté des déplacements dans des zones où des cas primaires ont été notifiés.

1 Le nombre total de cas peut changer en raison de la reclassification en cours, de l’investigation rétrospective et de la disponibilité des résultats de laboratoire.