Maladie à virus Ebola – République démocratique du Congo Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, 6 décembre 2018

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from World Health Organization
Published on 06 Dec 2018 View Original

La riposte à la flambée de maladie à virus Ebola (MVE) dans le nord-est de la République démocratique du Congo demeure une entreprise complexe. En utilisant des mesures de santé publique qui ont fait leurs preuves (recherche des contacts, mobilisation des communautés) ainsi que les nouveaux outils à disposition (vaccin et produits thérapeutiques), l’OMS reste persuadée que la flambée pourra être maîtrisée et close.

Pendant la période considérée (28 novembre – 4 décembre 2018), 35 nouveaux cas ont été signalés dans neuf zones de santé des provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri : Beni (huit), Katwa (huit), Vuhovi (trois), Kalungunta (deux), Butembo (deux), Mabalako (deux), Masereka (un), et Mutwanga (un). Les cas signalés récemment dans les zones de santé de Komanda et de Mabalako font suite à une longue période (supérieure à deux fois la période d’incubation) sans détection de nouveaux cas, et soulignent ainsi le risque de réintroduction du virus, et la nécessité de maintenir une surveillance renforcée. Les cas notifiés à Komanda ont pour origine l’infection d’une mère et de ses enfants à Beni. Même si à Komanda l’insécurité sera un obstacle aux activités de riposte, les mesures de lutte – dont la recherche des contacts et la vaccination – ont débuté peu après la détection des cas.

Les centres de santé publics et privés où les pratiques en matière de lutte contre l’infection sont insuffisantes restent une cause majeure de l’extension de la flambée. Au cours de la période considérée, deux nouvelles infections ont été signalées chez des agents de santé, et au moins un nouveau cas a sans doute contracté la maladie auprès d’un agent de santé infecté lors d’une consultation de routine. Globalement, 44 agents de santé (41 infirmiers et trois médecins) ont été infectés à ce jour, dont 59 % (26) sont des femmes.

Pendant la période considérée, 21autres survivants sont sortis des centres de traitement d’Ebola (CTE) de Beni (12) et de Butembo (neuf) et ont réintégré leurs communautés. Au total, 142 patients se sont rétablis à ce jour.

Au 4 décembre, 458 cas de MVE (410 confirmés et 48 probables), dont 271 décès, ont été signalés dans 11 zones de santé de la province du Nord-Kivu et dans trois zones de santé de la province de l’Ituri (Figure 1). La courbe épidémiologique (Figure 2) de la flambée montre deux phases distinctes. La première phase était concentrée sur Mangina et a été largement maîtrisé en un mois. La deuxième vague, dispersée sur de nombreuses zones, se poursuit depuis plus de deux mois avec environ cinq nouveaux cas par jour. Compte tenu des retards probables dans la détection et la notification des cas pour les dernières semaines, les tendances globales d’incidence hebdomadaire doivent être interprétées avec prudence.

Le risque de propagation de la flambée à d’autres provinces de la République démocratique du Congo, ainsi qu’aux pays limitrophes, reste très élevé. Au cours de la semaine écoulée, des alertes ont été lancées dans plusieurs provinces de la République démocratique du Congo, au Soudan du Sud et en Ouganda ; à ce jour, la MVE a été exclue à chaque fois.

La maladie à virus Ebola chez la femme et l’enfant

Le nombre disproportionné de femmes et d’enfants infectés au cours de cette flambée (Figure 3) est un sujet de préoccupation. À ce jour, les femmes représentent 62 % (280/450) de l’ensemble des cas ventilés par sexe. Sur l’ensemble des femmes touchées, 83 % (230/277) étaient âgées ≥15 ans. Parmi ces femmes, 18 au moins étaient enceintes, et sept autres allaitaient ou avaient accouché récemment au moment de l’infection. On a constaté 27 cas parmi des nourrissons de moins d’un an, dont 70 % étaient des garçons, et 21 décès (soit un taux de létalité en fonction de l’âge de 78 %). Neuf cas ont aussi été signalés chez des nourrissons de moins d’un mois. Les enfants de moins de 15 ans représentaient 24 % (106/447) des cas.

De multiples facteurs contribuent sans doute à la charge de morbidité disproportionnée constatée chez les femmes et les enfants. Il s’agit notamment de l’exposition au sein des établissements de santé formels et informels, de la participation aux pratiques d’inhumation traditionnelles, de la transmission au sein des groupes familiaux (y compris la transmission entre mères s’occupant des enfants), des différences dans les comportements de recherche de soins, ainsi que de l’impact du conflit en cours sur l’organisation sous-jacente de la population dans les zones touchées. Parmi ceux pour lesquels des informations sont disponibles, les facteurs de risque les plus fréquemment recensés sont notamment : le fait d’avoir été en contact avec un cas connu (224/320, 70 %), la participation à des funérailles (121/299, 40 %) et une consultation/admission dans un établissement de santé avant le déclenchement de la flambée de MVE (46/139, 33 %). Il convient de noter que 46 % des cas chez les femmes (84/181) ont signalé avoir assisté à des funérailles, contre 31 % des cas chez les hommes (37/118).

Une augmentation parallèle des cas de paludisme et l’insuffisance des mesures de lutte contre l’infection dans les établissements de santé contribuent également sans doute aux taux élevés de MVE chez les enfants. La campagne de lutte contre le paludisme de quatre jours qui s’est achevée à Beni le 2 décembre visait à prévenir de nouveaux décès dus au paludisme, ainsi qu’à alléger le fardeau qui pèse sur les centres de santé afin de lutter contre cette source de transmission potentielle.

Le Ministère de la santé et l’OMS travaillent activement avec l’UNICEF et d’autres partenaires pour lutter contre les risques accrus constatés chez les femmes (y compris les femmes enceintes et les femmes allaitantes) et les jeunes enfants, et pour renforcer davantage les mesures visant à prévenir et prendre en charge les infections dans ces groupes.

Action de santé publique

Le Ministère de la santé continue à renforcer les mesures de riposte, avec le soutien de l’OMS et de ses partenaires. Les priorités sont la coordination des interventions, la surveillance, la recherche des contacts, les capacités de laboratoire, les mesures de lutte contre l’infection, la prise en charge clinique des patients, la vaccination, la communication sur les risques et la participation des communautés, le soutien psychosocial, les enterrements dignes et sécurisés (EDS), la surveillance transfrontalière et les activités de préparation dans les provinces et les pays limitrophes. Les mesures de lutte contre l’infection dans les établissements de soins, en particulier dans les centres de soins prénatals doivent être renforcées. Une hygiène des mains rigoureuse est indispensable.

Pour obtenir de plus amples informations sur les mesures de santé publique prises par l’OMS et ses partenaires, voir les derniers rapports de situation publiés par le Bureau régional OMS de l’Afrique :

Évaluation du risque par l’OMS

Cette flambée épidémique de MVE touche les provinces du nord-est du pays, à la frontière de l’Ouganda, du Rwanda et du Soudan du Sud. Les facteurs de risque potentiels pour la transmission de la MVE aux niveaux national et régional sont, d’une part, les déplacements entre les zones touchées, le reste du pays et les pays limitrophes et, d’autre part, les déplacements de population à l’intérieur du pays. Le pays est confronté actuellement à d’autres épidémies (choléra, poliomyélite dérivée de souches vaccinales, paludisme, par exemple) et à une crise humanitaire prolongée. De plus, l’insécurité au Nord-Kivu et en Ituri entrave parfois la mise en œuvre des activités de riposte. D’après l’évaluation de l’OMS, le risque est actuellement très élevé aux niveaux national et régional, mais il demeure faible à l’échelle mondiale. Sur la base des informations disponibles, l’OMS continue de déconseiller l’application de restrictions aux voyages et au commerce avec la République démocratique du Congo.

Comme le risque de propagation nationale et régionale est très élevé, il est important que les provinces voisines et les pays limitrophes renforcent les activités de surveillance et de préparation. Le Comité d’urgence du Règlement sanitaire international (2005) a averti qu’à moins d’intensifier ces activités de préparation et de surveillance, les conditions devraient s’aggraver et la propagation se poursuivre. L’OMS continuera de collaborer avec les pays limitrophes et les partenaires pour s’assurer que les autorités sanitaires sont en état d’alerte et prêtes à riposter sur le plan opérationnel.

Conseils de l’OMS

Trafic international: Sur la base des informations disponibles, l’OMS déconseille d’instaurer toute restriction aux voyages ou aux échanges commerciaux avec la République démocratique du Congo. Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué pour protéger les gens contre le virus Ebola. Par conséquent, toute exigence de certificat de vaccination anti-Ebola ne constitue pas une base raisonnable pour restreindre la circulation transfrontalière ou la délivrance de visas aux passagers quittant la République démocratique du Congo. L’Organisation continue de surveiller attentivement les mesures prises pour les voyages et le commerce en relation avec cet événement, effectuant les vérifications nécessaires le cas échéant. Pour l’instant, aucun pays n’a pris de mesures entravant sensiblement les voyages internationaux à destination ou en provenance de la République démocratique du Congo. Les voyageurs doivent demander conseil à leur médecin avant de partir et respecter les règles d’hygiène.

Pour de plus amples informations, voir :