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Maladie à virus Ebola – République démocratique du Congo : Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, 8 novembre 2018

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Tandis que la flambée épidémique de maladie à virus Ebola (MVE) entre dans son quatrième mois (en prenant la déclaration comme point de départ), et que plus de 300 cas ont été recensés à ce jour, des progrès notables ont été accomplis dans tous les aspects de la riposte. Néanmoins, il faudra encore vaincre de nombreux obstacles pour juguler la transmission intense observée dans la ville de Beni et dans de nouveaux points chauds apparus dans des villages autour de Beni et de Butembo. Des incidents liés à l’insécurité et les poches de résistance communautaire continuent d’avoir des répercussions négatives pour les civils et les intervenants de première ligne, et il faut donc continuellement adapter la riposte à l’évolution de la situation. Cette semaine, le Directeur général de l’OMS, le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et le Directeur général adjoint chargé de la préparation aux situations d’urgence et des interventions se sont rendus en République démocratique du Congo pour voir dans quelle mesure un appui supplémentaire pourrait être apporté afin de renforcer la riposte.

Au cours de la semaine écoulée (31 octobre – 6 novembre), 29 nouveaux cas confirmés de MVE ont été signalés: 15 à Beni, 7 à Butembo, 4 à Kalunguta, 2 à Mabalako, et 1 à Vuhovi. Les deux cas rapportés à Mabalako étaient une mère et son nouveau-né ; ils résidaient à Beni, où ils avaient été infectés, mais s’étaient rendus au centre de traitement d’Ebola (CTE) de Mabalako. Parmi les nouvelles infections figuraient trois agents de santé des postes de santé de Beni et de Kalunguta; 28 agents de santé ont été infectés à ce jour. Dix autres survivants sont sortis du CTE de Beni et ont réintégré leur communauté ; 88 patients se sont rétablis.

Au 6 novembre, 308 cas de MVE (273 confirmés et 35 probables), dont 189 décès (154 confirmés et 35 probables)1, avaient été notifiés dans huit zones sanitaires de la province du Nord-Kivu et trois zones sanitaires de la province de l’Ituri (Figure 1). Moins de cas ont été signalés cette semaine à Beni, mais de nouveaux cas continuent d’être décelés dans cette ville comme ailleurs et des retards dans la détection continuent de se produire ; les tendances en matière d’incidence hebdomadaire doivent donc être interprétées avec prudence (Figure 2).

Le risque de propagation de l’épidémie à d’autres provinces de la République démocratique du Congo, ainsi qu’aux pays limitrophes, reste très élevé. Au cours de la semaine écoulée, des alertes ont été données au Soudan du Sud, en Ouganda et au Yémen ; jusqu’à aujourd’hui, la MVE a été exclue à chaque fois. L’Ouganda (pays le plus proche des zones touchées par la flambée) continue d’intensifier ses activités de préparation, et les agents de santé et intervenants de première ligne ont commencé cette semaine à être vaccinés dans des établissements de santé prioritaires.

Action de santé publique

Le Ministère de la santé continue à renforcer les mesures de riposte, avec le soutien de l’OMS et de ses partenaires. Les priorités sont la coordination des interventions, la surveillance, la recherche des contacts, les capacités de laboratoire, les mesures de lutte contre l’infection, la prise en charge clinique des patients, la vaccination, la communication sur les risques et la participation des communautés, le soutien psychosocial, les enterrements dignes et sécurisés (EDS), la surveillance transfrontalière et les activités de préparation dans les provinces et les pays limitrophes.

  • Surveillance: Des résultats concrets sont observés grâce au renforcement des efforts et au travail réalisé par les équipes de terrain pour améliorer les systèmes en corrigeant les problèmes en matière de détection des cas et des contacts, d’enquêtes et d’analyse de données. Même si une part importante des nouveaux cas signalés à Beni pendant la semaine écoulée et auparavant ne figuraient pas alors sur la liste des contacts, les enquêteurs sont parvenus à élucider rétrospectivement les chaînes de transmission de la majorité d’entre eux. Parallèlement, la recherche des contacts se poursuit : près de 18 000 contacts ont été enregistrés depuis le début de la flambée, donc 5430 encore sous surveillance au 6 novembre.2 Les taux de suivi au cours de la semaine écoulée étaient compris entre 91 % et 94 % au total sur l’ensemble des zones de santé.
  • Vaccination: Au 31 octobre, 174 anneaux de vaccination avaient été définis en plus des 38 anneaux de vaccination des agents de santé et des intervenants de première ligne. À ce jour, 27 360 personnes répondant aux critères et consentantes ont été vaccinées, donc 9106 agents de santé et intervenants en première ligne et 7256 enfants.
  • Prise en charge clinique et lutte contre l’infection: Les activités de prise en charge clinique et de lutte contre l’infection se poursuivent avec le soutien de plusieurs partenaires sur le terrain. Presque tous les patients nouvellement confirmés admis dans les CTE reçoivent des traitements. Les délais de reconnaissance des cas et d’orientation vers les CTE continuent de poser problème ; les patients ont souvent visité un certain nombre d’établissements de santé avant d’être bien orienté. Certains patients meurent avant d’atteindre les CTE ou peu après leur arrivée parce qu’ils se présentent à un stade avancé de la maladie. Dans de rares cas, il peut être nécessaire d’interrompre le traitement en raison d’un très mauvais pronostic. Plusieurs activités de lutte anti-infectieuse sont en cours, comme la décontamination des établissements de santé et des foyers, de même que différentes formations. Les manquements à divers aspects des pratiques de lutte contre l’infection ont une importance notable dans la poursuite de la transmission. Plusieurs activités sont en cours sur le terrain pour résoudre ces problèmes.
  • Communication sur les risques, participation des communautés et mobilisation sociale: Les priorités sont régulièrement réexaminées à la lumière de l’évolution des problèmes et des besoins. L’accent continuera d’être mis sur la prise en mains par les communautés, mais les activités porteront aussi sur la prévention de l’infection dans les structures de soins formelles et informelles et le soutien à la surveillance communautaire. Systématiquement, les préoccupations de la population sont recueillies au moyen de visites en porte-à-porte, de groupes de discussion et d’enquêtes sur les connaissances, les attitudes et les pratiques, et des réponses leur sont apportées. Cette semaine, des réunions de sensibilisation sont organisées avec des pharmacies locales à Butembo et avec des guérisseurs traditionnels à Butsili, et des discussions de suivi de l’action de sensibilisation se tiennent avec des chefs communautaires et des groupes de femmes à Beni. Des séances de dialogue communautaire ont également eu lieu à Katwa.
  • Enterrements dignes et sécurisés (EDS): ces inhumations sont assurées par des équipes de la Croix-Rouge et de la protection civile. Au 7 novembre, 458 alertes au total ont été reçues ; des interventions efficaces ont été menées pour 389 d’entre elles (85 %). Le nombre d’alertes pour des décès dans la communauté est moins important qu’attendu, en particulier à Butembo et à Beni, suggérant une sous-notification. Une approche de réduction des risques pour la gestion des inhumations dans les zones auxquelles les équipes d’EDS n’ont pas accès, ainsi que l’utilisation d’un test de diagnostic rapide (TDR) pour les défunts, sont à l’étude. Une action de sensibilisation aux EDS doit être constamment menée à l’intention des communautés, des leaders d’opinion et des autorités (par exemple, police et forces armées), en vue de réduire les résistances.
  • Points d’entrée (PoE): Au 6 novembre, un dépistage sanitaire était en place dans 67 points d’entrée. Plus de 13,2 millions de voyageurs ont fait l’objet d’un dépistage, plus de 17 500 moyens de transport ont été décontaminés et 100 alertes ont été lancées (19 ont été validées et 1 correspond à un cas confirmé de MVE). Sur 13,8 millions de voyageurs passés par des points d’entrée, 91 % se sont lavé les mains et 83 % ont été sensibilisés à la MVE. Un atelier pour la révision des procédures opérationnelles applicables aux activités aux points d’entrée est prévu du 12 au 14 novembre.
  • Capacités de laboratoire: Les capacités nécessaires aux tests diagnostiques ont continué de croître à mesure que les cas s’étendaient à de nouvelles régions géographiques. Cinq laboratoires Ebola de terrain permettant de réaliser un dépistage de proximité ont été mis en place à Beni, Mutembo, Goma, Mangina et Tschomia, en plus du laboratoire national à Kinshasa. Les volumes testés ont augmenté au cours de la semaine écoulée ; 438 échantillons ont été testés au cours de la semaine se terminant le 28 octobre, soit 30 % de plus que la semaine précédente.
  • Préparation opérationnelle: Cette semaine, le Ministère de la santé a déployé 56 spécialistes de la préparation (43 experts du gouvernement nationaux et 13 consultants de l’OMS) dans dix provinces autour du Nord-Kivu afin de renforcer les capacités de préparation opérationnelle et les équipes d’intervention rapide en matière de lutte contre l’infection, de communication sur les risques, de surveillance, de dépistage aux points d’entrée et de coordination. Les mesures de préparation opérationnelle continuent d’être renforcées dans les neuf pays limitrophes, des efforts accrus étant déployés en Ouganda, au Soudan du Sud, au Rwanda et au Burundi. Des plans de préparation à la MVE sont en train d’être mis en œuvre en collaboration avec les partenaires. Douze experts ont été déployés au Soudan du Sud pour soutenir la préparation à Nimule, Yei et Yambio.

Partenaires

Pour aider le Ministère de la santé, l’OMS collabore intensivement avec un vaste ensemble de partenaires et parties prenantes multisectoriels et multidisciplinaires, à l’échelle régionale et à l’échelle mondiale, pour la riposte à la MVE, la recherche et la préparation urgente, y compris dans les pays limitrophes. Parmi ces partenaires figurent plusieurs organismes des Nations Unies et organisations internationales, dont la Direction générale Aide humanitaire et protection civile de la Commission européenne (ECHO), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la Public Health Rapid Support Team du Royaume-Uni, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), la Banque mondiale et les banques de développement régionales, le Programme alimentaire mondial (PAM) et les Services aériens d’aide humanitaire des Nations Unies (UNHAS), la mission des Nations Unies et le Département de la sûreté et de la sécurité de l’ONU (UNDSS), le Comité permanent interorganisations, le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies, le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), les Centers for Disease Control d’Afrique, le CDC des États-Unis d’Amérique, le Ministère du Développement international du Royaume-Uni (DFID), l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), Adeco Federación (ADECO), l’Association des femmes pour la nutrition à assisse communautaire (AFNAC), l’Alliance for International Medical Action (ALIMA), CARITAS RDC, CARE International, le Centre de promotion socio-sanitaire (CEPROSSAN), Cooperazione Internationale (COOPI), la Catholic Organization for Relief and Development Aid (CORDAID/PAP-DRC), l’International Medical Corps (IMC), le Comité international de secours (IRC), l’Organizzatione Umanitaria par l’Emergenza (INTERSOS), Medair, Médecins Sans Frontières (MSF), Oxfam International, la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo avec le soutien de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Samaritan’s Purse, Save the Children International (SCI), le Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie (GOARN), le Réseau de laboratoires travaillant sur les agents pathogènes émergents et dangereux (EDPLN), le Réseau pour l’évaluation clinique des maladies émergentes et l’action (EDCARN), des réseaux techniques et des partenaires opérationnels, et l’initiative des équipes médicales d’urgence (EMT). Les institutions partenaires du GOARN continuent de contribuer à la riposte moyennant des déploiements pour mener les activités de préparation dans les provinces non touchées et dans les pays limitrophes et à différents niveaux de l’OMS.

Évaluation du risque par l’OMS

Cette flambée épidémique de MVE touche les provinces du nord-est du pays, à la frontière de l’Ouganda, du Rwanda et du Soudan du Sud. Les facteurs de risque potentiels pour la transmission de la MVE aux niveaux national et régional sont : les liaisons de transport entre les zones touchées, le reste du pays et les pays limitrophes ; les déplacements de population à l’intérieur du pays ; et les déplacements de réfugiés congolais vers les pays limitrophes. Le pays est confronté actuellement à plusieurs autres épidémies (choléra et poliomyélite dérivée de souches vaccinales, paludisme, par exemple) et à une crise humanitaire prolongée. De plus, l’insécurité au Nord-Kivu et en Ituri entrave parfois la mise en place des activités de riposte. D’après l’évaluation de l’OMS, le risque est très élevé aux niveaux national et régional, mais il demeure faible à l’échelle mondiale. Sur la base des informations disponibles, l’OMS continue de déconseiller l’application de restrictions aux voyages et au commerce avec la République démocratique du Congo.

Comme le risque de propagation national et régional est très élevé, il est important que les provinces voisines et les pays limitrophes renforcent les activités de surveillance et de préparation. Le Comité d’urgence du RSI a jugé qu’à moins d’intensifier ces activités de préparation et de surveillance, les conditions devraient s’aggraver et la propagation se poursuivre. L’OMS continuera de collaborer avec les pays limitrophes et les partenaires pour s’assurer que les autorités sanitaires sont en état d’alerte et prêtes à riposter sur le plan opérationnel.

Conseils de l’OMS

Trafic international: Sur la base des informations disponibles, l’OMS déconseille d’instaurer toute restriction aux voyages ou aux échanges commerciaux avec la République démocratique du Congo. Il n’existe actuellement aucun vaccin homologué pour protéger les gens contre le virus Ebola. Par conséquent, toute exigence de certificat de vaccination anti-Ebola ne constitue pas une base raisonnable pour restreindre la circulation transfrontalière ou la délivrance de visas aux passagers quittant la République démocratique du Congo. L’Organisation continue de surveiller attentivement les mesures prises pour les voyages et le commerce en relation avec cet événement, effectuant les vérifications nécessaires le cas échéant. Pour l’instant, aucun pays n’a pris de mesures entravant sensiblement les voyages internationaux à destination ou en provenance de la République démocratique du Congo. Les voyageurs doivent demander conseil à leur médecin avant de partir et respecter les règles d’hygiène.