DR Congo

Maladie à virus Ebola – République démocratique du Congo : Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, 11 octobre 2018

Source
Posted
Originally published
Origin
View original

Attachments

La riposte à la flambée épidémique de maladie à virus Ebola (MVE) en République démocratique du Congo est de plus en plus compromise par les problèmes de sécurité dans les zones à risque, en particulier à Beni. Ces incidents ont de graves répercussions tant sur les civils que sur les agents de première ligne, obligeant à suspendre les activités de riposte à la MVE et augmentant le risque que le virus continue de se propager. L’OMS continue de faire la distinction entre les incidents relevant de conflits entre les forces rebelles et les forces gouvernementales, et les incidents liés aux poches de rejet des activités de riposte qui existent au sein des communautés. L’augmentation récente de l’incidence des nouveaux cas (Figure 1) est le résultat de la multitude de difficultés auxquelles sont confrontées les équipes d’intervention. Cela reflète également l’amélioration de la surveillance active et de la notification de la part de la communauté.

Depuis le dernier bulletin d’information sur les flambées épidémiques (données au 9 octobre), 29 nouveaux cas confirmés de MVE ont été signalés : 23 à Beni, 4 à Butembo, 1 à Mabalako et 1 dans les zones sanitaires de Masereka dans la province du Nord-Kivu. Quinze de ces cas confirmés ont été liés à des cas connus ou ont été rétrospectivement liés à des chaînes de transmission au sein des communautés touchées, tandis que 14 cas récemment signalés font toujours l’objet d’enquêtes.

Au 9 octobre 2018, 194 cas de MVE (159 confirmés et 35 probables), dont 122 décès (87 confirmés et 35 probables)1, avaient été notifiés dans sept zones sanitaires de la province du Nord-Kivu (Beni, Butembo, Kalunguta, Mabalako, Masereka, Musienene et Oicha), et dans trois zones sanitaires de la province d’Ituri (Mandima, Komanda et Tchomia) (Figure 1). On observe une tendance générale à la hausse de l’incidence hebdomadaire des cas (Figure 2) ; toutefois, cette augmentation du nombre de cas est vraisemblablement sous-estimée en raison des retards attendus dans la notification des cas, de la détection persistante de cas sporadiques et des préoccupations sécuritaires qui limitent la recherche des contacts et les enquêtes liées aux alertes. Sur les 194 cas confirmés et probables dont on connaît l’âge et le sexe, la majorité (64%) se situent dans une fourchette allant de 15 à 44 ans. Les femmes (55%) sont davantage touchées (Figure 3). Depuis la publication du dernier bulletin d’information sur les flambées épidémiques, une nouvelle infection a été signalée parmi les agents de santé, portant le nombre cumulé de cas à 20 (19 confirmés et 1 probable), dont 3 sont décédés.

Le Ministère de la santé, l’OMS et leurs partenaires continuent de suivre de près et d’enquêter sur toutes les alertes dans les zones touchées, dans les autres provinces de la République démocratique du Congo et dans les pays voisins. Au 9 octobre, 25 cas suspects en République démocratique du Congo étaient en attente d’un dépistage en laboratoire. Depuis le 4 octobre, des alertes ont fait l’objet d’enquêtes dans plusieurs provinces de la République démocratique du Congo, ainsi que dans les pays voisins ; à ce jour, la MVE a été exclue pour toutes ces alertes.

Action de santé publique

Le Ministère de la santé continue à renforcer les mesures de riposte, avec le soutien de l’OMS et de ses partenaires. Les priorités sont la coordination des interventions, la surveillance, la recherche des contacts, les moyens de laboratoire, les mesures de lutte contre l’infection, la prise en charge clinique des patients, la vaccination, la communication sur les risques et la participation des communautés, le soutien psychosocial, les inhumations sans risque et dans la dignité, la surveillance transfrontières et les activités de préparation dans les provinces et les pays voisins.

  • Surveillance : Plus de 8000 contacts ont été enregistrés, dont environ 2732 restent sous surveillance au 9 octobre2. La zone de santé de Beni abrite le plus grand nombre de contacts (n=1834). Elle présente les plus grands défis en matière de recherche des contacts en raison d’une combinaison de facteurs, notamment : la réticence des communautés, voire leur refus de cette pratique ; les contacts perdus de vue ; et la détérioration de la situation sécuritaire.
  • Vaccination : Au 10 octobre, 90 anneaux de vaccination ont été définis en plus des 31 anneaux d’agents de santé et d’autres intervenants en première ligne. À ce jour, 15 828 sujets éligibles ont accepté d’être vaccinés et l’ont été, dont 6327 agents de santé ou intervenants en première ligne et 3439 enfants. Des progrès en matière de préparation à la vaccination ont été accomplis dans les pays limitrophes (Ouganda, Soudan du Sud, Rwanda et Burundi). Le centre de traitement d’Ebola (CTE) géré par l’Alliance for International Medical Action (ALIMA) à Beni a renforcé sa capacité d’accueil, portée à 25 lits.
  • Des activités de lutte contre l’infection sont en cours avec le soutien de plusieurs partenaires sur le terrain. Dans la zone de santé de Butembo, des ajustements sont apportés aux installations de lutte contre l’infection de l’hôpital de Matanda, parallèlement au suivi et au contrôle du triage préalable. À l'hôpital Sainte Famille, la mise en place de ces installations serait achevée à 80%. Des formations au triage et au triage préalable ont eu lieu à l’hôpital Sainte Famille le 5 octobre, et trois autres structures auxquelles un appui au triage préalable devrait être apporté ont été recensées à Butembo.
  • La communication sur les risques, la mobilisation communautaire et la mobilisation sociale ont été intégrées aux activités de surveillance, de recherche des contacts et de vaccination, dans le cadre d’une stratégie révisée visant à répondre aux préoccupations de la communauté à l’égard de la riposte. Dans le cadre de cette approche, les jeunes (encadrés par des responsables de la société civile) sont notifiés des alertes dans la communauté, arrivent les premiers sur site afin de nouer un dialogue avec les familles, et restent auprès des membres de la famille et des équipes d’intervention pour répondre aux préoccupations ou problèmes. Cette stratégie a été mise en œuvre dans 12 quartiers de Beni et il est envisagé de l’étendre à toutes les zones de santé. Les activités de mobilisation communautaire ont également été étendues à des groupes essentiels tels que les groupes de femmes, les conducteurs de taxis, les groupes de jeunes et les étudiants. Des formations complémentaires se sont tenues pour les relais communautaires et les chefs de communauté afin d’améliorer la qualité de la collaboration et une intervention de surveillance communautaire est en cours à Beni et Tchomia, avec des séances prévues à Oicha et Butembo la semaine prochaine.
  • Des équipes de fossoyeurs de la Croix-Rouge, spécialisées dans les inhumations sans risque et dans la dignité, sont opérationnelles à Mangina, Beni, Oicha et Tchomia. Des équipes formées sont également prêtes à intervenir à Mambasa et à Goma. La récente escalade de la violence (avec notamment trois volontaires de la Croix-Rouge blessés le 2 octobre), a entraîné l’arrêt jusqu’à nouvel avis des activités des équipes de fossoyeurs de la Croix-Rouge à Butembo. Les équipes de la protection civile répondent actuellement à des alertes à Butembo. Au 10 octobre, 236 alertes au total ont été reçues ; une réponse efficace a été apportée à 190 d’entre elles. Trente-deux interventions ont été infructueuses en raison des refus de la communauté ou car les inhumations avaient déjà été menées à l’arrivée des équipes. Les craintes concernant la sécurité ont empêché de donner suite à sept alertes. Les capacités en matière d’inhumations sans risque et dans la dignité sont renforcées, en prévision d’une augmentation des alertes, et le maire de Beni a annoncé qu’un certificat de décès valable devait être établi à chaque fois. Il est envisagé d’utiliser des tests de diagnostic rapide pour la validation des décès à l’hôpital et dans la communauté.
  • Points d’entrée : Une réunion de coordination transfrontières s’est tenue du 2 au 4 octobre en Ouganda pour discuter des activités de préparation et de riposte face à la flambée actuelle de MVE, avec la présence de représentants de la République démocratique du Congo, de l’Ouganda, du Soudan du Sud, du Rwanda, de la Tanzanie et du Kenya. Au 9 octobre, un dépistage sanitaire a été mis en place dans 57 points d’entrée et plus de 7,7 millions de voyageurs ont été dépistés. L’OIM et le PNHF ont mis en place une réunion de coordination transfrontières à Tchomia. Du personnel des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis a été déployé en vue de soutenir le dépistage sanitaire à 11 points d’entrée opérationnels au Soudan du Sud.

Pour aider le Ministère de la santé, l’OMS collabore intensivement avec un vaste ensemble de partenaires et parties prenantes multisectoriels et multidisciplinaires, à l’échelle régionale et à l’échelle mondiale, pour la riposte à la MVE, la recherche et la préparation urgente, y compris dans les pays limitrophes. Parmi ces partenaires figurent plusieurs organismes des Nations Unies et organisations internationales, dont la Direction générale Aide humanitaire et protection civile de la Commission européenne (ECHO), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), le Comité permanent interorganisations, l’équipe Public Health Rapid Support Team du Royaume-Uni, l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) ; différents groupes sectoriels et des opérations de maintien de la paix, la mission des Nations Unies ; le Département de la sûreté et de la sécurité de l’ONU (UNDSS). S’y ajoutent la Banque mondiale et des banques de développement régionales, l’Union africaine, les Centers for Disease Control and Prevention d’Afrique et des agences régionales ; des partenaires du Groupe sectoriel Santé et des ONG dont ALIMA, ADECO, AFNAC, CARITAS RDC, CEPROSSAN, CARE International, COOPI, CORDAID, le CICR, la FICR, la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo, INTERSOS, IRC, MEDAIR, MSF, le PNHF, Samaritan’s Purse et SCI ; le Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie (GOARN), des comités d’orientation, des réseaux techniques et des partenaires opérationnels, et l’initiative des équipes médicales d’urgence. Les institutions partenaires du GOARN continuent de contribuer à la riposte moyennant des déploiements et des activités de préparation dans les provinces non touchées et dans les pays limitrophes et à différents niveaux de l’OMS.

Évaluation du risque par l’OMS

Cette flambée de MVE touche les provinces du nord-est de la République démocratique du Congo à la frontière de l’Ouganda, du Rwanda et du Soudan du Sud. Les facteurs de risque potentiels pour la transmission de la MVE aux niveaux national et régional comportent les liaisons de transport entre les zones touchées, le reste du pays et les pays limitrophes; les déplacements des populations à l’intérieur du pays ; et les déplacements de réfugiés congolais vers les pays voisins. Le pays est confronté actuellement à plusieurs autres épidémies (choléra et poliomyélite dérivée de souches vaccinales, par exemple) et à une crise humanitaire prolongée. De plus, l’insécurité au Nord-Kivu et en Ituri continue d’entraver la mise en place des activités de riposte. Le 28 septembre 2018, se fondant sur l’aggravation de la situation sécuritaire, l’OMS a révisé l’évaluation du risque pour la flambée épidémique, la relevant d’élevée à très élevée aux niveaux national et régional. Le risque demeure faible à l’échelle mondiale. Sur la base des éléments disponibles, l’OMS continue de déconseiller l’application de restrictions aux voyages et au commerce avec la République démocratique du Congo.

Comme le risque de propagation national et régional est très élevé, il est important que les provinces voisines et les pays limitrophes renforcent les activités de surveillance et de préparation. L’OMS continuera de collaborer avec les pays voisins et les partenaires pour s’assurer que les autorités sanitaires sont en état d’alerte et opérationnellement prêtes à riposter.

Conseils de l’OMS

Sur la base des informations disponibles, l’OMS déconseille d’instaurer toute restriction aux voyages ou aux échanges commerciaux avec la République démocratique du Congo. Elle continue de surveiller attentivement les mesures prises pour les voyages et le commerce en relation avec cet événement, effectuant les vérifications nécessaires le cas échéant. Pour l’instant, aucun pays n’a pris de mesures entravant sensiblement les voyages internationaux à destination ou en provenance de la République démocratique du Congo. Les voyageurs doivent demander conseil à leur médecin avant de partir et respecter les règles d’hygiène.

Pour de plus amples informations, voir :

1 Le nombre de cas est susceptible de changer à la suite des reclassifications en cours, des investigations rétrospectives et des résultats de laboratoire disponibles.

2 Le nombre total des contacts sous surveillance évolue rapidement avec l’enregistrement de nouveaux cas chaque jour ; ceux qui ont terminé leur suivi de 21 jours sans avoir manifesté de symptômes sont libérés de la surveillance.