Maladie à virus Ebola – République démocratique du Congo : Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, 7 septembre 2018

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from World Health Organization
Published on 07 Sep 2018 View Original

Le 1er septembre 2018 a marqué le premier mois écoulé depuis la déclaration officielle de cette flambée de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo. Des progrès importants ont été faits dans la détection des nouveaux cas et la riposte rapide, ainsi que pour la protection et la délivrance des traitements le cas échéant. Néanmoins, des risques conséquents demeurent et pourraient entraîner une nouvelle propagation de la flambée : réticence de certaines communautés pour adopter les mesures de prévention, transmission dans les établissements de santé du fait des trop faibles mesures de lutte contre l’infection et de prévention, retards dans l’arrivée des patients aux centres de traitement d’Ebola après l’apparition des symptômes et propagation potentielle du virus dans les zones d’insécurité qui seront plus difficiles d’accès.

Ces dernières semaines, on a observé une légère augmentation de l’incidence (Figure 1). Le cœur de la transmission s’est déplacé de Mangina et des alentours dans la zone de santé de Mabalako à la ville de Beni ; 15 des 22 cas confirmés ou probables à Beni et au moins trois cas confirmés dans d’autres zones de santé ont été reliés à une unique chaîne de transmission. Depuis le dernier bulletin du 31 août 2018 (données au 29 août), 13 nouveaux cas de MVE (12 cas confirmés et un cas probable) ont été notifiés, dont huit cas confirmés et un cas probable à Beni, deux à Mabalako et un dans chacune des zones de santé suivantes : Mandima, Butembo et Masereka. Alors que la situation s’est sensiblement améliorée dans les zones de santé de Mangina et Mandima, on y observe encore des cas sporadiques. Les déplacements de deux cas, ensuite confirmés, de Beni à la ville de Butembo et à un village proche dans la zone de santé de Masereka ont renforcé le risque de propagation (Figure 2). Du fait de la mobilité des populations dans les zones affectées, ces deux cas étaient attendus, ont été rapidement détectés et des mesures de riposte ont été promptement activées pour interrompre la propagation ultérieure du virus.

Au 5 septembre 2018, 129 cas de MVE (98 cas confirmés et 31 cas probables), avec 89 décès (58 cas confirmés et 31 cas probables), avaient été notifiés dans sept zones de santé du Nord-Kivu (Beni, Butembo, Kalunguta, Mabalako, Masereka, Musienene et Oicha) et une zone de santé dans la province d’Ituri (Mandima) (Figure 2). Si on a enregistré des cas dans d’autres zones, les événements récents de transmission confirmée se sont localisés dans les zones de santé de Beni, Mabalako et Mandima. Sur les 123 cas probables ou confirmés dont on connaît l’âge et le sexe, les adultes de 35 à 44 ans (24 %) et les femmes (58 %) représentent les plus fortes proportions (Figure 3). On a signalé 17 cas chez des agents de santé, dont 16 confirmés en laboratoire : 14 à Mabalako, 1 à Beni et 1 à Masereka. Toutes les expositions se sont produites dans des établissements de santé à Mandima et Beni, en dehors des centres de traitement dédiés à Ebola. Deux soignants sont décédés. En plus des cas confirmés ou probables, on attend les résultats de laboratoire de 7 cas, 5 à Mabalako, 1 à Beni et 1 à Mandima, pour confirmer ou exclure la MVE.

Les communautés locales des zones touchées ont largement accepté et soutenu la présence des équipes d’intervention et l’application des mesures de lutte contre Ebola. Des difficultés subsistent dans certaines zones. Les équipes continuent de rencontrer des cas sporadiques de réticence à accepter les activités de riposte.

On surveille également très attentivement les cas d’insécurité et les conflits à proximité immédiate des activités de riposte. Les équipes de sécurité de l’OMS et des Nations Unies veillent à l’observation stricte et au respect des politiques et procédures internes de sécurité. La politique des Nations Unies pour le recours à des escortes armées (comme dans des flambées précédentes) continue de s’appliquer avec l’utilisation d’escortes militaires dans des véhicules séparés, dans les cas où c’est indispensable, mais sans participation directe des personnels de sécurité dans les opérations de riposte.

Action de la santé publique

Avec l’appui de l’OMS et des partenaires, le Ministère de la santé continue de renforcer les mesures de riposte. Les priorités comportent la coordination de la riposte, la surveillance, la recherche des contacts, les capacités de laboratoire, la lutte contre l’infection et la prévention, la prise en charge clinique, la vaccination, la communication sur le risque, l’engagement des communautés, les inhumations dans des conditions dignes et sûres, la surveillance transfrontalière et les activités de préparation dans les provinces voisines. L’OMS et les partenaires mènent aussi des activités de préparation dans les pays limitrophes.

  • Plus de 4500 contacts ont été enregistrés jusqu’à présent, parmi lesquels plus de 2100 ont terminé les 21 jours de suivi. Au 5 septembre, 2265 contacts demeuraient sous surveillance, dont 93-97 % bénéficiant d’un suivi quotidien au cours des 7 jours précédents. Dans certaines zones, les équipes ont été confrontées à divers degrés de refus des communautés, mais aussi à l’insécurité et à des difficultés dues aux déplacements permanents des contacts.
  • Au 6 septembre, 44 anneaux de vaccination avaient été définis, en plus des 10 anneaux de soignants et d’autres agents en première ligne. Ces anneaux comportent les contacts (et leurs contacts) des 52 cas confirmés les plus récents. Jusqu’à présent, 6380 personnes ont donné leur consentement et ont été vaccinées, dont 1746 soignants ou agents en première ligne, et 1762 enfants.
  • Au 5 septembre, l’OMS avait déployé 194 experts pour appuyer les activités de riposte : logisticiens, épidémiologistes, experts des laboratoires, de la communication, des soins cliniques, spécialistes de l’engagement communautaire et coordonnateurs de l’action d’urgence. Les institutions partenaires du Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie (GOARN) continuent de contribuer à la riposte, ainsi qu’aux activités de préparation dans les provinces non affectées de la République démocratique du Congo et dans les pays limitrophes.
  • Le Coordonnateur sous-national du Groupe sectoriel pour la santé, déployé à Kananga par NORCAP, le partenaire en réserve, a été réaffecté au Nord-Kivu pour la riposte à la MVE. Les efforts se poursuivent pour pourvoir des postes par d’autres déploiements du partenaire en réserve. Les partenaires en réserve sont prêts à soutenir et à déployer des professionnels de la santé pour la préparation de la MVE et les activations de la riposte.
  • Des centres de traitement d’Ebola sont pleinement opérationnels à Beni et à Mangina avec l’appui de l’Alliance for International Medical Action (ALIMA) et de Médecins sans frontières (MSF), respectivement. À Beni, ALIMA prévoit de développer les capacités de traitement en chambres d’urgence biosécurisées (CUBE) dans les deux prochaines semaines. Un centre de traitement d’Ebola de 20 lits est en construction à Makeke (province d’Ituri) avec l’aide de l’International Medical Corps (IMC) ; il devrait être opérationnel dans la semaine du 9 septembre. Un centre de transit de MSF de 7 lits est déjà opérationnel à Makeke. Samaritan’s Purse continue de soutenir l’unité d’isolement à Bunia en assurant des formations sur l’infection, la lutte contre l’infection et l’isolement.
  • Les centres de traitement d’Ebola continuent de fournir des traitements dans le cadre du protocole d’utilisation contrôlée en situation d’urgence d’interventions non homologuées (MEURI) en collaboration avec le Ministère de la santé et l’Institut national de recherche biomédicale (INRB). L’OMS fournit sur site une assistance technique clinique et aide à la création d’un conseil de gestion de la sécurité des données. Au 6 septembre, 27 patients avaient reçu des traitements expérimentaux contre Ebola : 13 le mAb114, 9 le Remdésivir et 5 le ZMapp.
  • Une équipe de spécialistes de la lutte contre l’infection organise une formation quotidienne à l’intention des soignants et des agents en première ligne et fournit des solutions pour l’hygiène des mains et des équipements de protection individuelle. Une équipe d’experts déployée par l’OMS complète les capacités locales, travaille avec des dizaines de centres de santé pour déterminer les zones ayant besoin d’un renforcement et donne les formations et les fournitures nécessaires. Ils aident les centres de santé à mettre en place le triage des patients pour s’assurer que les cas présumés d’Ebola soient séparés et traités loin des autres patients afin de réduire les risques de transmission.
  • Le Ministère de la santé, l’OMS, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), la Croix-Rouge et les partenaires intensifient les activités pour engager les communautés locales à Beni, Butembo et Mangina. Les dirigeants locaux, les chefs religieux, les leaders d’opinion et les réseaux locaux, comme les groupes de jeunes ou les chauffeurs de mototaxis, s’engagent pour aider, par des dialogues à la radio et la communication interpersonnelle, aux services de proximité relatifs à la prévention d’Ebola et aux premiers soins. Les agents de proximité en première ligne travaillent en étroite collaboration avec les équipes d’intervention pour renforcer l’engagement communautaire et l’appui psychosocial pour la recherche des contacts, les soins des patients et les inhumations dans des conditions dignes et sûres.
  • Au 6 septembre, plus de 642 chefs religieux, tradipraticiens, magistrats, juges et enseignants avaient été informés pour soutenir l’engagement des membres des communautés à prendre les mesures de prévention contre Ebola, à aller consulter rapidement et à aider à la surveillance, aux inhumations dans des conditions dignes et sûres, et aux autres mesures de riposte.
  • Avec l’appui de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo coordonne les inhumations dans les conditions dignes et sûres. Au 6 septembre, la Croix-Rouge avait établi trois bases opérationnelles à Beni, Mangina et Butembo ; au total, neuf équipes étaient opérationnelles et la formation initiale avait été faite pour les équipes à Bunia et à Mambasa. Jusqu’à présent, 112 inhumations dans des conditions dignes et sûres ont été organisées avec succès.
  • Le dépistage sanitaire a été établi dans 45 points d’entrée. Plus de deux millions de voyageurs y ont été examinés.

Évaluation du risque par l’OMS

Cette flambée de maladie à virus Ebola touche les provinces du nord-est de la République démocratique du Congo à la frontière de l’Ouganda, du Rwanda et du Soudan du Sud. Les facteurs de risque potentiels pour la transmission de la MVE aux niveaux national et régional comportent les liaisons de transport entre les zones affectées, le reste du pays et les pays limitrophes ; les déplacements internes de populations ; et les déplacements de réfugiés congolais dans les pays voisins. Le pays est confronté actuellement à plusieurs épidémies (choléra et poliomyélite dérivée de souches vaccinales par exemple) et à une crise humanitaire prolongée. De plus, l’insécurité au Nord-Kivu et en Ituri pourrait entraver la mise en place des activités de riposte. Compte tenu de ce contexte, on considère que le risque pour la santé publique est élevé aux niveaux national et régional et faible au niveau mondial.

Comme le risque de propagation nationale et régionale demeure élevé, il est important que les provinces voisines et les pays limitrophes renforcent les activités de surveillance et de préparation. L’OMS continuera de collaborer avec les pays voisins et les partenaires pour s’assurer que les autorités sanitaires soient en état d’alerte et opérationnellement prêtes à riposter.

Conseils de l’OMS

Sur la base des informations disponibles, l’OMS déconseille d’instaurer toute restriction aux voyages ou aux échanges commerciaux avec la République démocratique du Congo. Elle continue de surveiller les mesures prises pour les voyages et le commerce en relation avec cet événement. Pour l’instant, aucun pays n’a pris de mesures de restrictions aux voyages à destination ou en provenance de la République démocratique du Congo. Les voyageurs doivent demander conseil à leur médecin avant de partir et respecter les règles d’hygiène.

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