Maladie à virus Ebola – Préparation opérationnelle dans 9 pays limitrophes de la République démocratique du Congo - Bulletin d’information sur les flambées épidémiques, 11 juin 2018

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Published on 11 Jun 2018 View Original

Suite à la notification d’une flambée de maladie à virus Ebola dans la province de l’Équateur, en République démocratique du Congo, le 5 mai 2018, l’OMS a réalisé une évaluation formelle rapide des risques qui a démontré que le risque pour la santé publique est élevé au niveau régional.

Sur la base de cette appréciation, le Bureau régional OMS de l’Afrique a recensé 9 pays limitrophes de la République démocratique du Congo où mener des activités de renforcement de l’état de préparation et de la capacité de réaction: l’Angola, le Burundi, l’Ouganda, la République centrafricaine, la République du Congo, le Rwanda, le Soudan du Sud, la Tanzanie et la Zambie.

Au cours du mois écoulé, l’OMS a affecté dans 8 de ces pays des experts appartenant à des «équipes d’aide à la préparation». Le but de ces missions était d’évaluer la capacité de réaction de ces pays au moyen de la liste de contrôle standardisée de l’OMS et de fournir un appui technique aux pays afin qu’ils élaborent et lancent des plans d’urgence nationaux en collaboration avec les partenaires.

Risque dans les 9 pays limitrophes

Le risque est élevé de voir la flambée de maladie à virus Ebola (MVE) en cours en République démocratique du Congo se propager aux pays limitrophes, ce qui tient: à la proximité géographique; aux mouvements massifs de population et de biens entre les frontières et le long du fleuve Congo; à l’insuffisance des capacités nationales de prévention, de détection et de riposte aux cas de MVE; et à d’autres facteurs pouvant favoriser la transmission. Les 9 pays limitrophes ont été classés selon 3 niveaux de priorité, eux-mêmes définis en fonction de leur capacité à gérer les flambées de MVE et de fièvre hémorragique virale et de leur proximité avec les zones touchées (Figure 1), comme suit:

  • Priorité 1 (niveau le plus élevé): République centrafricaine et République du Congo, en raison de leur proximité avec l’événement actuel. Ces 2 pays ont des frontières communes avec l’épicentre de la flambée dans la province de l’Équateur, et des mouvements de population continus sont observés à travers des frontières poreuses et par les fleuves Congo et Oubangui.

  • Priorité 2: Angola, Burundi, Rwanda, Soudan du Sud, Tanzanie et Zambie, des pays qui, bien que limitrophes de la République démocratique du Congo, n’ont pas de liens directs avec la province de l’Équateur.

  • Priorité 3: l’Ouganda, car même si ce pays est limitrophe de la République démocratique du Congo, il a régulièrement démontré sa capacité à réagir face aux récentes flambées de fièvre hémorragique virale.

Plan régional stratégique OMS de préparation opérationnelle à la MVE dans les pays limitrophes de la République démocratique du Congo

L’OMS, en collaboration avec les pays, a mis au point un Plan régional stratégique de préparation opérationnelle à la MVE dans les pays limitrophes de la République démocratique du Congo, couvrant une période de neuf mois (juin 2018-février 2019). Ce Plan stratégique vise à harmoniser les actions engagées pour renforcer la préparation et la capacité de réaction opérationnelles dans ces neufs pays, en concentrant les efforts dans huit domaines techniques: renforcement de la coordination multisectorielle; surveillance pour une détection rapide; capacités de diagnostic des laboratoires; points d’entrée du territoire; équipes d’intervention rapide; communication sur les risques, mobilisation sociale et collaboration avec les communautés; capacités de prise en charge des cas et de lutte anti-infectieuse; et soutien opérationnel et aspects logistiques.

Plan régional stratégique OMS de préparation dans les pays limitrophes de la RDC - en anglais

Il s’agit de faire en sorte que les pays limitrophes de la République démocratique du Congo soient prêts à mettre en œuvre des mesures efficaces d’atténuation des risques, de détection et de riposte en cas d’importation de cas de MVE.

Au 7 juin 2018, 8 pays (Angola, Burundi, Ouganda, République centrafricaine, République du Congo, Rwanda, Soudan du Sud et Tanzanie) ont achevé des plans d’urgence; l’un de ces plans est intégralement financé par un partenaire. Sous la direction des ministères de la santé, des activités de préparation sont déjà mises en œuvre dans les neuf pays, avec un appui technique et financier venant des budgets nationaux, de l’OMS et des partenaires.

Conseils de l’OMS

Le 18 mai 2018, le Directeur général de l’OMS a convoqué un Comité d’urgence en vertu du Règlement sanitaire international (RSI) (2005) pour la flambée de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo.1 Le Comité a estimé que les conditions n’étaient alors pas réunies pour décréter une urgence de santé publique de portée internationale. Le Comité déconseille d’appliquer des restrictions aux voyages ou au commerce à l’égard de la République démocratique du Congo.

Le Comité a également conclu que les pays voisins devraient d’urgence renforcer leur niveau de préparation et de surveillance afin d’atténuer le risque de propagation internationale.

Mesures prioritaires pour renforcer la préparation dans les pays limitrophes

Les ministères de la santé, l’OMS et les partenaires mettent d’ores et déjà en œuvre des activités de préparation à la MVE dans les pays ciblés. Les missions des équipes d’aide à la préparation ont mis en évidence les principaux défis et les grandes priorités, et leurs conclusions ont guidé l’élaboration des plans d’urgence nationaux contre la MVE.

L’OMS continuera de travailler en étroite collaboration avec les Ministères de la santé, d’autres secteurs et ses partenaires afin de combler les lacunes et de mettre en œuvre les plans d’urgence. Les principaux axes d’intervention sont les suivants:

Coordination

  • Mettre au point un plan d’urgence contre la MVE assorti d’un cadre de suivi, en fournissant au besoin des formations pour sa mise en œuvre.

  • Créer un mécanisme de coordination d’urgence au niveau national et le long des frontières.

  • Créer des centres nationaux d’opérations d’urgence chargés de la coordination de ces interventions, et tester les principales capacités à mettre en œuvre le plan d’urgence contre la MVE au moyen d’exercices de simulation.

Surveillance

  • Intensifier les activités de surveillance et d’alerte rapide dans les régions à haut risque en renforçant les systèmes de surveillance intégrée des maladies et de riposte.

  • Prodiguer aux agents de santé et aux agents de santé communautaires des formations ciblées sur la détection de la MVE

Équipes d’intervention rapide

  • Créer au moins une équipe d’intervention rapide intégralement équipée et spécialement formée à la riposte à la MVE, et la prépositionner dans la capitale ou près d’une région à haut risque.

Points d’entrée du territoire

  • Cartographier les points d’entrée à haut risque et y affecter des agents de santé qualifiés chargés d’effectuer un dépistage sans risque chez les voyageurs à l’arrivée, de recueillir des informations utiles à la recherche des contacts, et de relayer des messages appropriés sur la réduction du risque d’infection et l’orientation des personnes présentant des symptômes évocateurs de la MVE.

  • Identifier les besoins en matière de promotion de la santé aux points d’entrée sans postes-frontières officiels.

Laboratoires

  • Renforcer les capacités nationales pour la recherche de la MVE en laboratoire. Chaque établissement doit être doté d’un personnel de laboratoire qualifié et de fournitures.

Prise en charge des cas

  • Doter les hôpitaux régionaux des zones à haut risque de moyens de triage et d’isolement. Les unités de triage et les structures d’isolement seront équipées du matériel essentiel et le personnel sera formé.

  • Trouver des moyens de transport adaptés pour les cas présumés ou confirmés de MVE et veiller à la sécurité de toutes les personnes participant à l’orientation des patients.

Communication sur les risques

  • Activer au niveau national les mécanismes de coordination de la communication sur les risques, de la mobilisation sociale et de la collaboration avec les communautés.

  • Mettre au point un plan national pour la communication sur les risques, la mobilisation sociale et la collaboration avec les communautés ; recenser les principaux partenaires et parties prenantes et les principales capacités requises.

Logistique

  • Élaborer et adopter un plan logistique pour le soutien opérationnel, conjointement avec le Ministère de la santé et les partenaires et secteurs concernés.

  • Maintenir un stock suffisant de médicaments et de fournitures médicales essentiels, y compris des équipements de protection individuelle (EPI) et des housses mortuaires.

Coordination des partenaires pour la préparation des pays limitrophes

  • L’OMS possède dans le domaine de la santé un réseau de partenaires qui aident les pays à mettre en œuvre les activités de renforcement des capacités de préparation et de réaction. L’OMS travaille en étroite collaboration avec les CDC, l’OIM, l’UNICEF et MSF en vue de les renforcer dans les pays limitrophes.

  • L’OMS a également facilité le déploiement d’experts du GOARN spécialisés dans le travail de laboratoire, la surveillance, la lutte anti-infectieuse et la communication sur les risques.

  • L’OMS a aussi déployé des équipes médicales d’urgence pour mener des activités de formation et de préparation à la prise en charge des cas dans les pays de priorité 1.

Déclaration sur la première réunion du Comité d’urgence du RSI concernant la flambée de maladie à virus Ebola en 2018

1 «Urgence de santé publique de portée internationale» s’entend d’un événement extraordinaire dont il est déterminé, comme prévu dans le présent Règlement, i) qu’il constitue un risque pour la santé publique dans d’autres États en raison du risque de propagation internationale de maladies; et ii) qu’il peut requérir une action internationale coordonnée. Règlement sanitaire international (2005)