Introduction
Depuis 2022, l’ouest de la République démocratique du Congo (RDC) est en proie à un conflit marqué par des atrocités et des conséquences humanitaires de grande échelle – avec plus de 5 000 morts1 et 280 000 personnes encore déplacées.2 En apparence, un différend foncier dans le territoire de Kwamouth (Maï-Ndombe), entre les gestionnaires traditionnels de la terre issus de la communauté Teke et des fermiers majoritairement Yaka, a été le déclencheur de cette crise sécuritaire et humanitaire.
L’épicentre de la crise est une milice élusive connue sous le nom de « Mobondo », une appellation née au cours du conflit. Dans la perception populaire, la milice est souvent associée à la communauté Yaka et à ses supposées convoitises hégémoniques sur les terres dont la communauté Teke détient des droits ancestraux. RDC.3
Combinant violence, croyances traditionnelles, revendications de justice sociale et promesses de changement, la crise des Mobondo s’inscrit dans une histoire riche mais tragique de révoltes violentes en Toutefois, derrière le prédicat « Mobondo » se cache un phénomène pluriforme. Bien que le nom « Mobondo » suggère une menace homogène, la réalité est différente. Comme lors des précédentes rébellions paysannes, les conflits locaux et les revendications spécifiques influencent fortement le phénomène Mobondo. Ainsi, les éléments Mobondo du territoire de Kwamouth (Maï-Ndombe) et de la commune rurale de Maluku (Kinshasa) présentent des problématiques et des objectifs très différents de ceux de la province du Kwango.
La crise s’est largement étendue géographiquement. Tandis que la milice a initialement émergé dans le territoire de Kwamouth (Maï-Ndombe), elle est aujourd’hui diffuse dans cinq provinces : MaïNdombe, Kwango, Kwilu, la commune de Maluku à Kinshasa, avec quelques incursions dans le Kongo Central. Couvrant une grande partie de la région jadis dénommée le « Grand Bandundu », la milice se trouve aux abords de la capitale Kinshasa.
Alors que l’attention internationale s’est focalisée sur les violents conflits à l’est de la RDC, la crise à l’ouest s’est également aggravée. Le nombre de personnes déplacées à l’ouest a encore augmenté en 2025, pour atteindre 280 000 personnes.4 L’agriculture est aujourd’hui paralysée, avec des terres arables devenues inaccessibles en raison de l’insécurité, des cultures qui ont été détruites, et des prix de denrées alimentaires qui ont été multipliés par quatre. La région constituant le grenier à blé de Kinshasa, la crise a des répercussions notables sur les prix des denrées de base jusqu’à la capitale.5 L’ONG Action contre la Faim note une hausse des cas de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans. Dans le même temps, suite au conflit, seuls 40% des centres de santé sont fonctionnels.6 L’éducation est également affectée par la crise. Plusieurs écoles ont disparu, et près d’un tiers des enfants sont déscolarisés.7 De plus, les voisins paisibles d’hier ont commencé à se méfier les uns des autres, et les tensions ethniques se sont accentuées.
Ce rapport vise, d’une part, à étudier les causes de la crise sécuritaire et humanitaire à l’ouest de la RDC, et particulièrement à proximité de Kinshasa, la capitale congolaise. La recherche propose d’apporter un éclairage sur les tensions intercommunautaires en les inscrivant dans leur contexte historique, administratif et socio-économique local. D’autre part, ce rapport souhaite également contribuer à une meilleure compréhension du phénomène pluriforme « Mobondo » par le biais d’une cartographie de la crise. Cette démarche a pour but de nourrir l’élaboration de stratégies de résolution des conflits éclairées. À cette fin, l’étude prend également en considération les recommandations qui ont été formulées lors des entretiens et des réunions d’échanges sur les conclusions des enquêtes, organisés à Kwamouth et Maluku en septembre 2025.
Le présent rapport se focalise sur le territoire de Kwamouth (Maï-Ndombe) et la commune rurale de Maluku (Kinshasa). Il se fonde sur une base de données d’incidents, collectés par les points focaux de la CDJP depuis le début de la crise, ainsi que des enquêtes dans la zone affectée par le conflit, complétées par une revue de la littérature. Nous avons ainsi analysé 328 incidents recueillis entre juin 2022 et juin 2025. Entre janvier et septembre 2025, 185 entretiens semi-structurés et 25 groupes de discussion ont été réalisés auprès d’un large éventail d’interlocuteurs, comprenant des populations affectées, des anciens combattants Mobondo, des représentants des autorités locales, des organisations de la société civile et des acteurs économiques.
Cette étude constitue un premier effort de recherche et met en exergue la nécessité de poursuivre les investigations dans les autres zones affectées par la crise – notamment les territoires de Popokabaka et de Kenge dans la province du Kwango – afin de compléter le panorama régional et d’approfondir la compréhension des dynamiques à l’œuvre dans l’ouest de la RDC.
Le rapport est composé de quatre chapitres. Le premier donne un bref aperçu de la crise : de sa genèse et de son extension géographique. Le second chapitre analyse en détail le phénomène Mobondo et notamment sa structure, ses motivations, ainsi que son aura mystique. Le troisième chapitre se penche ensuite sur les causes profondes du conflit, ainsi que sur les raisons pour lesquelles la crise s’est rapidement étendue aux provinces voisines. Enfin, les conclusions f inales donnent l’analyse succincte des implications du conflit ainsi que des recommandations concrètes destinées aux acteurs concernés.