Le calendrier électoral est respecté en RDC, même si des préoccupations demeurent, affirment le Chef de la MONUSCO et l’Envoyé spécial

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Published on 11 Oct 2018 View Original

CS/13534
11 OCTOBRE 2018

À deux mois et demi des élections présidentielle, législatives et provinciales, « le processus électoral évolue conformément au calendrier », a, ce matin, devant le Conseil de sécurité, indiqué la Représentante spéciale du Secrétaire général et Chef de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), Mme Leila Zerrougui, par visioconférence depuis Kinshasa.

Également par visioconférence depuis Addis-Abeba, en Éthiopie, l’Envoyé spécial pour le suivi de la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en République démocratique du Congo et dans la région, M. Saïd Djinnit, a fait part du même constat, relevant dans son rapport que « des progrès réguliers ont été accomplis dans la mise en œuvre du calendrier électoral », avec la publication de la liste définitive des 21 candidats à l’élection présidentielle, 15 355 aux législatives nationales et 19 640 aux élections provinciales.

En dépit de l’invalidation des candidatures de figures majeures de l’opposition politique, ces derniers ont adopté une « posture constructive », s’est réjouie Mme Zerrougui.

Cependant et comme le dit encore l’Envoyé spécial dans son rapport, cela « n’a pas empêché que des tensions persistent au sujet de l’application de l’Accord politique du 31 décembre 2016 et des modalités d’organisation des élections prévues pour le 23 décembre 2018 », alimentées notamment par la méfiance exprimée par l’opposition, s’agissant des machines à voter et du fichier électoral.

La situation sécuritaire et humanitaire, notamment dans l’est du pays continue également de poser problème, avec l’activité des groupes armés et l’épidémie d’Ebola dans le Nord-Kivu qui a, à ce jour, fait 120 morts. Par ailleurs, les restrictions imposées par le Gouvernement congolais sur les importations d’armes et de munitions à la MONUSCO placent ses équipes dans une situation où elles ne peuvent pas assurer la sécurité et la protection des civils, a prévenu la Chef de la Mission onusienne.

Le représentant de la RDC a confirmé que « le processus électoral est très fort avancé » et indiqué que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avait procédé à la vérification du fichier électoral et a conclu qu’il était « entièrement inclusif, exhaustif, fiable et actualisé ».

En réaction à ces déclarations, les membres du Conseil de sécurité ont attiré l’attention du Gouvernement congolais sur l’importance de respecter le calendrier électoral tel que prévu, pour que le « plus grand événement politique pour le peuple congolais » se tienne sans « remous ». « La meilleure garantie du bon déroulement du scrutin est la pleine mise en œuvre de l’Accord de la Saint-Sylvestre », ainsi que toutes les mesures de décrispation qu’il contient, a résumé la Guinée équatoriale, reprenant la position de nombre de délégations.

En effet, « le manque de confiance est préjudiciable », a prévenu le représentant de la France, rejoint par son homologue des Pays-Bas pour qui « les difficultés qui restent dans ce processus sont la confiance et les divisions politiques profondes ».

Dans ce contexte, la responsabilité revient donc au Gouvernement avec les acteurs politiques de sortir de la crise et de favoriser un dialogue inclusif, d’autant que cette situation n’est pas propice à une tenue d’élections démocratiques, a estimé le Pérou, jugeant même souhaitable qu’un accord soit trouvé sur la question des machines à voter et que la population soit formée à l’utilisation de ces machines.

Il doit également accepter le déploiement d’observateurs internationaux sur le terrain, afin de garantir que ces élections seront libres, crédibles, inclusives et transparentes, a insisté le représentant des États-Unis, engageant aussi le Gouvernement à libérer les derniers prisonniers politiques en signe de décrispation.

Quant à la situation sécuritaire et humanitaire, même si elle n’a pas de conséquence sur le processus électoral, il a été dit qu’elle demeurait un défi à la paix, à la stabilité et au développement de la RDC. Pour ces raisons, le Gouvernement a une responsabilité spéciale dans la réponse aux violences et abus perpétrés par les groupes armés dont 58% seraient attribuables aux forces gouvernementales. Il pourrait par exemple instaurer une trêve, y compris pour éviter que la détérioration de la sécurité favorise la propagation d’Ebola dans le pays, a plaidé la délégation suédoise.

L’Éthiopie a déclaré que dans le but d’aider la RDC à faire face à la propagation d’Ebola, sa délégation ferait circuler un projet de résolution aux autres membres du Conseil.

Par ailleurs, quelques délégations, comme Mme Zerrougui ont salué l’attribution du prix Nobel au docteur Denis Mukwege, saluant son engagement en faveur de la santé et de la dignité des femmes dans l’est de la RDC.

LA SITUATION CONCERNANT LA RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO (S/2018/882 et S/2018/886)

Déclarations

Mme LEILA ZERROUGUI, Représentante spéciale du Secrétaire général et Chef de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), a déclaré qu’à deux mois et demi de la tenue des élections présidentielles, législatives et provinciales en RDC, le processus électoral évolue conformément au calendrier électoral. La loi électorale a été modifiée, le fichier électoral établi soumis à un audit, tandis que 21 candidats ont été validés pour concourir à la présidence de la République; 15 505 candidats à l’Assemblée nationale et 19 640 aux assemblées provinciales. Il est toutefois regrettable, a-t-elle poursuivi, que bien que 50% des électeurs soient des femmes, elles ne sont que 12% des candidats aux élections législatives et provinciales et une seule à la présidentielle.

Mme Zerrougui a également salué « la posture constructive » des acteurs politiques de tous les bords qui ont de manière très constante démontré leur engagement continu dans le processus électoral, y compris en acceptant les décisions de la Cour constitutionnelle ayant abouti à l’invalidation de candidats de l’opposition politique. Mais des questions demeurent, notamment la méfiance, à maintes fois exprimée par l’opposition, s’agissant des machines à voter et du fichier électoral. « Il est donc essentiel que les protagonistes congolais parviennent à un consensus sur ces questions afin de ne pas compromettre l’acceptation des résultats des scrutins », a-t-elle dit, indiquant qu’elle poursuivrait ses bons offices à cette fin.

La Représentante spéciale a également déclaré que dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre 2016, également connu sous le nom d’Accord de la Saint-Sylvestre, une réunion publique a pu être organisée à Kinshasa le 29 septembre dernier par les partis de l’opposition, sans encombre ni incident majeur. Une autre est prévue le 13 octobre prochain à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga. « Il s’agit là de signes encourageants », s’est-elle félicitée, assurant qu’elle allait, sur cette question aussi, continuer sa mission de bons offices afin de contribuer à créer un environnement propice à une campagne électorale apaisée et à l’échange d’opinions.

Concernant la situation sécuritaire, Mme Zerrougui a déclaré qu’elle restait complexe, à cause des groupes armés qui continuent leurs activités dans l’est du pays, posant des défis majeurs à la protection des civils. Récemment, dans le territoire Masisi, dans le Nord-Kivu, au moins 14 personnes, dont des femmes et des enfants ont été tués par les combattants Nyatura. La MONUSCO a immédiatement déployé une unité, appuyée par des composantes civiles, afin de prévenir toute détérioration de la situation. Mais les plus grandes préoccupations viennent de Beni, également, dans la province du Nord-Kivu, où les Forces démocratiques alliées (ADF) continuent leurs attaques quotidiennes contre les civils, a-t-elle dit, ajoutant que la MONUSCO et l’armée régulière ont renforcé leur présence à Beni pour prévenir toute détérioration de la situation.

Mais en dépit de cette présence et de celles d’autres partenaires, la situation à Beni reste préoccupante. La situation sanitaire y est en effet marquée par une épidémie d’Ebola, qui a fait à ce jour 120 morts et 194 cas confirmés de la maladie. Mais les ripostes à cette maladie, bien qu’exemplaires sont elles aussi confrontées à des défis, notamment la méfiance des populations envers la MONUSCO et les attaques contre les convois de travailleurs humanitaires.

Mme Zerrougui a par ailleurs déclaré que dans de nombreuses zones, les personnels onusiens prennent des risques considérables pour accomplir leur mandat. Mais on constate qu’ils ne sont pas toujours préparés comme il le faudrait, y compris pour protéger les travailleurs humanitaires. Depuis quelques semaines, la MONUSCO est soumise à des restrictions sur les importations d’armes et de munitions et d’autres équipements militaires pour de nombreux contingents, y compris les bataillons rapidement déployables sur le terrain. Malgré les discussions entamées avec le Gouvernement congolais sur cette question, aucun résultat tangible n’a été atteint, a-t-elle dit, affirmant que cette situation place ses équipes dans une situation où elles ne peuvent pas assurer la sécurité et la protection des civils.

Enfin, Mme Zerrougui a salué le prix Nobel de la paix congolais qui a été décerné au docteur Denis Mukwege en faveur de la santé et de la dignité des femmes dans l’est de la RDC.

M. SAID DJINNIT, Envoyé spécial pour le suivi de la mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo (RDC) et la région des Grands Lacs en Afrique, a présenté son rapport sur la période allant du 1er mars au 31 août, quelques jours, a-t-il précisé, après la neuvième réunion de haut niveau du Mécanisme régional de suivi de l’Accord-cadre, le 8 octobre dernier à Kampala. S’agissant de la neutralisation des forces négatives, il a reconnu la présence persistante à l’est de la RDC, des Forces démocratiques alliées (ADF), des Forces démocratiques de la libération du Rwanda (FDLR), des ex-M23 et de certains éléments burundais qui s’ajoutent aux groupes armés locaux. Les allégations sur des ingérences transfrontières continuent d’être avancées les activités des forces négatives alimentant la méfiance entre les pays de la région et contribuant à la menace à la paix et à la stabilité régionales.

Conscient de la nécessité de renforcer la brigade d’intervention, le Département des opérations de maintien de la paix et la MONUSCO mettent en œuvre les recommandations qu’a faites au mois d’avril dernier, la Mission d’évaluation ONU-SADC. À ce jour, 41 combattants désarmés ont été rapatriés dans leur pays d’origine, y compris 5 anciens FLDR et 14 ex-M23. Les résultats sont modestes mais ce qui est important, c’est que le Mécanisme de suivi a créé une dynamique de coopération positive entre les pays concernés, s’est réjoui l’Envoyé spécial, devant la démonstration que la bonne volonté et la coopération des parties peuvent conduire à des résultats sur le terrain.

Passant justement aux efforts visant à renforcer les liens d’amitié et de coopération entre les pays de la région, l’Envoyé spécial a indiqué que malgré l’absence de certains chefs d’État, la neuvième réunion de haut niveau du Mécanisme régional de suivi a reconnu, avec une profonde préoccupation, que les implications locales et régionales des forces négatives sont la principale source de méfiance entre les pays de la région. La réunion a souligné la nécessité d’une nouvelle approche pour renforcer la coopération régionale contre la menace posée par les forces négatives. Il a demandé au Président de l’Ouganda et au Président du Mécanisme de transmettre au Président de la RDC les résultats des discussions et de consulter les Présidents de l’Union africaine, de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et de l’Organe de la Communauté de développement des pays d’Afrique australe (SADC) sur la coopération dans les domaines de la politique, de la défense et de la sécurité sur les mesures à prendre. Le Mécanisme a aussi demandé à son ancien Président et au Président de la République démocratique du Congo d’envisager des mesures pour renforcer les liens d’amitié et de coopération entre les pays de la région.

Concernant l’appui à des processus politiques et électoraux pacifiques et crédible dans la région, l’Envoyé spécial a indiqué qu’en RDC, ses efforts ont consisté à mobiliser l’appui régional et international à la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre 2016. Il a aussi souligné l’importance qu’il y a à traiter des divergences persistantes entre le Gouvernement et l’opposition au Burundi. À la vielle du cinquième cycle du dialogue interburundais, il est important, a-t-il dit, que la région continue d’aider le Gouvernement et le peuple burundais à organiser des élections inclusives, crédibles et pacifiques, dans le plein respect de l’Accord d’Arusha.

L’Envoyé spécial a conclu sur les efforts déployés pour assurer une plus grande participation des femmes, des jeunes et de la société civile aux processus politiques et de paix dans la région des Grands Lacs. Il a réservé ses tout derniers mots visant à traiter des causes sous-jacentes des conflits dans la région. Mon bureau, a-t-il affirmé, s’est concentré sur la lutte contre l’impunité et le phénomène persistant des déplacements de populations, tout en appuyant les initiatives contre l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles.

Il reste beaucoup à faire, malgré les progrès, a reconnu M. Djinnit. Un développement économique soutenu dépendra des progrès de la sécurité dans des régions importantes de la RDC et des pays voisins et de l’amélioration de la collaboration entre les pays concernés pour maximiser les ressources régionales au profit des peuples de la région. Ceci, a-t-il prévenu, n’arrivera pas tant que les groupes armés opéreront librement et que les ressources seront pillées dans un climat d’impunité où des millions de gens doivent fuir. Une plus grande volonté politique est nécessaire pour traiter des dernières causes et conséquences de l’instabilité dans la région.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a estimé que l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région des Grands Lacs reste un instrument essentiel pour renforcer la confiance entre pays de la région. Cet accord inclusif permet de combiner dans un même objectif les efforts d’un grand nombre d’acteurs. Or, cet Accord, qui devrait fonctionner comme un « catalyseur d’action », ne fonctionne pas à un niveau « optimisé » actuellement, a estimé le représentant, en expliquant que cela tenait à plusieurs raisons.

La région reste confrontée à des défis non résolus: schémas électoraux fragiles, déplacements massifs de population provoqués par des groupes armés non contrôlés, processus électoraux inachevés, lenteur de la justice.

En outre, de nouvelles menaces sont apparues, a souligné M. Delattre: épidémies d’Ebola, radicalisation de la jeunesse, dommages environnementaux liés à l’exploitation illégale des ressources naturelles. Or, les moyens appropriés pour répondre collectivement à ces défis ne sont pas en place, a-t-il déploré, en faisant état du manque de capacités juridiques et techniques régionales appropriées dans les domaines de la police et de la coopération judiciaire en matière de lutte contre la traite et l’impunité.

Enfin, a ajouté le délégué, le manque de confiance est préjudiciable. Qualifiant d’« opportunité historique » pour la région les élections congolaises, il a espéré que les pays voisins pourraient se réunir avec la RDC autour d’une feuille de route rénovée qui puisse faire émerger de nouveaux modes d’interaction entre les voisins et relever une fois pour toutes les défis restants.

Sur le plan sécuritaire, M. KANAT TUMYSH (Kazakhstan) a déploré le regain des violences intercommunales et des activités des groupes armés, qui exacerbent, selon lui, la situation humanitaire déjà désastreuse dans le pays et forcent des Congolais innocents à se déplacer en masse. Le représentant a condamné les attaques contre la population civile, les soldats de la paix de la MONUSCO et les travailleurs humanitaires perpétrées par des groupes armés locaux et étrangers, qu’il a appelés à rendre les armes. Le représentant a également appelé les États Membres à appuyer la RDC dans son combat contre le « fléau terroriste ».

Sur le plan politique, le représentant a salué le Gouvernement de la RDC pour ses efforts de préparation des élections dans le respect du calendrier fixé. Il a rappelé à l’ensemble des parties l’importance de mettre en œuvre l’Accord de la Saint-Sylvestre, conclu le 31 décembre 2016, et a appelé les autorités congolaises à prendre toutes les mesures nécessaires pour la conduite d’élections « transparentes et crédibles ».

De la même manière, il a invité toutes les composantes politiques à jeter les bases d’un débat « ouvert et constructif ». Dans la mesure où le Gouvernement s’est engagé à financer l’intégralité du processus électoral, le représentant l’a encouragé à coopérer étroitement avec la Commission électorale nationale indépendante, en vue d’allouer à cette dernière les ressources nécessaires.

Outre le scrutin, le représentant a souligné l’importance de procéder à des réformes dans le domaine de la sécurité, de la décentralisation, de la consolidation de l’état de droit et du développement socioéconomique du pays. « Il n’y a pas de développement sans sécurité, mais il n’y a également pas de sécurité sans développement », a-t-il affirmé.

Sur le plan humanitaire, le représentant a constaté avec regret que la situation des nombreuses personnes déplacés et des réfugiés s’était aggravée, non seulement du fait du manque de ressources allouées au plan d’action humanitaire pour le pays, mais également en raison de l’épidémie du virus Ebola, qui a fait plus de 100 morts à ce jour. La lutte contre cette épidémie, a-t-il regretté, est malheureusement rendue difficile par la dégradation de la situation sécuritaire.

M. JONATHAN R. COHEN (États-Unis) a déclaré que voici deux ans que le peuple congolais attend la tenue des élections. Or, alors qu’elle a eu deux ans pour les préparer, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) montre des signes d’impréparation. « Aucun retard supplémentaire ne sera acceptable. Les États-Unis veulent bien croire que les élections se tiendront le 23 décembre, mais ce n’est pas nous qu’il faut convaincre, mais bien le peuple congolais », a poursuivi le représentant, appelant le Gouvernement à montrer des signes engageants comme la libération des derniers prisonniers politiques.

Il faut par ailleurs que les élections soient libres, crédibles, inclusives et transparentes. Il faut donc que le Gouvernement accepte le déploiement d’observateurs internationaux sur le terrain, a dit le représentant, ajoutant vouloir travailler avec ses partenaires de l’Union africaine pour le déploiement de tels observateurs.

M. Cohen a également déclaré que son pays partage l’objectif du Président Joseph Kabila qui, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, a demandé la fin du mandat de la MONUSCO. « Nous serons les premiers à nous féliciter du départ de la MONUSCO, mais pour l’instant cela n’est pas envisageable », a-t-il dit, invitant par ailleurs le Gouvernement congolais à faire la lumière sur le meurtre des deux experts de l’ONU, Zaida Catálan et Michael Sharp. « Il est inacceptable que des innocents paient pour un crime qu’ils n’ont pas commis », a-t-il conclu.

M. OLOF SKOOG (Suède) a déclaré qu’à moins de trois mois des élections présidentielle et législatives en RDC, des efforts sont nécessaires de part et d’autre, mais au premier chef de la part du Gouvernement, pour mettre en œuvre les différents volets de l’Accord de la Saint-Sylvestre, en particulier les mesures de renforcement de la confiance, et l’élargissement de l’espace politique. Après avoir souligné l’importance de la participation « pleine et égale » des femmes au processus électoral, le représentant a déclaré que la Commission électorale nationale indépendante avait un rôle important à jouer pour le bon déroulement des scrutins, qu’il s’agisse de l’inscription sur les listes électorales ou du bon fonctionnement des machines à voter.

M. Skoog a par ailleurs condamné les violations des droits de l’homme perpétrées par les groupes armés en RDC, se disant tout particulièrement préoccupé de l’escalade des violences et des attaques à Beni et à proximité, dans les Kasaï, et plus récemment dans la ville minière de Rubaya. Pour sa délégation, le Gouvernement a une responsabilité spéciale dans la réponse à ces violences et à ces abus, dont les violences sexuelles et sexistes, un certain nombre ayant été attribuées à des forces gouvernementales congolaises.

La délégation a aussi plaidé pour l’instauration d’une trêve, dans la mesure où la détérioration de la sécurité favorise la propagation d’Ebola dans le pays, tout en lançant un appel à la générosité des bailleurs de fonds pour financer les opérations humanitaires.

Évoquant le procès et l’enquête sur les meurtres des experts de l’ONU Zaida Catalán et Michael Sharp, la Suède a souligné la nécessité pour Kinshasa de coopérer pleinement avec le Mécanisme de suivi initié par le Secrétaire général.

Elle s’est en conclusion félicitée de l’attribution du prix Nobel de la paix 2018 au docteur Denis Mukwege et à l’hôpital de Panzi.

M. KAREL JAN GUSTAAF VAN OOSTEROM (Pays-Bas) a déclaré que plusieurs étapes importantes ont été franchies en RDC en vue d’assurer la tenue des élections le 23 décembre, notamment la formation des observateurs nationaux et à la mise à disposition par les autorités du matériel logistique nécessaire. « La difficulté qui reste peut se résumer en un mot: la confiance. Les divisions politiques sont profondes », a-t-il observé.

La délégation a donc appelé tous les acteurs à intensifier leur coopération afin de parvenir à un consensus sur les problèmes en suspens et la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à accroître transparence et ouverture. Après avoir insisté sur la nécessité de mettre en œuvre intégralement l’Accord de la Saint-Sylvestre, et en particulier le volet relatif à l’ouverture de l’espace politique, le représentant a rappelé que la MONUSCO est disposée à apporter un soutien logistique au processus électoral.

La tâche première de la Mission reste cependant la protection des civils, comme l’illustrent les violences perpétrées par les Forces démocratiques alliées (ADF) aux environs de Beni, une zone affectée par le virus Ebola, a souligné M. van Oosterom. Il a, en conclusion, mis en garde contre une réduction « précoce » des effectifs de la MONUSCO, dont les conséquences risquent de se faire ressentir au-delà du territoire national selon lui.

Enfin, a indiqué le délégué, le prix Nobel de la paix a été décerné au docteur Denis Mukwege, dont le pays admire l’engagement en faveur de la santé et de la dignité des femmes dans l’est de la RDC. Cette distinction, a-t-il dit, lance un signal politique à tous les pays du monde et les appelle à poursuivre la lutte contre les violences sexuelles dans les zones de conflit.

M. FRANCISCO TENYA (Pérou) a souhaité rappeler l’importance de la date du 23 décembre, date à laquelle doivent se tenir des élections libres, transparentes, inclusives et crédibles qui permettront d’établir un nouveau Gouvernement appelé à relever les défis considérables auxquels est confronté le pays. Tout en saluant les engagements pris par le Président Joseph Kabila et par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), le représentant a dit que son pays prend acte et partage les inquiétudes exprimées à propos des machines à voter. Il est souhaitable qu’un accord soit trouvé sur cette question et que la population soit formée à l’utilisation de ces machines, a dit le représentant.

Il a également déclaré que son pays est pareillement préoccupé par les détentions arbitraires de membres de l’opposition et des représentants de la société civile. Cette situation n’est pas propice à une tenue démocratique des élections, a-t-il dit, appelant à la mise en œuvre des mesures de décrispation prévue à l’Accord de la Saint-Sylvestre.

Mme MAHLET HAILU GUADEY (Éthiopie) a pris acte des progrès accomplis dans les préparatifs des élections du 23 décembre en RDC, adressant ses félicitations à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), notamment en ce qui concerne la publication de la liste finale des candidats. Il reste cependant, selon elle, de nombreux défis à relever dans le pays, en particulier s’agissant du manque de confiance dans le processus électoral, lequel souligne l’urgente nécessité de mettre en œuvre les mesures de renforcement de la confiance prévues par l’Accord du 31 décembre 2016.

Si elle s’est félicitée du rôle joué par la MONUSCO dans les efforts de réponse à Ebola, l’intervenante s’est en revanche dite préoccupée par les agissements des « forces négatives » opérant en RDC et dans la région. La neuvième réunion de haut niveau du Mécanisme régional de suivi de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région, qui s’est déroulée il y a quelques jours à Kampala, a démontré à quel point une nouvelle approche est nécessaire à cet égard, au-delà des mesures existantes, pour parvenir à un degré de coopération supérieur dans la neutralisation des éléments armés, a précisé la représentante.

Considérant comme indispensable une mobilisation plus importante de la communauté internationale face à la propagation d’Ebola, sa délégation a annoncé qu’elle comptait faire circuler un projet de résolution à ce sujet parmi les autres membres du Conseil.

Mme SUSANA RADEGUNDA EDJANG MANGUE (Guinée équatoriale) a appelé à renforcer l’action humanitaire internationale en RDC pour lutter contre l’épidémie d’Ebola, qui a jusqu’ici causé la mort de plus de 150 personnes dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. La représentante a ensuite salué les avancées récentes dans les préparatifs des élections du 23 décembre prochain, y compris la tenue, le 29 septembre, d’une réunion entre les principaux partis politiques. Tout en appelant à l’organisation d’élections « crédibles, transparentes et ouvertes », elle a estimé que la meilleure garantie du bon déroulement du scrutin demeurait la pleine mise en œuvre de l’Accord de la Saint-Sylvestre.

La représentante a en outre pris note de la volonté du Gouvernement de la RDC d’organiser les élections sans aide extérieure. Elle a appelé la communauté internationale à appuyer le processus électoral dans le respect de la souveraineté du pays. Saluant la publication des listes électorales, Mme Edjang Mangue a encouragé la Commission électorale nationale indépendante (CENI) à veiller au respect du calendrier des élections et à collaborer avec les partis politiques amenés à y prendre part. Elle a appelé ces derniers à se centrer sur l’intérêt général du pays et à mettre de côté leurs ambitions personnelles. Enfin, la représentante a appelé la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL), l’Union africaine (UA), l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) à faciliter le dialogue politique en RDC.

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a déclaré qu’alors que le compte à rebours du « plus grand événement politique pour le peuple congolais » a commencé, il est à espérer que la tenue de ces élections mettra fin aux « remous » qui secouent le pays depuis de longues années.

Le Koweït salue dans ce contexte la volonté exprimée par le Gouvernement de tenir les élections à temps et salue l’assistance technique proposée par la MONUSCO. Mais concernant la sécurité, et notamment dans les régions de l’Est, la délégation considère que les attaques contre les civils doivent cesser. Il appelle donc les groupes armés à mettre un terme à leurs activités. Le Koweït espère que l’Union africaine pourra d’ici à 2020, mettre fin à tous les conflits dans ce pays, conformément à l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo, a dit le représentant.

M. STEPHEN HICKEY (Royaume-Uni) s’est félicité des progrès accomplis dans les préparatifs des élections congolaises, tout en notant la crise de confiance qui persiste entre les acteurs politiques. Il a attiré l’attention sur la nécessité pour la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de veiller à l’amélioration des machines à voter et de mettre en œuvre les recommandations de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) relatives aux listes électorales.

Quant aux mesures de décrispation prévues par l’Accord de Saint-Sylvestre, le représentant a rappelé qu’elles doivent être mises en œuvre intégralement, a rappelé le représentant. Pour la délégation britannique, la MONUSCO continue de jouer un rôle important, à la fois dans l’organisation des élections et la protection des civils.

Le représentant s’est enfin dit préoccupé de la hausse, cet été, du nombre de violations des droits de l’homme perpétrées en RDC par rapport à la même période l’an dernier, et particulièrement du fait que 58% de ces atteintes seraient imputables aux forces gouvernementales congolaises.

M. GBOLIÉ DÉSIRÉ WULFRAN IPO (Côte d’Ivoire) a dit regretter que la question des machines à voter continuent d’être une source de préoccupation. Il a donc encouragé les différents acteurs politiques à engager sans délai un dialogue constructif afin de parvenir à un consensus sur cette question. S’agissant de la situation sécuritaire, il a exhorté la MONUSCO à tout mettre en œuvre pour assurer la protection des civils et à renforcer ses opérations conjointes avec les Forces armées congolaises, afin de répondre aux menaces que représentent les groupes armés. Il a également appelé l’ensemble de la communauté internationale et les Nations Unies à accroître leur appui en vue d’une plus grande efficacité dans la mise en œuvre de l’Accord-cadre « indispensable » à la paix et à la stabilité en RDC.

M. JOANNA WRONECKA (Pologne) a considéré que, à l’approche des élections prévues le 23 décembre, le renforcement de la confiance entre tous les acteurs politiques et sociaux demeure une condition préalable à l’établissement de la confiance. À cet égard, l’intégrité du registre électoral et le bon fonctionnement des machines à voter sont indispensables, a-t-elle fait observer.

Après avoir salué le rôle joué par la MONUSCO dans la protection des civils, la représentante a encouragé tous les signataires de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région devaient davantage d’engagement et de volonté politique dans la mise en œuvre de leurs engagements, en raison de l’impact que la situation dans ce pays peut avoir sur la stabilité de ses voisins.

M. YAO SHAOJUN (Chine) a déclaré que seul son gouvernement de la RDC connaît bien son peuple. La communauté internationale doit donc se borner à respecter et reconnaître les désirs de la population de la RDC, à aider ce pays dans la lutte contre les groupes armées et l’épidémie de la Ebola.

Elle doit également appuyer les initiatives régionales, notamment celles de l’Union africaine et de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), a dit le représentant.

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) s’est félicité des préparatifs en cours dans le cadre du processus électoral, appelant toutes les parties concernées à respecter les décisions de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et à cultiver la confiance. Il a pris note de la disponibilité de la MONUSCO pour appuyer l’organisation des élections, tout en soulignant que la Mission ne doit pas aller au-delà des prérogatives que lui a confiées le Conseil de sécurité, en s’abstenant de toute interférence dans les affaires internes de la RDC.

Le représentant a rappelé que c’est sur la base des progrès accomplis dans la neutralisation des groupes armés opérant en RDC que le retrait de la MONUSCO devra être envisagé, puisque la protection des civils figure au cœur de son mandat. Il s’est en conclusion dit d’accord avec les Gouvernements régionaux pour dire que la menace des éléments armés pourrait être résolue grâce un recours accru à la brigade d’intervention de la Mission.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a déclaré que les signes positifs envoyés par le Gouvernement et la Commission électorale nationale indépendante (CENI) attestent que le pays est sur la bonne voie et est capable d’organiser ces élections. La communauté internationale doit donc continuer de lui apporter son appui. La Bolivie condamne également tous les actes de violence commis par les groupes armés dans le pays. Ce sont eux qui sont responsables en premier lieu de la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire, a déclaré le représentant.

M. Llorentty Solíz a salué le travail de l’Envoyé spécial du Secrétaire général et notamment ses efforts pour réduire l’exploitation des ressources naturelles, que la Bolivie considère comme la source principale des conflits dans la région. Il est donc primordial que la RDC recouvre sa souveraineté afin d’opérer un changement structurel et renforcer l’état de droit.

« Le processus électoral est très fort avancé », a affirmé à l’entame de son discours M. PAUL LOSOKO EFAMBE EMPOLE (République démocratique du Congo), précisant que les préparatifs du scrutin se déroulaient conformément au calendrier publié en novembre 2017 par la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Selon lui, après avoir arrêté la liste officielle des candidats, le 19 septembre, la CENI s’attèle désormais au recrutement des agents électoraux, à l’affichage des listes d’électeurs provisoires et à sa campagne de sensibilisation des électeurs sur la façon d’utiliser les machines à voter qui seront utilisées pour la première fois en RDC. Dans le but de lever tout doute concernant ces machines, le représentant a indiqué qu’elles avaient été analysées et approuvées par des experts de l’organisation britannique, Westminster Foundation for Democracy. Ces derniers, a-t-il précisé, n’ont formulé que « quelques recommandations en guise de mesures pratiques ». Dans le même souci de transparence, a ajouté le représentant, la CENI travaille en collaboration avec plus de 130 experts internationaux de la MONUSCO.

Toujours dans l’idée d’apaiser les inquiétudes concernant la transparence et la crédibilité des élections, M. Empole a indiqué que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avait procédé à la vérification du fichier électoral entre le 6 et le 26 mai à Kinshasa. Selon lui, l’OIF a conclu que ce fichier était « entièrement inclusif, exhaustif, fiable et actualisé ». Le représentant a précisé que la CENI avait radié des listes plus de 5,7 millions d’électeurs, dont 472 000 parce qu’ils étaient mineurs, portant le nombre total d’électeurs au futur scrutin à 40 287 385.

En outre, M. Empole a confirmé l’intention de son Gouvernement de financer les élections avec ses fonds propres et de ne pas solliciter l’appui logistique ou financier de partenaires. Il a toutefois réaffirmé la détermination de la RDC à organiser « des élections libres, équitables, crédibles, dans un climat apaisé, avec la machine à voter pour un vote simple, rapide et fiable ».

Face aux préoccupations liées à « l’inéligibilité déclarée » de certains candidats, le représentant a assuré que son Gouvernement avait pris des mesures de confiance pour apaiser la situation, comme convenu dans l’Accord de la Saint-Sylvestre. Entre autres, il a mentionné la libération de plusieurs prisonniers « qualifiés de politiques », dont certains avaient selon lui été arrêtés suite à leur participation à des mouvements insurrectionnels. De plus, « certains acteurs politiques qui le désiraient » ont pu regagner le pays, a-t-il affirmé, ajoutant que d’autres avaient « choisi librement » de demeurer à l’étranger. De surcroît, plusieurs chaines de télévision et de radio « en situation litigieuse avec la loi », dont certaines appartenaient à des opposants, ont, selon lui, été rouvertes.

S’agissant de l’accompagnement sécuritaire de la MONUSCO dans le cadre du processus électoral, le représentant a réaffirmé que le retrait des effectifs de la Mission devait concerner en premier lieu des troupes jugées comme « non essentielles » et que le retrait de la Brigade d’intervention devait s’effectuer en dernier. Il a en outre regretté que le programme de désarmement, démobilisation et réintégration du pays ne fasse toujours pas partie des priorités stratégiques du mandat actuel de la MONUSCO.

S’agissant de la situation sécuritaire, M. Empole a affirmé qu’en dépit de foyers insurrectionnels dans quelques localités du Nord et du Sud-Kivu, le territoire congolais demeurait sous le contrôle du Gouvernement. Il a tenu à signaler que les forces congolaises menaient seules la lutte contre les terroristes, les Forces démocratiques alliées (ADF) et les bandes armées locales dites « maï maï », sans l’appui de la MONUSCO.

Aux yeux du représentant, le maintien de la stabilité dans la région des Grands Lacs passe avant tout par le respect des engagements pris dans le cadre du Pacte de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs de 2006, l’Accord d’Addis Abeba de 2013 et la huitième réunion des chefs d’État et de Gouvernement des pays signataires de l’Accord-cadre, tenue à Brazzaville en octobre 2017. Le représentant a notamment insisté sur les engagements concernant le rapatriement « simultané et sans condition » des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et ex-M23 cantonnés en RDC, au Rwanda et en Ouganda.

M. Empole a en outre réaffirmé la volonté de la RDC de lutter contre les violences sexuelles commises par ses forces armées. S’agissant, enfin, de l’épidémie d’Ebola, le représentant a déclaré qu’elle était pour l’essentiel sous contrôle, à l’exception de la ville de Beni, qui reste selon lui le principal foyer de l’épidémie, notamment en raison de la situation sécuritaire préoccupante qui y règne.