DR Congo

La Transition en RDC, un premier défi pour les promesses faites à Gleneagles

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News and Press Release
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SPEECH/05/433

Louis MICHEL
Commissaire européen au Développement et à l'Aide humanitaire

Réunion des donateurs sur le processus électoral en RDC
Bruxelles, le 11 juillet 2005

Monsieur le Ministre de l'Intérieur, de la décentralisation et de la sécurité de la République Démocratique du Congo,
Monsieur le Ministre des Finances, Monsieur le Ministre du Plan,
Monsieur le Président de la Commission Electorale Indépendante de la République Démocratique du Congo,
Monsieur le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en République Démocratique du Congo,
Mesdames, Messieurs,

C'est un honneur de vous accueillir ici aujourd'hui avec Monsieur Swing, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, pour faire le point sur le processus électoral en République Démocratique du Congo et sur son financement.

L'importance de cette réunion est d'autant plus grande qu'elle intervient au lendemain de deux événements majeurs : un pour l'Afrique en général et un pour le Congo en particulier.

Tout d'abord, le sommet du G8.

Il s'est tenu -- nous le savons tous -- dans des conditions très difficiles pour la Présidence britannique. Et je tiens ici à dire combien il était important de maintenir sans hésitation l'agenda de ses discussions, montrant ainsi que la tactique du pire ne nous détournera jamais de notre action en faveur d'un monde meilleur.

Le sommet du G8 a souligné -- une fois de plus -- l'importance que la communauté internationale attache à Afrique. Une fois de plus, il a mis les problèmes et les défis de l'Afrique sur le devant de la scène.

Et quand on parle d'Afrique, il est impossible de ne pas parler du Congo.

Il est impossible de ne pas parler de ce pays de plus de 50 millions d'habitants, aux ressources naturelles indéniables, mais qui continue à être traversé par des tragédies humaine et humanitaire quotidiennes.

Il est impossible de ne pas parler des atouts et des problèmes du Congo qui peuvent à eux seuls représenter tout aussi bien un moteur sans pareil pour l'avenir du continent qu'un obstacle majeur pour sa stabilité, sa pacification, son développement et sa croissance.

Si vraiment on veut reléguer la pauvreté dans les tiroirs de l'Histoire, une solution durable à la crise de la région des Grands Lacs apparaît comme une condition indispensable.

Les élections dont on parlera aujourd'hui seront -- je le souhaite vraiment -- les premières véritables élections après 40 ans de dictature, de mauvaise gouvernance et de corruption.

Elles représenteront le tout premier pas pour donner une légitimité aux futures institutions et pour établir des bases représentatives saines sur lesquelles s'érigera la reconstruction morale et matérielle du pays.

Si l'engagement pris par l'Europe et les pays du G8 à l'égard de l'Afrique est véritable, la réussite de la transition en RDC est un premier banc d'essai pour toute la communauté internationale.

Sans des élections libres, transparentes et bien organisées, la transition ne sera pas menée à son terme.

Et si la transition n'est pas achevée dans le respect des termes convenus à Pretoria et selon le Dialogue Intercongolais, tous les efforts menés jusqu'à présent pour reconstruire le pays et le ramener au centre des préoccupations de la communauté internationale risquent d'être anéantis pour longtemps.

Je compte donc particulièrement sur vous, les partenaires privilégiés du Congo, pour que les promesses faites à Gleneagles commencent à se concrétiser aujourd'hui par un soutien accru au processus électoral en République Démocratique du Congo.

Le cap politiquement difficile du 30 juin a été franchi et les opérations d'enregistrement des électeurs ont commencé de manière encourageante.

Dans la seule ville de Kinshasa, près d'un million et demi de citoyens ont déjà obtenu leur carte d'électeur. Cette carte -- qui sera aussi pour la plupart des Congolais leur seule pièce d'identité -- est le premier signe tangible du rétablissement de l'Etat de droit.

Vous le savez, la transition a été prolongée pour une durée de 6 mois renouvelable une fois, sur proposition de la Commission Electorale Indépendante (CEI) et par une décision conjointe de l'Assemblée Nationale et du Sénat.

Ce processus de transition qui a eu tant de mal à se mettre en place est sur la bonne voie. Selon le calendrier, la population congolaise devrait être invitée à exprimer son opinion à travers des élections législatives, présidentielles et provinciales entre mars et mai 2006.

Chers invités,

Je ne peux que me réjouir de ces progrès et féliciter tous ceux qui ont travaillé et travaillent à cette réalisation d'importance historique. Et je veux regarder avec optimisme la période qui nous sépare de ces dates.

Mais je veux aussi attirer votre attention sur les étapes qui restent encore à franchir, sur les obstacles que nous devrons contourner afin que la transition aboutisse à une période de stabilité et de développement durable.

Sur le plan législatif, le projet de loi électorale reste encore à confectionner pour adoption par les chambres après le référendum constitutionnel.

Je pense me faire porteur du sentiment de toute la communauté internationale en appuyant personnellement les conclusions du rapport des Nations Unies de 2004.

Ce rapport, tout en tenant compte des spécificités de la situation congolaise, préconise un système électoral proportionnel basé sur le district.

Ce n'est en fait qu'avec un tel système -- garantissant la cohésion de la Nation tout en assurant la représentativité interne la plus large possible et en minimisant les risques d'exclusion -- que la transition pourra réussir.

La Commission européenne ne peut donc que soutenir cette option.

Sur le plan financier, le déficit reste important et risque de compromettre toutes les avancées positives enregistrées jusqu'à aujourd'hui. Pour faire face à cette situation, seul un effort concerté des Nations Unies, du Gouvernement congolais et des bailleurs bilatéraux et multilatéraux pourra apporter une réponse adéquate.

Je pense en particulier à la logistique qui devrait déjà se mettre en place lorsque l'enregistrement des électeurs commencera dans les autres provinces. La MONUC reste l'organisation la plus adaptée pour relever efficacement ce défi. Et je réitère ici mon invitation aux pays membres du Conseil de Sécurité à soutenir les requêtes du Secrétaire Général Kofi Annan à ce sujet.

Par ailleurs, je vous engage - aussi bien sur base individuelle que comme groupe de donateurs - à vous faire porteurs de ce message sur le rôle essentiel et incontournable que la MONUC doit jouer.

Pour ce qui est du reste du budget, je vous invite à travailler intensément sur les chiffres et les budgets révisés que la CEI - avec le concours du projet d'Appui au Processus Electoral au Congo (APEC) et la MONUC - vous présenteront aujourd'hui.

C'est une occasion unique pour nous tous d'avoir une discussion franche, ouverte et conclusive sur ce dossier.

Je dois aussi rappeler que les élections sont et restent d'abord une priorité du pays et j'invite par conséquent les autorités congolaises à faire en sorte que cette priorité soit reflétée dans le budget de l'Etat et dans son exécution réelle.

Pour ce qui est de la Commission européenne, sans vouloir préjuger les résultats de la réunion d'aujourd'hui, je peux d'ores et déjà vous annoncer que je suis prêt à m'engager pour rechercher des fonds supplémentaires, à condition que vous fassiez tous un effort concret et substantiel pour que l'on comble définitivement le déficit du budget.

Je vous souhaite donc un bon et fructueux travail sous la co-présidence de Monsieur Sipke Brouwer, Directeur pour l'Afrique Occidentale, Centrale et Grands Lacs et Monsieur William Swing, Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies.