DR Congo

Impliquer les jeunes générations dans l’équité Genre

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Les bancs se remplissent, les crayons s’aiguisent pour la prise de note… À l’UNIKIN (Université de Kinshasa), l’amphithéâtre se prépare studieusement. Près de 300 participants viennent assister à une conférence-débat sur "l’impact de l’autonomisation de la femme dans le développement de la RDC".

Labana Lasy’Abar, le Recteur, et Priscille Ngoie, Présidente de l’Association "Femme et Action" accueillent Priya Gajraj, Directeur Pays du PNUD. Au nom du PNUD, Mme Gajraj, rappelle l’importance du Genre dans l’éducation, à tous les niveaux : "Le PNUD a aidé les Universités de la RDC à mettre en place et à équiper le Réseau Universitaire de Chercheurs sur le Genre. Il a également appuyé ce réseau à organiser un grand Forum international sur le Genre et Conflit en 2010."

Sensibiliser les décideurs de demain

La RDC ne peut pas envisager son développement sans la pleine participation des femmes au développement humain durable de leur pays. Le PNUD décline ses projets sur cette conviction absolue. Les nouvelles générations sont donc porteuses de changements, notamment en faveur de l’équité Genre. Elles sont donc des acteurs privilégiés des changements sociétaux et des changements de comportements à l’égard des femmes congolaises. Ces jeunes générations sont aussi la cible idéale des campagnes de sensibilisation au Genre, dans la mesure où les jeunes adultes d’aujourd’hui seront les responsables de demain. Il est donc primordial qu’ils comprennent en quoi et comment les mentalités et les attitudes doivent évoluer. Comme le résume Priya Gajraj : "Pour arriver à l’autonomisation des femmes, il faut changer les comportements, lutter contre les stéréotypes et aider à avoir une perception différente du rôle des femmes."

La parité n’est plus un concept abstrait mais une évidence économique dont les jeunes d’aujourd’hui sont bien conscients. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’Université de Kinshasa s’implique autant dans la promotion du Genre. "Qui peut encore douter de l’importance de la Femme et de la parité dans une université qui, en moins d’une semaine, a organisé trois matinées de conférences dédiées au mois de la Femme ?" souligne le Recteur.

Les Congolaises sont au cœur du développement, elles ne peuvent plus être reléguées au second plan. Aussi capables que leurs collègues masculins, elles doivent aujourd’hui prendre la place qui leur revient et participer à la croissance du pays. Mais pour être bien armées et mener ce combat de l’autonomisation, elles ont besoin des outils intellectuels que proposent l’université. En effet, personne ne leur donnera le pouvoir comme un "cadeau tombé du Ciel".

"Je suis femme. Je n’aime pas être dépendante des hommes. Je crois en moi, je crois en ma compétence et je sais que je peux faire ce que l’homme fait. Je ne suis pas frappée d’incapacités." martèle Rosie*, étudiante en deuxième année de littérature.

Les femmes doivent faire leurs preuves et démontrer qu’elles disposent d’atouts aussi valables que les hommes, car comme l’explique le Recteur "la RDC a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils". Cette perspective se construit donc par les femmes avec l’appui des hommes. Les mentalités doivent évoluer et la sensibilisation s’engager pour que les hommes comprennent qu’ils ont tout à gagner à avancer main dans la main avec leurs collègues féminines.

L’autonomisation et la politisation des Femmes

"La participation des femmes à la vie économique, politique et sociale et l’accroissement de leurs capacités sont essentiels pour renforcer leurs droits et influencer le développement en RDC" ajoute Priya Gajraj. Elles sont donc les premières responsables de leur autonomisation, qui passe par leur implication politique et civique.

D’après Priscille Ngoie de l’Association "Femme et Action", l’autonomisation réussie de la Femme réside dans sa capacité à prendre le contrôle des ressources économiques, symboles du pouvoir dans nos sociétés contemporaines. En s’appropriant ces responsabilités, elle devient désormais actrice et prend des décisions économiques qui impliquent l’ensemble de sa communauté. Priya Gajraj appuie cette idée en affirmant que « les progrès pour les femmes ne seront accélérés que lorsqu’il y aura une masse critique de femmes qui prendra les décisions. » Ce sont elles qui peuvent véritablement transformer les règles du jeu, pour trouver la place qui est la leur. Cette autonomisation transcende alors l’espace économique pour devenir une autonomisation culturelle, sociale et politique.

Enfin, les femmes ont tendance à investir dans des secteurs porteurs de développement social. Mme Gajraj rappelle que "lorsque les administrations locales incluent les femmes, elles soutiennent les investissements dans des domaines comme l'eau et l'assainissement qui sont essentiels à la santé et au développement humain". Elles adoptent donc une politique sociale, permettant à la fois un développement économique et un accroissement de la qualité de vie de leur communauté.

Le débat qui suit les présentations s’anime. Chacun prend la parole pour rendre compte des réalités du quotidien : des femmes moins bien payées, mal représentées, la pratique courante du harcèlement sexuel, notamment sur le campus… Nombreuses sont les préoccupations des étudiants, mais tous semblent aujourd’hui prêts à retrousser leurs manches pour faire de l’équité Genre une réalité.