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Grands Lacs: IRIN Dossier Spécial/La Réponse des Nations Unies aux conflits

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[Le présent dossier ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]
NAIROBI, 16 décembre (IRIN) - Mercredi, les pays africains ont adressé un message très clair aux Nations Unies qui indique que la réponse de l'organisation aux besoins de l'Afrique en matière de maintien de la paix n'est ni assez rapide ni assez efficace.

Lors d'une session ouverte sur la façon dont le Conseil de Sécurité pourrait contribuer à résoudre les conflits et maintenir la paix en Afrique, il a été clairement exprimé que les débats et les résolutions ne suffisaient pas. Les pays africains ont exigé davantage d'action et estimé que le processus de paix de Lusaka pour la République Démocratique du Congo (RDC) constituerait un test décisif de la volonté des Nations Unies.

Le délégué d'Afrique du Sud, Dumisana Shadrac Kumalo, a déclaré que le conflit en RDC touchait un pays africain sur cinq et constituait un test fondamental pour les relations entre les Nations Unies et l'Afrique. "Si le Congo devait se désintégrer, ce ne serait pas un échec africain: ce serait un échec international", a-t-il dit. La communauté internationale avait dit aux Africains de se mettre autour de la table; après de sérieuses négociations, ils ont abouti à un traité de paix, mais le fragile process us de paix n'a pas reçu le soutien adéquat, a-t-il dit, avant d'ajouter: "Si les choses avaient été ignorées au Kosovo de la même manière qu'elles l'ont été en RDC, ce processus de paix là aurait été fragile, lui aussi".

Le représentant rwandais, Joseph Mutaboba, a quant à lui déclaré que le conflit en RDC était la conséquence de la non intervention de la communauté internationale au Rwanda. Le Conseil de Sécurité doit intervenir maintenant pour faire appliquer l'Accord d e Lusaka, a-t-il souligné. "Lorsque la communauté internationale se sera réconciliée avec ses échecs passés, elle sera en position d'empêcher que ne surviennent de nouveaux conflits", a-t-il ajouté.

André Mwamba Kapanga, de la RDC, a déclaré que son gouvernement avait été "surpris des contradictions qui se sont fait jour" au niveau du Conseil de Sécurité par rapport au conflit, et de constater combien certains membres avaient été lents à agir. Il a p récisé que l'ONU et son Conseil de Sécurité avaient besoin "d'une réforme en profondeur". En particulier, le Secrétaire Général ne devrait plus être un "administrateur en chef" mais devrait au contraire travailler plus étroitement avec les organisations r égionales "pour définir et appliquer une diplomatie préventive".

Les Nations Unies "ont du mal à réagir rapidement et efficacement aux conflits en Afrique", ce qui est dû en partie à l'ignorance et aux informations contradictoires concernant des situations données, selon le représentant du Burundi, Marc Nteturuye. Une "approche attentiste", conjuguée à une compétition entre les acteurs impliqués, a parfois fait obstacle à la résolution des conflits en Afrique et engendré "un cercle vicieux de détérioration progressive", a-t-il dit.

Les Grands Lacs ont été frappés par des problèmes de génocide et doivent être approchés avec une "diplomatie discrète", y compris dans les mécanismes de médiation des Nations Unies, a déclaré M. Nteturuye. "La région elle-même veut jouer le premier rôle, et elle devrait être encouragée à le faire jusqu'à ce que d'autres acteurs internationaux puissent entrer en scène", a-t-il dit. Les Nations Unies doivent rester vigilantes et, par le biais du Conseil de Sécurité, entériner toutes les actions majeures ent reprises, mais doivent également s'occuper de la réhabilitation sociale et économique de la région, a-t-il ajouté.

Le conflit en RDC n'est qu'un conflit de plus au milieu "d'une crise perpétuelle de conflits en Afrique" parce que les actions du Conseil de Sécurité ne sont pas à la hauteur de ses débats et de ses résolutions, a déclaré à la session le délégué ougandais , Matia Semakula Kiwanuka. Il a estimé que l'Afrique avait besoin d'un déploiement rapide de casques bleus, sans quoi "les divers composantes de la paix risquent de se désintégrer". Les Nations Unies n'avaient pas exigé que les belligérants cessent les ho stilités avant d'intervenir au Timor Oriental ou au Kosovo, et "le conflit en RDC devrait être traité de la même façon", a fait remarqué M. Kiwanuka.

Le Secrétaire Général de l'ONU, Kofi Annan, a répondu que si les "résultats décevants" de la mise en ouvre de l'accord de Lusaka étaient "en partie dus à l'absence d'une volonté claire, au sein des différentes parties, d'appliquer l'accord", il y avait ég alement un problème de ressources. La chose la plus urgente et la plus pratique à faire, c'est que le Conseil de Sécurité "agisse promptement dans le cas de la RDC avant que le fragile cessez-le-feu ne soit encore plus érodé".

Les participants au débat ont clairement mis en évidence les limites des mécanismes de financement de l'ONU pour les opérations de maintien de la paix, et souligné qu'il était nécessaire d'affecter des ressources adéquates en rapport avec les mandats de m aintien de la paix, a expliqué l'Ambassadeur britannique auprès des Nations Unies, Peter Hain, qui présidait la session du Conseil de Sécurité. Plusieurs intervenants ont également mentionné l'importance des systèmes d'alerte précoce, et des actions préve ntives pour s'attaquer aux racines des conflits.

La relation entre conflit et pauvreté est déterminante, a déclaré Daudi Nhelautwa Mwakawago, de Tanzanie. "Cet élément doit être pris en compte lorsque l'on demande à l'Afrique de résoudre ses problèmes". Dans un contexte o=F9 la Tanzanie à elle seule accue ille 800 000 réfugiés et o=F9 l'aide au développement est en déclin, "il y a plus de rhétorique sur l'aide à l'Afrique que de substance", a-t-il ajouté.

Dans son discours au Conseil, Kofi Annan a admis qu'il fallait un "engagement plus efficace" des Nations Unies en faveur de la prévention et de la résolution des conflits. Il a présenté un certain nombre de propositions spécifiques qui, selon lui, sont de nature à favoriser "une différence réelle et perceptible", notamment: des envoyés et missions conjoints, en particulier des "missions orientées vers les résultats" comme celle envoyée à Jakarta et à Timor Oriental en septembre dernier; des échanges de pe rsonnel, des groupes de travail, et des réunions plus régulières entre le Conseil de Sécurité, l'OUA et les instances sous-régionales.

Le plus clair peut-être des messages qui soient ressortis du débat de mercredi est que "rien ne peut remplacer un engagement politique plus fort du Conseil de Sécurité", a conclu Peter Hain. "Ce n'est qu'alors que l'engagement des Nations Unies en faveur du maintien de la paix en Afrique sera plus fort, et plus efficace".

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