DR Congo

A Goma, la capoeira ramène les enfants à la Paix

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© UNICEF RDC

Par RAFAEL CABANILLAS

Capoeiriste mexicain, je suis arrivé au Nord Kivu en septembre, pour animer le projet Capoeira pour la Paix. Avec Dieudonné, capoeiriste de Kinshasa, j’anime la formation des enfants sortis des groupes et forces armés à la capoeira. Voici comment cet art martial participe à leur réinsertion.

Il y a dix ans, j’ai commencé la capoeira au nord du Mexique. Comme beaucoup de capoeiristes de ma génération qui ne sont pas au Brésil, j’ai découvert la capoeira grâce au film “Only the Strong” et au jeu vidéo Tekken. Au début, je n’ai pas réalisé que la capoeira pouvait avoir une telle importance culturelle et sociale, je pensais alors que ça n’était qu’un art martial parmi tant d’autres.

Dans le cadre de ma formation comme capoeiriste en groupe, mon maître (Maître Manchinha de Cordão de Ouro) nous a demandé de l’aider à créer un projet de capoeira sociale. L’idée était d’enseigner la capoeira dans des foyers d’accueil aux enfants ayant des antécédents de violence familiale et dans des zones défavorisées de ma ville. C’est là que j’ai vu la capoeira comme un outil social, un moyen d’enseigner aux autres, à travers le jeu et les arts martiaux, le respect, la connaissance de l’autre, de l’égalité, de la discipline et le fruit de l’effort.

Quand nous avons commencé le projet Capoeira pour la Paix en République Démocratique du Congo en septembre, nous ne savions pas comment les enfants réagiraient, car la capoeira est en principe une activité qui exige des compétences physiques, des entrainements et de la persévérance, et c’était une activité totalement inconnue des enfants. Pour faciliter les choses, nous nous sommes efforcés de la présenter comme un jeu, comme un moyen de s’exprimer… et les enfants ont adoré ! Le fait que la capoeira soit un mélange de musique, d’acrobaties et de mouvements physiques a permis aux enfants des différents centres de s’approprier la capoeira pole pole (« petit à petit » en swahili, la langue parlée dans l’Est du pays).

Ce que j’ai appris depuis mon arrivée à Goma, où a lieu le projet, c’est que nous oublions trop souvent que les enfants ont besoin de s’amuser, de loisirs et d’activités sportives.

Ces jeux et passetemps, employés à bon escient, ont le pouvoir de développer l’intelligence et d’agir comme des outils psychosociaux très puissants.

Tout au long de ce mois, nous avons vu à la fois les capacités psychomotrices des enfants se renforcer, mais aussi leur attitude en classe et dans le centre s’améliorer. Sur cela, nous construisons ensemble les valeurs de paix, de tolérance, d’écoute et de respect de l’autre. Les encadreurs qui s’entraînent avec les enfants ont, non seulement, remarqué une différence dans leur relation avec eux, mais aussi entre eux, au-delà de leurs différences.

Les progrès sont là mais une difficulté subsiste : dans les centres de transfert, notre engagement auprès des enfants n’est que temporaire (un mois et demi à trois mois, jusqu’à ce que l’enfant soit réunifié avec sa famille). Nous avons donc peu de temps et pourtant nos objectifs sont très ambitieux.

Pour cette raison, un de nos objectifs est d’ouvrir progressivement les différents centres aux communautés voisines. Nous souhaitons que la communauté fasse partie du projet, d’une part pour amorcer la réinsertion sociale des enfants et d’autre part pour tenter de réduire la stigmatisation dont le centre fait l’objet. L’idée, c’est que les enfants qui sont stigmatisés à cause de leur assimilation aux groupes armés puissent entrer en contact avec la population hors du centre. Cette ouverture à la communauté se met déjà en place : nous avons ouvert des cours à la communauté extérieure dans un centre d’accueil de jour. Cinquante personnes de tous âges et sexes sont venus s’inscrire pour partager ces moments avec les enfants du centre.

Nous savons que notre intervention donne des résultats progressivement; nous sommes conscients des défis mais nous restons optimistes. A ce jour, le projet touche déjà 250 personnes et les cours sont offerts dans un centre de transfert, un centre de jour et une école. Notre travail ne s’arrête pas à l’encadrement des enfants du centre : notre mission est aussi de former les encadreurs et de sensibiliser les partenaires et la communauté autour des centres. Nous devons garder à l’esprit qu’une grande part de notre succès vient du travail que nos partenaires font pour la réinsertion des enfants :

"travailler ensemble permet de construire un avenir durable pour tous."

Rafael Cabanillas est le coordinateur du projet pilote "Capoeira pour la paix" à Goma. Partager avec les enfants à travers ce projet dans une ambiance d'amitié et de respect est l'une des expériences les plus émouvantes de sa vie. Sa vision de la paix : "la paix n'est pas une tentative singulière mais l'engagement d'y travailler chaque jour et à chaque niveau de notre vie".