DR Congo

Faire la différence par la nutrition

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posted on APRIL 9, 2015 by PERRINE PITON

Découvrez l’histoire de Maman Manga: présidente du groupe de soutien pour les femmes enceintes et les jeunes mères de Nkondo (Kisantu), elle lutte au quotidien contre la malnutrition dans sa région.

L’histoire d’une mère dévouée et de son combat contre la malnutrition

Maman Manga est née en 1974, mais elle a tendance à oublier son âge et à s’oublier un peu elle-même sous le poids des responsabilités et des soucis. Installée sur une chaise en plastique dans la cour de sa maison en banco, sous l’ombre de l’unique acacia, elle est entourée de trois de ses enfants et tient son petit dernier, Bétél, dans ses bras.

Les deux ainés sont en classe. Ce qu’en revanche, elle ne semble pas oublier, c’est leur âge, à eux. Elle connaît aussi leurs envies et leurs ambitions. L’ainé, qu’elle a eu à 17 ans, veut étudier la physique. La deuxième veut faire coupe et couture, le troisième mécanicien et la quatrième veut être religieuse.

Les deux derniers ne se sont pas encore prononcés, mais à quatre ans et cinq mois, ils ont encore du temps devant eux pour choisir.

La malnutrition, un mal parfois invisible

Tout en allaitant son bébé, Manga se rappelle de sa première grossesse, alors qu’elle était encore à l’école. Les premiers mois du bébé surtout ont été difficiles et déstabilisants pour la jeune mère : il pleurait beaucoup et était souvent malade.

C’est au cours d’une visite au centre de santé de Nkondo qu’elle a appris que son fils de huit mois souffrait de malnutrition. Comme la plupart des mamans congolaises, elle a commencé l’introduction d’aliments solides et notamment du fufu dès le troisième mois.

Avec ce régime, son petit garçon accusait déjà un important retard de croissance. Les infirmiers du centre lui ont procuré de l’aide et des conseils concernant l’alimentation des nourrissons :

“L’allaitement maternel exclusif jusqu’à six mois, les groupes d’aliments, l’hygiène… Il y a beaucoup de choses dont je n’avais jamais entendu parler”.

“Aujourd’hui, j’essaie toujours de suivre ces principes. Mais, même si mes propres enfants sont maintenant en bonne santé, je vois que les problèmes de nutrition sont toujours aussi fréquents dans les autres familles » raconte-t-elle.

Soigner en urgence la malnutrition aiguë et sévère

Dans la zone de santé de Kisantu, de nombreux efforts ont pu être réalisés en ce qui concerne la prise en charge de la malnutrition aigue et sévère avec l’appui d’UNICEF et grâce aux fonds alloués par le gouvernement du Japon à partir de juin 2012.

La distribution de Plumpy Nut (aliment thérapeutique prêt à l’emploi) en ambulatoire et la prise en charge des cas les plus graves au service pédiatrique de l’hôpital de référence ont permis d’observer une baisse conséquente du taux de létalité de la maladie.

Apprendre aux jeunes parents et aux femmes enceintes les bases d’une bonne alimentation

Mais une enquête, menée en janvier et février 2013, a montré que la prévalence de la malnutrition chronique restait trop importante, créant une base fertile pour de nombreuses maladies opportunes : malaria, dysenterie, affections respiratoires…

C’est pourquoi UNICEF et ses partenaires CARITAS et le BDOM (Bureau Diocésain des Œuvres Médicales) de Kisantu, toujours grâce aux fonds japonais, ont choisi de mettre en place un projet de sensibilisation à l’Alimentation du Nouveau-né et du Jeune Enfant (ANJE) impliquant les communautés pour un changement en profondeur des comportements.

Lutter contre les causes de la malnutrition chronique

En effet, l’alimentation des Congolais est souvent peu variée, surtout dans les couches les plus populaires. Même dans les zones fertiles comme celle de Kisantu, les légumes cultivés sont souvent réservés à la vente, ne laissant que les tubercules et les feuilles de manioc pour la préparation des repas quotidiens.

Ce sont les plus jeunes, notamment avant cinq ans, qui pâtissent surtout de ce manque de diversité alimentaire. De nombreuses croyances et interdits alimentaires s’ajoutent à la pauvreté :

“Les femmes enceintes ne mangent pas d’œufs et n’en donnent pas à leurs bébés de peur qu’ils ne deviennent chauves”. “Les aliments de couleur rouge sont aussi tabous. On pense qu’ils causent le « kizanza » (érythèmes fessiers) chez les nourrissons.» explique Maman Manga.

L’allaitement maternel exclusif recommandé par l’OMS, n’est que rarement mis en œuvre. « Quand il fait chaud, les parents donnent de l’eau. Ils pensent aussi qu’il faut au bébé des aliments solides le plus tôt possible pour devenir fort » rapporte Maman Manga.

Se soutenir dans l’adoption des bonnes habitudes alimentaires

C’est pour combattre ces préjugés dangereux pour la santé des enfants, que le relais communautaire et Manga ont mis en place un groupe de soutien dans le quartier.

Le groupe tient des réunions publiques hebdomadaires pour les femmes enceintes ou les jeunes mères, ainsi que pour toute personne qui pourrait être intéressée. Au sein du groupe, les femmes partagent leurs expériences et s’entraident à toutes les étapes de la croissance de leurs enfants : position d’allaitement, préparation de la bouillie pour les enfants de plus de six mois, lavage des mains…

Les habituées diffusent ensuite les bonnes pratiques auprès des familles de leur voisinage. Maman Manga nous confie : «Il y a beaucoup de travail. Les mères sont jeunes, souvent peu éduquées, elles ont parfois déjà plusieurs enfants. Quand elles sont obligées de quitter la maison pour aller aux champs, elles laissent leur nouveau-né à une grande sœur qui le nourrit avec du thé, du café, du pain. En se réunissant, nous nous rendons compte que nous sommes toutes confrontées aux mêmes difficultés”.

Nous pouvons parler sans honte. Nous nous sentons plus fortes et nous pouvons aller à la rencontre des plus démunis, des moins informés, car quelques bons conseils peuvent faire une vraie différence pour la santé des enfants. Pour en savoir sur la malnutrition en RDC, retrouvez les articles de nos spécialistes:

Comment accélérer les progrès contre la malnutrition des enfants ?

La malnutrition, un réel frein au développement national

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