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DR Congo: Pour ou contre les civils : l'ambiguïté Mayi-Mayi

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Les Mayi-Mayi, considérés par eux-mêmes comme « des patriotes congolais », seraient-ils en train de perdre leur raison d'être en s'éloignant de leurs buts premiers qu'étaient la protection des civils et la défense de l'intégrité territoriale contre l'agression étrangère ? L'évolution du contexte en République Démocratique du Congo et les actions de ces entités sur le terrain semblent laisser apparaître à plusieurs égards une toute autre réalité.

De leur acte de foi originel à défendre un idéal nationaliste, à la protection des intérêts particuliers de leurs communautés, près de 50 années s'est écoulé. Le contexte a évolué. Il est en effet loin le temps, où les Mayi-Mayi soutenaient la première rébellion de Lumumba à l'époque de l'indépendance avant d'être chassés à l'est du pays par l'armée de Mobutu. Habités d'un sentiment profondément anti-rwandophone, une opposition Mayi-Mayi farouche se manifestera militairement entre 1990 / 93 et 1996 / 98 notamment lors de la rébellion menée par les Banyamulenge, des congolais Tutsis. La violation ensuite, des frontières et « l'occupation » du sol congolais par les armées rwandaises, ougandaises et burundaises notamment, a donné l'occasion aux Mayi-Mayi de justifier pleinement l'existence de ce phénomène par rapport à la mission que s'était assignée ces groupes d'autodéfense populaires. Paradoxalement, ils sont devenus les compagnons d'armes des groupes armés rwandais, les ex-FAR/ Interahamwe, puis des FDLR ou encore des NALU ougandais durant ces deux rébellions.

Avec l'avènement du processus de Transition et le retour d'une paix relative en 2002, la nébuleuse des factions Mayi-Mayi est théoriquement menacée dans son existence propre, l'intégrité territoriale ne souffrant plus les mêmes violations ou menaces. Sur le terrain, la protection des civils et des intérêts de leurs propres communautés contre tous dangers, pas exclusivement étrangers, est devenue leur principal cheval de bataille.

Leur participation active dans le combat pour la défense des intérêts nationaux leur vaudra, non sans difficulté, de participer également en tant qu' « entités » au Dialogue Inter-Congolais de Sun City (Afrique du Sud) et de jouer la carte de la Transition. Plusieurs de leurs représentants sont actuellement présents, à des niveaux divers, dans la majorité des Institutions de la Transition. Au niveau militaire, les soldats Mayi-Mayi sont appelés, comme tous les autres anciens belligérants à opter pour l'intégration dans la nouvelle armée ou le retour à la vie civile dans le cadre du processus de Désarmement Démobilisation et de Réintégration (DDR).

A l'exception de la province du Maniema, où les factions Mayi-Mayi semblent avoir joué le jeu de la Transition politique et militaire, les positions de certains de leurs frères d'armes dans les autres zones de l'est du pays sont de nature à questionner la noblesse de leur engagement. L'image candide de protecteur des populations civiles s'est ternie derrière des activités mercantiles à peine voilées.

Le contrôle des richesses minières, qui a été essentiel au financement de leur participation aux conflits, serait-il alors en train de devenir l'élément moteur de la motivation Mayi-Mayi ? Et pourquoi ?

Les perspectives offertes dans le cadre du DDR souffrent dans la pratique d'un manque d'attractivité. Les lenteurs et les disfonctionnements de ce processus n'incitent guerre les anciens belligérants à l'euphorie. La récente dissolution du Comité de Gestion des Fonds du DDR qui fonctionnait en parallèle avec la CONADER est une illustration des difficultés rencontrées. La troisième phase du DDR en particulier, la réintégration dans la vie civile et dans les communautés, fait l'objet d'importantes carences. Par ailleurs, le manque de programmes en matière de réinsertion communautaire en général et la quasi absence de projets de transition établissant un lien entre l'urgence humanitaire et la phase de développement, contrecarrent assurément une dynamique tournée vers la démobilisation et la réintégration en entretenant un climat de suspicion où le désarmement ne trouve pas sa place.

La seconde option, l'intégration dans les nouvelles Forces Armées de la RDC (FARDC), connaît également des inconvénients. L'absence d'infrastructures efficaces et le manque de capacité de réponse des institutions responsables sont en effet les principales faiblesses du processus de brassage des troupes. Pis encore, le non paiement de l'immense majorité des militaires FARDC explique certainement la volonté de groupes armés à ne pas adhérer, dans ces conditions là, aux opérations de brassage. Pourtant, près de 8 millions de dollars sont décaissés à Kinshasa chaque mois au profit des hommes sur le terrain.

Dans ces circonstances, le choix du retour à la vie civile ou de l'intégration dans les Forces Armées de la RDC devient cornélien pour certaines factions Mayi-Mayi qui préfèrent alors maintenir leur spécificité de groupes armés défendeurs de la population civile. Elles sont ainsi nombreuses dans la province du Katanga. D'autres factions plus fines dans l'approche, ont accepté d'être officiellement chapeautées par l'autorité d'une région militaire tout en rejetant le principe du brassage et en restant sourdes à la hiérarchie. Un statut qui leur permet aisément de poursuivre leurs buts propres. Il est vrai qu'un brassage des troupes pourrait conduire à un redéploiement et, par la force des choses, à un abandon de leurs privilèges locaux, y compris dans certains cas, le contrôle des ressources minières. D'autres enfin, se battent pour la reconnaissance de leurs grades arbitrairement attribués afin de bénéficier dans le même temps d'une légitimité dans leur zone initiale de contrôle.

La mutation de l'idéologie Mayi-Mayi initiale continue d'engendrer des conséquences diamétralement opposées à celles officiellement affichées. Si la protection des civils devait être au cœur de leurs actions, certains agissements Mayi-Mayi ont au contraire grandement affecté les populations. La lutte acharnée pour le contrôle des zones minières, contre la menace de tous groupes armés, a occasionné de nombreuses victimes parmi les habitants censés être protégés par eux. Victimes directes ou indirectes, par le fait de déplacements forcés, la vulnérabilité de ces populations n'a cessé de croître alors que l'accessibilité des humanitaires aux personnes en besoin d'assistance, s'est concomitamment réduite en raison de l'insécurité. La coupure de certaines de ces zones avec le monde extérieur transforme par ailleurs ces endroits en véritables prisons à ciel ouvert, dans lesquelles les populations sont obligées d'entretenir les troupes Mayi-Mayi. Outre la violence qui accompagne ces actes de pillages, où des cas de viols sont aussi rapportés, c'est l'ensemble d'un système de survie déjà précaire qui est perpétuellement remis en cause.

Les raisons structurelles que d'aucun pourrait éventuellement avancer pour justifier ces comportements sont irrecevables. La protection des populations civiles demeure en tout temps un droit et un devoir que nul ne devrait violer. L'idéal originel des factions Mayi-Mayi doit alors dicter un rôle particulier de ces hommes dans l'accomplissement de cet objectif universel qui, du fait d'un retour progressif vers la paix, ne passerait plus nécessairement par les armes. La population congolaise aspire à une mutation des méthodes mises en œuvre par les Mayi-Mayi, vers un effort collectif définitivement orienté vers la stabilité, la sécurité et la paix en RDC.

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs
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