DR Congo

Délocalisés vers un champ de mines

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RDCKISANGANI, 6 avril 2011 (IRIN) - Plus d'un millier de personnes ont reçu l'ordre d'évacuer leur maisons et de s'installer dans une région, soupçonnée être minée, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) pour que les autorités puissent construire des magasins et des restaurants sur le site de leurs anciennes maisons.

Le maire de Kisangani, Augustin Osumaka Lofanga, a cependant dit à IRIN que « l'argument des mines ne se justifiait pas », ajoutant que « s'il y a un danger, il est de 10%. Il n'y a pas encore eu de morts » . Selon lui, le déminage de la zone a déjà été effectué par Handicap International Belgique et « s'il n'est pas bien fini, c'est leur responsabilité ».

Pour M. Lofanga, il s'agit d'une « simple démolition de bicoques et de maisons de fortune…Les investisseurs doivent pouvoir profiter du terrain pour construire des bistrots, des hôtels et des flats. »

Le 4 mars, le maire a annoncé aux 1350 villageois de Tshamaka qu'ils avaient 30 jours pour déplacer leurs maisons d'une centaine de mètres vers un terrain miné. Le 18 mars, les autorités locales ont commencé les travaux de destruction des habitations sous la protection de la police, malgré les avertissements du Centre de coordination de la lutte antimines des Nations Unies (UNMACC) et le fait que la société Mechem Demining devait démarrer une opération de nettoyage systématique de cette zone le premier avril.

« C'est exactement comme si on nous avait dit : Allez mourir !, » a commenté Kamulete Michel, qui réside dans l'une des 206 maisons démolies sur le bord d'un aéroport.

Les démineurs locaux en charge du programme se disent très étonnés de cette décision municipale. L'un deux, Dikon Limbombe a dit à IRIN : « Nous avons pourtant demandé au maire de repousser de deux mois l'application de son ultimatum, ou de trouver un autre terrain pour les villageois ».

D'anciens employés de Handicap International, ont expliqué que seules des interventions ponctuelles avaient pu être réalisées auparavant, sur un périmètre de 50 m2. L'arrivée d'une machine Mine Wolf MW 330 le 16 mars à Kisangani faisait parti du programme des plans de l'UNMACC pour déminer ladite zone dans les deux mois qui viennent.

Par ailleurs, la zone minée de Bamgboka, face à l'aéroport, s'est ajoutée récemment au périmètre dangereux de la région de Kisangani.

Terrain à risques

D'après Mike Kelly, un démineur de la société Mechem Demining, le terrain en question est considéré à risques depuis qu'un paysan y a trouvé sept mines à la fin 2010. Trois nouvelles mines auraient également été découvertes au début de l'année 2011.

Dans la nuit du 19 au 20 mars, un feu allumé par les villageois pour défricher le terrain où ils devaient s'installer a provoqué deux explosions. « L'intensité du bruit laisse penser qu'il s'agissait d'une mine, » a expliqué M. Kelly, ajoutant qu'il est difficile de déterminer l'étendue d'un champ miné, c'est pourquoi toute la zone est considérée comme dangereuse.

« Nous sommes comme des réfugiés, il nous faudrait au moins des bâches, en attendant que les nouvelles maisons soient finies. L'orage de la nuit dernière a tout inondé, » a dit le chef du village, Mondo Songoli, ajoutant qu'au-delà du risque encouru par l'installation sur ce terrain suspect, les villageois doivent parcourir plusieurs kilomètres au cœur de la forêt pour récolter les lianes et les bâtons nécessaires pour rebâtir le village.

Ils n'ignorent pourtant pas que cette zone de forêt a été marquée à l'aide de panneaux depuis longtemps par les équipes de Handicap International Belgique, a-t-il expliqué. « Mais nous n'avons pas le choix…Nous devons avoir fini nos maisons la semaine prochaine et les autorités municipales ne nous aident qu'à détruire ce qu'on avait, » a-t-il ajouté.

IRIN a constaté que des enfants avaient récupéré ces panneaux de marquage et étaient en train de jouer avec.

Les villageois habitaient ces lieux depuis 1979, un an après l'inauguration de l'aéroport adjacent.

Le Centre de coordination de la lutte antimines des Nations Unies a enregistré 2 412 victimes de mines et d'engins non explosés en RDC depuis 2002, mais de nombreuses autres victimes n'ont pas été recensées.

cs/am/cb/mw - amz