DR Congo

Covid business en RDC : Repenser la Riposte aux épidémies

Format
Analysis
Source
Posted
Originally published
Origin
View original

Attachments

Center on International Cooperation
Groupe d’étude sur le Congo
Octobre 2021

Résumé

Rougeole, choléra, Ebola… La République démocratique du Congo fait déjà face à de multiples épidémies lorsqu’elle enregistre, le 19 mars 2020, son premier cas de Covid-19. Son système de santé, défaillant et sous-financé, peine à les enrayer sans un important soutien international. Ce rapport du Groupe d’étude sur le Congo (GEC) examine les défis organisationnels et de gestion de la Riposte mise en place depuis mars 2020.

Pour améliorer la gouvernance de la réponse à cette pandémie et s’adapter à ce virus, plusieurs structures ont été créées : un conseil consultatif, une task force présidentielle et un fonds de solidarité. Cette prolifération des structures a entraîné une confusion budgétivore sans parvenir à régler l’ensemble des défis soulevés par les précédentes Ripostes : mauvaise gestion des ressources humaines et financières, mauvaise circulation de l’information et rivalités entre acteurs, qui aboutissent à une mauvaise prise en charge des patients et à une démotivation des personnels de santé. Les deux derniers ministres de la Santé ont été arrêtés à la suite des allégations de détournements de fonds¹.
La Riposte contre le Covid-19 met une fois de plus en évidence le sous-financement du système sanitaire congolais et toutes ses défaillances. La quasi-totalité du budget du ministère de la Santé publique est consacrée à la rémunération et aux dépenses de fonctionnement. Le ministère profite de cette situation d’urgence pour payer des primes pour le personnel qui n’est pas bien rémunéré normalement, mais aussi pour acheter, dans des proportions plus limitées, des équipements et réhabiliter des bâtiments. Or ce type d’aide ponctuelle ne renforce pas ses capacités de gestion et provoque des effets pervers.

Des progrès ont néanmoins été réalisés par rapport aux précédentes épidémies. Plusieurs missions de contrôle ont été effectuées par l’Inspection générale de la santé et l’Inspection générale des finances. Même si elles connaissent certaines insuffisances et n’ont souvent pas abouti à des procédures judiciaires, elles permettent d’attester d’importantes irrégularités et ont contraint des acteurs à rendre publiquement des comptes.

Ce contrôle largement focalisé sur le ministère de la Santé devrait être élargi à l’ensemble des acteurs de la Riposte et à tous les niveaux. Le gouvernement congolais s’était engagé en avril 2020 à justifier l’utilisation des 363, 27 millions de dollars alors alloués par le Fonds monétaire international (FMI) pour atténuer les effets de la pandémie de Covid-19 et, notamment, à publier des contrats sur des dépenses liées à la Riposte. Un an plus tard, il n’a été en mesure de publier sur le site du ministère de la Santé qu’une quarantaine de documents, dont la moitié de contrats, pour un montant de 6,3 millions de dollars.

Ces dépenses ont été ordonnées par différents acteurs : présidence, ministre, gouverneurs, directions provinciales de la Santé et même des hôpitaux. Et rares sont les dossiers qui respectent les règles de gestion des finances publiques. Même si cela constitue un effort de transparence et que la FMI a accepté ses justificatifs, cette expérience révèle l’ampleur des défis dans le suivi des dépenses de santé.

Ce contrôle devrait également s’opérer sur les effectifs des agents de la Riposte, avec la création à court terme d’une base de données mise à jour et la mise en place d’audits réguliers. Cela permettrait de mettre un terme à ce système de gratification qui, sous prétexte d’épidémie, favorise le clientélisme sans régler les questions, bien légitimes, de l’amélioration des conditions de vie et du niveau de formation des personnels de santé. Au cours de la dixième épidémie d’Ebola, des abus dans les recrutements avaient été relevés par ce biais au point que le Groupe interbailleurs santé et d’autres bailleurs, partenaires traditionnels de la Riposte aux épidémies, ont décidé de ne plus financer l’octroi de primes aux acteurs de la Riposte.

Alors que les dernières épidémies d’Ebola ont poussé à l’extrême à la création d’un système de santé parallèle, la lutte contre le Covid-19 représente une opportunité de renforcer les structures de santé déjà existantes. Pour permettre de mieux capitaliser les fonds alloués à son fonctionnement, il faut pérenniser un système de gestion des épidémies et sortir des procédures d’urgence et interventions ponctuelles menées par des prestataires congolais comme étrangers. En 2018, avant la dixième épidémie d’Ebola, des pistes de réflexion avaient été lancées pour la mise en place d’un centre de gestion des épidémies intégré au ministère de la Santé, un véritable CDC² à la congolaise... Malgré l’adoption fin 2018 d’une nouvelle loi fixant les principes fondamentaux relatifs à l’organisation de la santé publique, aucune réforme n’a véritablement été mise en œuvre. Les autorités ont pris en fait pour prétexte l’urgence liée à Ebola. Cette réforme devrait pourtant devenir une priorité de l’administration du président Félix Tshisekedi. Elle lui permettrait de sortir d’une improvisation chronique dans un pays perpétuellement confronté à de nouveaux défis sanitaires.

Basé sur une quarantaine d’entretiens avec des acteurs clés de la lutte contre le Covid-19 entre octobre 2020 et septembre 2021, ce rapport souligne la nécessité de repenser le schéma opérationnel de la Riposte aux épidémies depuis les zones et les directions provinciales de santé jusqu’au niveau central. Il définit les moyens à mettre à disposition, en établissant à la fois les responsabilités de chacun et les mécanismes de contrôle pour sortir de l’urgence, pérenniser les bonnes pratiques, améliorer le temps de réaction, l’efficacité et la redevabilité de tous.