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Coordination Régionale Zone Nord-Est - Rutshuru-Masisi - Note d’analyse de la situation de protection des civils (Novembre 2019)

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  1. CONTEXTE

Les territoires de Masisi et de Rutshuru, dans le Nord-Kivu, continuent d’enregistrer des déplacements massifs de populations accompagnés de violations graves des droits humains, parmi lesquelles les violences sexuelles, les meurtres, les incendies de maisons, les pillages de biens et un nombre important de recrutements et d’utilisation des enfants par les groupes armés.

Depuis 2018, le territoire de Masisi connait une aggravation de son contexte sécuritaire et de protection avec les activités de plus en plus croissantes des groupes armés. Selon les informations, une grande partie de ce territoire est sous contrôle de ces éléments armés qui justifient leur présence par le besoin de protéger leurs communautés respectives (ethniques). Parmi ces groupes armés figurent l’APCLS (Hunde), les Nyatura (Hutu) avec ses différentes factions (Domy, John Love, Kavumbi et Bohoza), le NDC/Rénové (Nyanga). La zone est aussi habitée par les Hunde, les Hutu, les Tutsi, les Nyanga et les Nande. Plusieurs conflits entre ces communautés y sont enregistrés et sont liés à des conflits identitaires, de leadership et à l’accès à la terre. D’un côté, les Hunde et les Nyanga considèrent les Hutu et les Tutsi comme des étrangers, et donc les envahisseurs ; de l’autre les Hutu réclament une participation au pouvoir coutumier. Au-delà de ce conflit, le territoire connait également d’énormes tensions entre les concessionnaires (principalement éleveurs) et la masse de populations agricultrices. En effet, des grandes concessions, où habitaient jadis des populations (majoritairement hutues), ont été vendues à des opérateurs économiques (majoritairement des éleveurs tutsi) qui y ont érigés des fermes. Par conséquent, des milliers des populations se retrouvent dans des sites des personnes déplacées internes (PDIs) sans possibilité de retour. Ainsi, par l’entremise de milices armées interposées, des tensions sont devenues récurrents entre les deux groupes qui cherchent chacun à protéger ses intérêts.

En octobre 2018, plusieurs localités de la chefferie du Bwito, dans le Rutshuru, abritaient un grand nombre de personnes déplacées retournées. Mais, depuis le début de l’année 2019, les affrontements entre le NDC/R et une coalition de quatre autres groupes armés (APCLS, Nyantura, FDLR, CMC) se sont intensifiés dans la chefferie, engendrant ainsi un mouvement de populations vers Nyanzale, Mweso et Kitshanga. Le territoire de Rutshuru est aussi reconnu pour son phénomène d’enlèvements de civils suivi de demandes de rançon. Les besoins de protection ont ainsi continué à croître et les conflits armés portant gravement atteinte au droit des civils et marqués par de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire.

Il faut signaler que la chefferie de Bwito ainsi que le territoire de Masisi regorgent un nombre important de réfugiés rwandais vivant dans des zones contrôlées par les éléments FDLR et autres groupes armés. Ces affrontements augmentent le risque d’atteinte à la vie de ces réfugiés qui sont assimilés aux combattants FDLR. Ces réfugiés craignent les avancées actuelles du groupe armé NDC/R redouté pour sa lutte contre la présence des populations d’expression rwandaise et qui avait parvenu à chasser celles-ci du territoire de Walikale.

Les 2 territoires de Masisi et Rutshuru abritent également 22 sites de déplacés internes dont certains sont la cible de fréquentes incursions et violations graves de la part les groupes armés.