DR Congo

Conférence de presse d'Alan Doss, Représentant spécial du Secrétaire général en République démocratique du Congo, 28 octobre 2008

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« J'espère que le Conseil de sécurité donnera rapidement suite à ma demande de moyens additionnels pour renforcer la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (RDC) », a déclaré cet après-midi le Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays, qui donnait une conférence de presse en duplex depuis Kinshasa.

Depuis samedi soir, la ville de Goma et le district de Rutshuru, au Nord-Kivu, sont le théâtre de combats acharnés entre les éléments du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et les Forces armées de la RDC (FARDC). Bien que la situation demeure « confuse », il semble que le CNDP essaie de contrôler ces deux centres urbains, entre autres. Conformément à leur mandat, les Casques bleus de la MONUC sont intervenus pour stopper leur avance, a expliqué M. Doss.

En RDC depuis 1999, la MONUC est, entre autres, chargée de faciliter le processus du DDRRR (désarmement, démobilisation, rapatriement, réinstallation et réinsertion). Placé sous le Chapitre VII de la Charte de l'ONU, son mandat l'autorise à dissuader tout recours à la force de la part de tout groupe armé, étranger ou congolais, et à protéger les civils sous la menace imminente de violences physiques. La MONUC peut aussi utiliser des tactiques d'encerclement et de recherche pour prévenir des attaques contre les populations et contrer les groupes armés illégaux.

Alan Doss a expliqué que le chiffre de 17 000 Casques bleus ne devait pas conduire à surestimer la capacité de la MONUC à opérer sur un territoire aussi vaste que l'Europe occidentale, dépourvu d'infrastructures et où la Mission est déployée sur plusieurs fronts à savoir, l'Ituri, le Sud-Kivu et surtout le Nord-Kivu qui abrite moins de 6 000 soldats. « La MONUC fonctionne actuellement au maximum de ses capacités », a affirmé le Représentant spécial.

Pour s'acquitter correctement de son mandat, la MONUC, a expliqué le Représentant spécial, a spécifiquement besoin d'unités de police formées, des « capacités opérationnelles spéciales » et d'une plus grande « mobilité ». Il a expliqué que ce renfort pouvait venir des Nations Unies ou de l'association avec d'autres entités, sur le modèle de ce que la France avait fait en Côte d'Ivoire avec l'Opération Licorne.

La MONUC est-elle en train de perdre un « combat » qu'elle pourrait remporter avec davantage de troupes ? Le Représentant spécial a répondu que la Mission ne menait pas de combat, mais qu'elle souhaitait ramener le CNDP au processus de paix. « Éliminer le CNDP ne figure pas dans notre mandat, qui est de protéger les populations par la force au besoin, mais la force ne peut pas être la seule réponse à la situation actuelle. »

À ce jour, les combats ont provoqué le déplacement d'environ 100 000 personnes vers le nord. Les rebelles ont lancé une attaque contre un convoi des Nations Unies qui assurait la sécurité de civils sur l'axe Goma-Rutshuru. Des combats ont également fait rage à proximité du camp de personnes déplacées de Kimbuba, où les rebelles n'ont pas réussi à pénétrer, se heurtant à la résistance des Casques bleus et des forces congolaises.

En outre, hier, à Goma, plusieurs centaines de manifestants ont lancé des projectiles contre les installations et les véhicules de la Mission. Des policiers congolais et des Casques bleus ont dû empêcher des éléments hostiles de pénétrer dans les locaux de la MONUC. Un civil a trouvé la mort lors de ces échauffourées, a regretté le Représentant spécial, qui a cependant souligné que ces manifestations ne font que compliquer le travail de la Mission.

À Rutshuru, a-t-il dit, certains éléments des FARDC semblent avoir perdu le contrôle de la situation. Après qu'ils eurent tenté d'empêcher l'évacuation d'une colonne humanitaire par la MONUC, nous avons fait savoir au Gouvernement de la RDC que ce comportement était totalement inacceptable, a dit M. Doss. Dans certaines zones, les forces congolaises ont abandonné leurs positions sans prévenir la Mission, ce qui rend le travail encore plus difficile, a-t-il ajouté.

Réagissant aux allégations sur l'implication du Rwanda, Alan Doss a confirmé que le Gouvernement congolais avait saisi la Mission et demandé l'activation du Mécanisme de vérification. Nous attendons maintenant le rapport du Mécanisme que nous présenterons aux Gouvernements congolais et rwandais.

Mais le travail de l'équipe dépêchée sur le terrain a été compliqué par les combats et les difficultés d'accès à certaines zones forestières et à flanc de volcans où les mouvements de troupes auraient été observés. Le Rwanda peut également recourir au Mécanisme s'il a des allégations à faire valoir selon lesquelles la RDC soutiendrait les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), par exemple.

Alan Doss n'a pas écarté l'éventualité d'un nettoyage ethnique, expliquant que le risque était réel lorsque certains groupes s'estiment lésés au profit d'autres et que des accusations sont portées de part et d'autre de la frontière entre deux pays. Il a espéré que l'application du Communiqué de Nairobi et du Mécanisme de vérification permettront d'atténuer les tensions.

Appelé à commenter la démission de l'Espagnol, Vicente Diaz de Villegas, moins de trois semaines après sa nomination à la tête des forces de la MONUC, le Représentant spécial a expliqué que celui-ci avait invoqué des raisons personnelles. Estimant cette décision « prématurée », il a ensuite démenti qu'il y avait eu des problèmes entre eux.

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