DR Congo

Conférence de presse d'Alain Le Roy, Alan Doss et Ross Mountain, en duplex depuis la ville de Goma, en République démocratique du Congo

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Nous sommes ici pour montrer notre soutien à la MONUC qui travaille actuellement dans des conditions extrêmement difficiles, a déclaré cet après-midi le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Alain Le Roy, au cours d'une conférence de presse donnée en duplex depuis Goma où il se trouvait, accompagné du Représentant spécial du Secrétaire général en RDC et Chef de la MONUC, M. Alan Doss, et de l'adjoint de ce dernier, le Coordonnateur des opérations humanitaires en RDC, M. Ross Mountain.

« La violence s'est répandue dans toute dans la région, où il y a clairement une énorme crise humanitaire », a ajouté M. Le Roy, qui a précisé être venu afin d'examiner comment la Mission de l'Organisation des Nations Unies au Congo (MONUC) pourrait voir son mandat renforcé. Le Secrétaire général adjoint a rappelé que la Force de la MONUC est forte d'environ 17 000 Casques bleus, mais que ces derniers sont disséminés dans plusieurs régions, car ils doivent s'efforcer de garder la paix sur plusieurs fronts géographiques, notamment dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, en Ituri, et dans un certain nombre d'autres zones où persistent des poches de violence. Le Secrétaire général adjoint a, à plusieurs reprises, rendu hommage au travail de la MONUC et de ses Casques bleus.

Insistant sur l'aspect du mandat de la MONUC ayant trait à la protection des populations civiles, M. Le Roy a rappelé que c'est à Goma et dans sa région que la crise est actuellement la plus grave. Pour sa part, M. Doss a expliqué que les troupes de la MONUC ont ouvert aujourd'hui un couloir humanitaire qui va de Goma à la localité de Rutshuru, et qu'elles vont continuer de patrouiller intensivement à Goma aux côtés de la police congolaise pour éviter toute nouvelle détérioration de la situation dans la ville. Il a précisé que, grâce à l'instauration d'un couvre-feu, la ville est actuellement calme. Mais la menace ne peut être considérée comme écartée, puisque des forces en armes se trouvent à moins de 15 kilomètres de la ville, a-t-il ajouté.

M. Mountain, Coordonnateur humanitaire, a rappelé que la principale priorité dans le domaine humanitaire reste la protection des civils. C'est la raison pour laquelle la MONUC s'est largement déployée au Nord-Kivu pour protéger les déplacés, dont le nombre, dans cette seule province, dépasse désormais un million. Si l'on veut les protéger, il est absolument nécessaire que le cessez-le-feu décrété tienne, a-t-il insisté, en rappelant le rôle des acteurs politiques. Il ne faut surtout pas croire que, du fait qu'il y a une crise humanitaire, les humanitaires peuvent la résoudre à eux seuls, ne serait-ce que parce que ces travailleurs humanitaires ont eux-mêmes besoin de protection et de sécurité, a mis en garde M. Mountain. Goma, qui compte 700 000 habitants, peut être asphyxiée si on coupe l'accès de la ville à l'approvisionnement en produits alimentaires depuis l'hinterland, a-t-il rappelé.

MM. Doss et Le Roy ont tous deux expliqué à la presse que la MONUC compte actuellement 10 000 Casques bleus dans les deux Kivus, pour y protéger quelque dix millions de personnes sur un territoire grand comme la moitié de la superficie territoriale de la France. Le Chef de la MONUC a rappelé que, rien qu'au Nord-Kivu, on compte entre 10 et 15 groupes armés différents, ce qui rend la protection de la population très difficile. Les Casques bleus ont été intentionnellement disséminés en 34 points pour être à la fois visibles partout et se trouver en étroite proximité des populations, a expliqué M. Doss. Mais, a-t-il ajouté, la conséquence de cette stratégie de dissémination des troupes est que les effectifs sont partout limités. Lorsqu'une crise grave éclate, comme en ce moment à Goma, il faut envisager de regrouper les forces, au risque de dégarnir d'autres lieux à risques. M. Mountain a pour sa part relevé qu'il y a eu récemment des attaques de la Lord Resistance Army (LRA), groupe armé ougandais, contre des civils dans la Province orientale de la RDC, et qu'il faut donc faire très attention de ne pas trop dégarnir des régions instables pour renforcer la MONUC à Goma.

M. Le Roy a précisé que c'était là une des raisons de sa visite et de celle du Chef de la MONUC à Goma: discuter avec les commandants locaux des Casques bleus des possibilités de redéploiement interne aux forces de la MONUC, en attendant une éventuelle, mais ultérieure, décision de renforcer les effectifs de celle-ci.

À cet égard, M. Le Roy a rappelé que la MONUC n'est pas la mission la plus importante des Nations Unies en termes de Casques bleus. Peut-être sera-t-il nécessaire d'acheminer de nouvelles forces, a-t-il ajouté, alors que M. Doss appelait qu'il avait déjà demandé au Conseil de sécurité d'autoriser l'envoi de Casques bleus supplémentaires il y a quelques temps. M. Le Roy a toutefois rappelé que le mandat de la MONUC lui a été accordé en application du Chapitre VII qui autorise le recours à la force et qui lui permet de mener des actions « robustes » et que la MONUC a pleinement fait usage de son mandat, y compris au cours des derniers jours. Il appartiendra au Conseil de sécurité de décider s'il veut modifier ce mandat, a-t-il rappelé.

Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix a par ailleurs annoncé la nomination « très prochaine » du général Gaye, du Sénégal, comme Commandant de la Force de la MONUC.

Les Nations Unies sont aussi très impliquées dans le processus politique dans la région, a déclaré M. Le Roy. Le Secrétaire général, a-t-il dit, travaille avec de nombreux acteurs. Le Secrétaire général a, dans ce cadre, déclaré qu'il pourrait y avoir dans les jours ou les semaines à venir un sommet des dirigeants de la région. M. Le Roy a toutefois ajouté que c'est au Gouvernement de Kinshasa de décider de la forme des futurs pourparlers. Il a précisé que les contacts et le dialogue entre le Gouvernement de Kinshasa et celui de Kigali se sont améliorés. Quant à M. Doss, il a précisé qu'il y a eu des discussions avec le Gouvernement de la RDC et le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), tout en ajoutant qu'il fallait « un peu de temps » pour définir la formule susceptible d'être la plus efficace pour la tenue de pourparlers.

Voir Communiqué SG/A/1163 du 3 novembre

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