DR Congo

Bunia/Ituri : le cholera poursuit sa funeste progression alors que le Diocèse fête son centenaire

Format
News and Press Release
Source
Posted
Originally published
Origin
View original

Bunia, le 30 janvier 2012 (caritasdev.cd) : Voilà un mois qu’une épidémie de choléra inexorable poursuit sa funeste progression à travers les Zones de Santé du District de l’Ituri, fauchant au passage des vies humaines innocentes. Cette énième épidémie de choléra est survenue au moment où le diocèse de Bunia s’apprêtait à clôturer, en couleurs, les festivités du centenaire de son évangélisation lancées le 28 janvier 2011, rapporte caritasdev.cd.

Du coup bien de manifestations ont été annulées, notamment la campagne d’évangélisation pour laquelle le Frère Pius, une figure bien connue de Mouvement de Renouveau charismatique dans l’Est de la RDC, était invitée. Ce n’est pas tout, le rituel des célébrations eucharistiques a connu quelques petites modifications : l’échange de signe de paix avant la communion a été suspendue sur recommandation de l’autorité sanitaire diocésaine, le Bureau Diocésaine des Œuvres Médicales, en concertation avec le comité de lutte des épidémies et catastrophes naturelles de Bunia, afin d’endiguer tant soit peu l’épidémie. C’est dire que la situation est grave et s’aggrave chaque jour davantage.

Notifiée la première fois le 18 décembre dans la Zone de santé de Gethy, au Sud Est de la ville de Bunia, l’épidémie s’est rapidement étendue à la Zone de Santé voisine de Tchomia, dans l’Aire de Santé de Nyamavi, d’où elle a atteint tout aussi rapidement celle proche de Bunia avant d’embraser la Zone de Santé de Lita et ce, au cours du mois de décembre 2011.

En janvier 2012, c’était le tour des Zones de Santé de Drodro d’enregistrer ses cinq premiers cas de choléra. Depuis quelques jours, on signale des atteintes dans les Zones de Santé de Jiba et de Linga situées au Nord Est de la Ville de Bunia où on a enregistré respectivement 3 et 1 cas. En tout, les statistiques médicales signalent 765 cas dont 28 décès. Ce n ‘est certainement pas tout, car dans les zones reculées les décès et les enterrements se font à l’insu des experts médicaux pouvant établir les causes de décès.

Comment en est-on arrivé là ?

Selon le Dr Bavi, Médecin Chef de la zone de Santé de Tchomia que nous avons rencontré à l’hôpital Général de Référence de Tchomia, les premiers foyers de l’épidémie sont les ilots de Matete et de Koga situés sur le lac Albert. Les conditions hygiéniques y sont de plus déplorables dans les campements de pêcheurs. Les habitants saisonniers, préoccupés par la pêche, érigent des abris de fortune sans se soucier d’aménager des latrines. L’eau potable fait défaut et la population consomme l’eau du lac contaminée par les déjections humaines.

Ces ilots étant dépourvus de toute formation sanitaire et les pêcheurs d’embarcation adaptée pour le transport de malades, ceux –ci succombent à l’épidémie faute de soins ou de prise en charge tardive, pour ceux qui arrivent à atteindre les hôpitaux de Tchomia et de Kasenyi. A Tchomia et à Kasenyi, le ravitaillement en eau potable pose de sérieux problèmes. Les débits de la plupart des pompes sont très faibles. Aussi, les femmes et les enfants passent-ils de longues heures au point d’eau. L’eau de certains puits est envahie par le sel du fonds de lac et ne se prête plus à la consommation humaine.

La ville de Bunia n’est pas mieux lotie en matière de ravitaillement en eau. Mudzi- Pela, le quartier le plus populeux de la ville qui est aussi celui qui enregistre le plus de cas de choléra, est mal desservi en eau potable. La Régie de Distribution d’Eau, REGIDESO, y est absente. Les capacités du système d’adduction d’eau installée par le diocèse sont dépassées, depuis l’afflux massif des populations chassées jadis de leurs villages par la guerre qui a embrasé l’Ituri au début des années 2000. La plupart de ces déplacés ne sont jamais retournées dans leurs villages, augmentant ainsi de façon exponentielle la population de la ville de Bunia. Paradoxalement, aucune action d’adaptation des infrastructures de la ville à cette augmentation de la population n’a été entreprise par le pouvoir public.

Efforts de mitigation entrepris localement

Cette situation n’a pas laissé la Caritas-Développement Bunia indifférente. Les hôpitaux de référence de Tchomia, Lita, Drodro, Jiba ont largement ouvert leurs portes pour l’accueil des malades. A Tchomia, l’équipe des Médecins Sans Frontière/Suisse a installé un centre de traitement des malades de choléra dans l’enceinte même de l’hôpital Général de Référence du BDOM. D’autres acteurs humanitaires sont également actifs. C’est notamment le cas des ONG Solidarités et OXFAM/GB qui s’emploient à la sensibilisation contre le choléra dans les écoles, les églises et lors des séances de consultations prénatales et préscolaires. Ces ONG ont aussi installé 52 points de chloration de l’eau du lac que la population continue à utiliser. 13 points de lavage public des mains sont également installés par ces ONG sur les cités de Tchomia et de Kasenyi. Dans la ville de Bunia des messages de sensibilisation à l’observance d’hygiène publique et corporelle sont diffusés lors des célébrations eucharistiques et par des crieurs publics dans les langues locales. Des spots de sensibilisation sont également diffusés sur la dizaine de radios locales installées à Bunia dont certaines couvrent tout le District de l’Ituri.

Malgré ces initiatives appréciables, l’épidémie est loin d’être maîtrisée, comme le montre sa progression vers le Nord de la ville de Bunia. On a besoin de plus d’acteurs humanitaires avec des moyens conséquents. Le BDOM Bunia, par exemple, a besoin d’embarcation Hors –Bord de grande capacité et du carburant pour organiser les visites de sensibilisation et le transport de malades sur les ilots et dans les localités situées le long du lac lesquels ne sont accessibles que par la voie d’eau. Le BDOM a aussi besoin des supports pour la diffusion des messages de sensibilisation telle des affichages et des banderoles, etc. D’autres matériels comme les motos, les vélos, les mégaphones, etc. sont également nécessaires pour intensifier la sensibilisation surtout dans les zones qui longent le lac Albert et où progresse l’épidémie.(022/2012)

Emmanuel MBUNA Caritas Congo